LE PARLEMENT (13 OCT
avec tant de fracas, et le subalterne imitateur de Cromwell, Lambert, resta maître du champ de bataille sans avoir vaincu.
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DOCDMBNTS HISTORIQDES
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fflSTORIQüES
(Pages 11 et 23.)
i’ M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
LoBdrti, 15 Mpismbr* 1658.
Monseigneur,
Depuis ma lettre du 13, dont le porteur a été arrêté à Douvres, l’ordre y étant arrivé devant son passage de ne laisser sortir aucun vaisseau des ports, il m’a été témoigné de la part de M. le Protecteur qu’il souhaiterait que la cour de France prit le deuil de son père, que ce serait une marque d’estime et un honneur dont il se sentirait fort obligé au roi et à Votre Éminence, étant très-nécessaire à Son Altesse qu’il paraisse que Sa Majesté le considère autant qu’elle a fait les rois d’Angleterre et autres princes souverains amis et alliés de la France. IjB. même personne qui m’a porté cette parole m’a aussi dit que Son Altesse espérait que j’assisterais k la cérémonie de l’enterrement, et que, suivant l’usage, l’on n’enverrait le deuil, La dernière proposition a été plus importante; elle tend à ce que le roi assiste présentement le Protecteur de 50,000 livres sterling, très-nécessaires pour des dépenses pressantes; comme l’intérêt du présent gouver-,
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nement ne veut pas que le Parlement soit encore assemblé et que, sans son consentement, il ne se peut lever de l’argent, le secours des amis est recherché : l’on promet de le rendre dans pen de temps, et même l’on se prêterait à donner quelque sâreté. J’ai, sur les deux premiers points, fait espérer une entière déférence au désir de Son Altesse, ne prévoyant pas que le roi fasse dilTiculté de prendre le deuil pour un prince qui était dans ses intérêts, ni aussi aucun inconvénient à suivre l’exemple de ce qui s’est passé aux funérailles du roi Jacques où les ambassadeurs de France se trouvèrent. Sur le dernier article, je n’ai pas parlé si positivement, et après avoir représenté notre grande nécessité, j’ai promis que le roi ferait son possible pour correspondre à la confiance que M. le Protecteur prend en son amitié. La somme est si modique, et il est si important que ce régime se maintienne, à quoi il y aurait quelque risque le Parlement ne s’assemblant et l’armée n’étant pas payée, qu’il sera sans doute trouvé à propos d’accorder ce prêt ; j’ai fait espérer réponse précise dans peu de jours, et la diligence est essentielle; aussi est-elle stipulée dans l’exécution; les ports étant fermés, il m’a été envoyé des ordres pour le passage de mon secrétaire qui rendra la présente à Votre Éminence. Ma lettre du 13 l’aura informée de la proclamation qui fut faite hier en la même forme que celle du défunt Protecteur et avec encore plus d’acclamations du peuple, et jamais la ville ne parut plus tranquille qu’elle ne l’a été dans ce changement; au retour de la cérémonie, M. le Protecteur prêta le serment entre les mains du garde du sceau; après un petit discours, les ministres et ensuite le maire de Londres firent le serment de fidélité; maintenant l'on prépare les funérailles, et les ordres s’expédient pour faire dans les provinces la même proclamation.
Il n’y a rien du dehors qui soit considérable; les ministres de Suède n’ont point encore nouvelle de la prise de Copenhague, mais bien espérance que leur maître en sera maître devant que les Hollandais y envoient du secours.
Je n’ai plus qu’à faire ressouvenir Voire Éminence de la promesse qu’elle a faite au sieur Gédëon, dont les offres méritent quelque reconnaissance; il sera encore plus en état de servir à l’avenir; et M. de Faulconbridge aura désormais plus de part aux affaires que ne lui en donnait le défunt Protecteur; il professe de s’en prévaloir pour servir la France et Votre Éminence quand les occasions s’en présenteront*
2* Jf. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Losdrt«, Î9 MpUakr* 1658.
