‹ Histoire du ProtectoratChapitre 78 sur 118 · LITRE II.— CHARLES II EST PRÊT · texte numérisé non relu

LITRE II.— CHARLES II EST PRÊT

Depuis quelque temps déjà, Charles s’était mis, avec un abandon plein de hardiesse et de bonne grâce, à la disposition de ses amis : « Des que vous serez, s leur écrivait-il le t6 mai, « en possession de quelque place U où vous puissiez vous défendre, ou bien réunis en « corps pour combattre l’ennemi, au premier avis que « vous m’en donnerez, je ferai toute la diligence im^;i- 0 nable pour me transporter au milieu de vous avec les « forces que j’ai ici, et qui seront bien au moins de « 3,000 hommes.... — Je ne suis pas mauvais ménager « du peu d’argent que j’ai’, et qui est moins que ne « l’imaginent mes amis, » disait-il à Mordaunt un mois plus tard; a mais je trouve très-simple et j’approuve a que les personnes qui, pour me mettre en état de faire a une entreprise, veulent bien me fournir la grosse U somme de vingt mille livres sterling, désirent être a sûres qu’elle ne sera i>as employée à autre chose. Je « serai donc fort aise qu’en m’envoyant cet argent, elles a envoient aussi, ou qu’elles choisissent ici, quelqu’un a qui sera chargé de le débourser, selon mes directions, a dans l’unique but de nous procurer des vaisseaux, des a armes et tout ce qui doit servir à notre dessein, a Et quinze jours après* : a J’ai lieu d’espérer qu’à la conclua sion du traité qui se négocie en ce moment, aux Pyréa nées, entre la France et l’Espagne, je recevrai de là

Rebell., 1. xvi, c. 33-37, 32; Sla(«-Pap<ri, t. III, p. 489, 400, 433, b09, 513, 516, .534 Baker, Chronicle, p. 705 ; — Bordtaux à iliuafin, 31 juillet, 7 août 1659 (Documenta hUloriqutt, neXLT).

> Le 30 juin 1659.

* L« 4 juillet 1659.

A PASSER EN ANGLETERRE. 19fi

(I un appui efficace ; pour mener à bien ces dispositions « favorables, je me proposais de me rendre moi-même « en poste sur cette frontière, auprès des deux minis- « très, dans l’espoir de couper court, par ma présence, O à beaucoup de difficultés de forme qui retardent « leurs décisions;... mais d'après ce que vous me man- « dez des préparatifs qu'ont faits et des résolutions « qu’ont prises mes amis, puisqu’il a plu à Dieu de leur « inspirer ce courage qu’ils sont prêts à se lever en « armes dès que moi, ou mon frère, nous paraîtrons au « milieu d’eux, je regarde cela comme l’aurore de la (I miséricorde de Dieu envers nous tous; il veut guérir » la blessure par les mêmes mains qui l’ont faite, et a que la nation anglaise mette elle-même un terme « aux maux qu’elle s’est elle-même attirés, au lieu a d'avoir obligation de son salut à des princes étrangers O qui ne rendent guère de tels services sans y chercher « leur propre profit.... J’ai donc résolu que moi, ou l’un « de mes frères, ou deux d’entre nous, nous serons avec « vous dès que vous nous appellerez. Envoyez-nous « seulement quelqu’un qui nous dise de votre part « quelle est la voie la plus sûre, sur quel point nous « devons nous rendre, qui viendra à notre rencontre...

« Et si quelque accident nous arrive en route, j’ai la « confiance que vous n’en poursuivrez pas nvoins vos « résolutions avec la même vigueur et le même accord. » Charles faisait offrir en même temps à l’amiral Montagne, s’il voulait se déclarer pour lui, « de se rendre « immédiatement à son bord et de faire voile avec lui

ÏOO LIVRE II^HESURES DU PARLEMENT « vers l’Angleterre, se tenant pour assuré qu’ils s’cmpa- « reraient aisément d’un bon port, et qu’ils réduiraient « pai‘ la force, sans secours étranger, ceux qui ne vou- 0 draient pas rentrer d’eux-mômes dans le devoir*. » Mais le Parlement était sur ses gardes; le traître Willis continuait à informer Tliurloe de ce qui se tramait parmi les royalistes; Tliurloe en instruisait à son tour Vane et Scott, et l’intempérance étourdie des royalistes eux-mêmes achevait l’œuvre de la trahison : « Ils ont O fait une division des provinces d’Angleterre, » écrivait Bordeaux à Mazarin ’, « et ces derniers jours cha- 0 cun s’est retiré dans celle où il doit servir, avec si « peu de discrétion que beaucoup d’entre eux ont pris a congé publiquement de leurs amis devant que de s’en « aller à leur rendez-vous. » — a C’est une grande sura prise pour moi, » disait Hyde", a et une grande preuve a de la bonté de Dieu pour nous, qu’apres tant de bruits a d’insurrection et tant de personnes nommées, nos a amis soient encore en liberté; cela ne provient. Je a suppose, d’aucune clémence dans les maîtres actuels a du pouvoir, mais de leurs dissensions et de leur mana que de confiance en eux-mêmes. » Devant le danger évident, le gouvernement n’hésita plus; desmesmes fortes furent conp sur coup adoptées ; on pressa l’organisation de la milice; six régiments en furent formés dans la Cité, et le major général Skippon qui, depuis le

> Clarendon, Slale-Pafrrt, t. 111, p. 472, 498, 514, 515. * Le 7 août 1659.

a Le 19 juin 1659.

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