IJ LIVRE I.— INQUIETUDES
ment agité, méfiant et triste, dès qu’il avait su son père en danger et avant de connaître sa mort, il avait presque désespéré de l’avenir : o Si le gouvernement n’est pas O réglé du vivant de Son Altesse, écrivait-il àThurloe', a qui nous défendra des ambitieux 1 Et quand elle dé- « clarerait elle-même son successeur, où est l’homme a assez sage, assez courageux, assez habile, et surtout a assez renommé , chez nous et au dehors , pour nous O maintenir en paix? Je ne connais personne qui égale « mon père, et pourtant lui-même ne suffirait pas à a une telle tâche s’il n’était en intime communion avec a Dieu. » Cromwell mort, Henri se hâta de faire proclamer à Dublin son frère Richard, et lui écrivit aussitôt après ’ : a Je n’ai point perdu de temps; j’ai « fait, comme c’était mon devoir, tout ce qui a dépendu « de moi pour rendre ici l’avènement de Votre Altesse
a facile et pour établir son pouvoir Maintenant je de-
« mande bumblement pardon à Votre Altesse de ce que « je vais lui dire; à moins que ses ordres formels ne fassent a violence à ma volonté, et ne me condamnent à mon a tombeau , je ne puis jwrter plus longtemps le fardeau U dont notre père m’avait chargé ; je ne saurais vivre a toujours dans le feu; » et il conjurait Richard de l’autoriser à se rendre à Londres, pour qu’il pût s’entretenir à cœur ouvert, avec lui, et des motifs de son désir de retraite et de leurs périls communs : a Car je ne O doute pas, ajoute-t-il dans une lettre postérieure *,
• Le 8 septembre 1658. * Le 18 septembre 1658. — • Le 30
octobre 1658.
DES CROMWELLIENS.
€ qu’à moins qu’elles ne soient portées par un messager « bien à l’abri de la surprise ou de la corruption, toutes « les lettres adressées soit à Votre Altesse, soit à moi, si « on soupçonne qu’elles traitent d’affaires, ne soient ouo vertes par quelqu’un de nos ennemis'. »
Les fils de Cromwell avaient raison d’être inquiets: le corps de leur père était encore exposé sur son lit de parade, et déjà l’impression qu’avait causée sa mort et l’assentiment unanime qu’elle avait valu à son successeur n’étaient plus qu’une vaine apparence. L’ascendant personnel d’un grand homme ne se révèle jamais avec plus d’éclat que lorsqu’il a disparu , et les innombrables prétentions qui surgissent dans le vide qu’il laisse donnent la mesure de la place que seul il pouvait remplir. Républicains et Cavaliers, généraux, officiers et soldats, sectaires mystiques et libres penseurs, orateurs de Parlement et de régiment, tous les partis que Cromwell comprimait, les mécontents qui tremblaient et les ambitieux qui s’inclinaient devant lui, les patriotes fiers et les rêveurs chimériques qu’il avait offensés, tous ces hommes si divers que, de gré ou de force, par séduction ou par contrainte, il réduisait également au silence et à l’inaction, recommencèrent, au bout de quelques jours, à espérer, à s’agiter, d’abord avec quelque réserve et peu de bnût, bientôt avec présomption et presque publiquement. Sous prétexte de prières communes, les officiers se réunissaient tous les vendredis à Wallingford-
< Tbarloe, Statt-Paptri. t. VII, p. 376, 377, 383, 384, 886, 400, 406. 462.