‹ Histoire du ProtectoratChapitre 8 sur 118 · LIVRE 1.— TRISTESSE DES ROYALISTES · texte numérisé non relu

LIVRE 1.— TRISTESSE DES ROYALISTES

sa douloureuse expérience, avait prevu cette prompte adhésion de l’Europe au nouveau régime de l’Angleterre, cardés le 18 septembre, peu de jours après avoir appris la mort de Cromwell, elle écrivait à M“' de Mottcville : « En vérité, j’ai songé que vous recevriez de la joie a de la mort de ce scélérat ; et je vous dirai que je ne O sais si c’est que mon cœur est si enveloppé de mélan- « colie qu’il est incapable d’en recevoir, ou que je ne vois « pas encore de grands avantages qui nous en peuvent « arriver ; mais je n’en ai pas ressenti une fort grande, « et la plus grande que j’aie est de voir celle de tous mes « amis. » La joie même de ses amis manqua bientôt à la reine ; les nouvelles soit d’Angleterre, soit des cours du continent, jetèrent les royalistes anglais dans un découragement profond ; les plus fermes esprits se laissaient eux-mêmes gagner par le doute : a Nous n’avons pas « encore trouvé, à la mort de Cromwell, l’avantage que « nous en espérions raisonnablement, écrivait Hyde à « Howard ; nous sommes au contraire en pire situation U et moins comptés, car le grand calme qui a régné de- « puis lors en Angleterre fait croire aux gens que la « nation est unie et que le roi a bien peu d’amis... J’es- « père pourtant que ce jeune homme n’héritera pas de « la fortune de son père, et qu’il surviendra quelque U confusion qui nous ouvrira une porte'. »

* Pari, hist.f t. XXI, p. 2-28, 232, 233 ; — Thurloe, State-Papers, t. VII, p, 376, 377 , 378, 379. 38ü, 381, 382, 390 ; —Milton, Prose- Works, t. VI, p. 418. — Whitelocke, p. G75, 676 ; — Cromwelliana^ p, 178; — Bordeaux à Afasarin, 15 et 29 octobre 1658; — Clarendon. jitlalf-PapCT’s, t 111, p. 415, 4lô , 4 2:2 ; — Oidmixoïi, üift. o/ iàe

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INQUIÉTUDES DES CROMWELLIENS. 11

Si Hyde eût pu lire dans Fâme ou dans les lettres des fils mêmes de Cromwell et de leurs plus dévoués partisans, il eût gardé plus de confiance : au milieu de cette adhésion si générale et si empressée, ils étaient remplis d'inquiétude et déjà convaincus que leur succès était superficiel et trompeur, et leur péril imminent. Trois d’entre eux surtout, éclairés soit par leur propre et pressant intérêt, soit par leur habile expérience, Henri Cromwell à Dublin, lord Faulconbridge et Thurloe à Londres, ne se faisaient aucune illusion. Dès le 7 septembre, par le même messager qui portait à Henri Cromwell des détails sur la mort de son père, Thurloe lui disait : a Je dois informer Votre Excellence qu’il y a U de secrets murmures dans l’armée; on parle comme si O Son Altesse votre frère ne devait pas en être le généa ral ; on semble considérer l’armée comme une puis- « sance séparée du Protecteur, et qu’il ne saurait corn-

« mander Je ne sais où cela en viendra; mais cette

U idée seule est bien dangereuse.» Huit jours après ', lord Faulconbridge écrivait à son beau-frère : « Tout ici a a l’air calme, mais quelque chose se brasse sous main; a il y a une cabale de grands personnages étroitement « unis, et décidés, j’en ai peur, à gouverner eux-mêmes a ou à mettre tout en feu. » Ces avertissements trouvaient Henri Cromwell tout prêt à y jouter foi : naturellc-

Stuarlt , p. 428; — Burton, Diary, t. III, p. vitx; — Vimoiru dt Jlf** df WollmVe, i. V, p. 294; édil. d’Amsterdam , 1739 (Dorumenti hittoriques, n» I).

* Le 14 septembre 1658.

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