La tranquillité qui a paru les premiers jours que M. le Protecteur a été proclamé dans Londres et dans les autres villes d’Angleterre continue toujours, et il parait même une générale satisfaction de son gouvernement; les ofGciers de l’armée professent aussi d’élre fort résolus de le maintenir; et quoique l’on n’ait pas encore reçu nouvelle de l’armée d’Irlande, il ne se doute point qu’elle ne soit de mémo sentiment. Quant à celle d’Écosse, le général Monk ajant toujours été bien intentionné, et ayant dans ces derniers temps, donné des assurances de sa fidélité, elle n’est point révoquée en doute, et ainsi toutes choses demeureront au même état. Le Conseil s’assemble tous les jours pour régler les affaires ; et le premier acte qui a paru au commencement de cette semaine a été une d&laration qui confirme tous les officiers dans leurs charges; ils ne laissent pas d’être obligés de prendre nouvelles commissions. Avant-hier, le maître des cérémonies vint, de la part du Conseil, me donner avis de la mort du défunt Protecteur et de l’établissement du présent par la nomination légitime qui en avait été faite; il me fit ensuite entendre que l’on espérait des lettres de condoléance et de congratulation de Sa Majesté , comme aussi il était de l’usage que les ministres étrangers eussent de nouvelleslettres de créance; je lui témoignai qu’il en serait usé aussi civilement que Son Altesse pouvait souhaiter. Je crois néanmoins qu’une seule lettre suffira, et
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jusqu’à ce qu’elle soit arrivée , je ne demanderai point audience; mais je n’ai pas laissé de témoigner au secrétaire d’État les sentiments que le roi et Votre Éminence auraient du changement arrivé, et d’assurer que Sa Majesté se porterait avec joie et chaleur à tout ce qui pourrait contribuer à la satisfaction de Son Altesse et du gouvernement. Ledit sieur secrétaire a professé que son maître aurait un ressentiment très-particulier de ces offres , qu’il ne serait pas moins zélé pour les intérêts de la France que son père, et que la mort qui était arrivée n’altérerait point l’amitié et liaison qui était entre les deux Étals ; il m’a môme, par l'offre de me venir porter ces paroles, engagé à prévenir sa visite pour lui confirmer encore plus particulièrement les dispositions de Sa Majesté en faveur du présent régime. M. Lockharta reçu ordre d’aller en diligence à la cour pour y faire savoir ce qui s’est passé ici, mais principalement pour y appuyer la proposition que je me suis donné l'honneur d’écrire à Votre Éminence par ma précédente ; il ne m’en a point été parlé depuis ; mais le sieur ambassadeur étant chargé d'en faire la poursuite, l’on témoigne assez que la chose est à cœur, et c’est avec beaucoup de raison. C’est une opinion fort générale que le Parlement ne doit point être encore appelé crainte qu’à l'ombre de ce corps il ne se forme des factions qui n’oseraient dans un autre temps éclater ; lorsque le gouvernement sera tout à fait établi et qu'il aura pris des mesures pour l’élection des députés, les délibérations du Parlement ne pourront point être suspectes, et l’on pourrait, à toute extrémité, suivre sans péril l’exemple du défunt Protecteur; beaucoup croient que la nécessité d’argent sera capable de forcer celui-ci à prendre une autre résolution. Néanmoins ce besoin ne paraît pas si grand puisque, ces derniers jours, la solde a été augmentée, celle des cavaliers de 4 sols, et celle de l’infanterie de 2 sols par jour, que depuis quelques années l’on leur avait retranchés : cette libéralité augmente la bonne disposition où ils étaient. Il se dit aussi que le général-major Lambert, dont les inclinations pouvaient être
luspeetcg, a donné des assurances de sa fidélité, et l’on ne peut voir qu’avec quelque étonnement une soumission si universelle après ce qui avait paru ces dernières années, principalement lorsque le dernier Parlement voulut mettre la couronne sur la tête du défunt Protecteur. Il ne se parle pas encore de^ affaires du dehors, et l’ambassadeur de Hollande ayant voulu en entretenir cejourd’hui le secrétaire d’Élat, il l'a remis à un autre temps; nous n’avons aucune nouvelle de Danemark, mais bien des bruits peu fondés que le roi de Suède a été fort maltraité en différentes attaques; d’autres veulent que la ville de Copenbagne soit prise; les ministres de ce prince ont arrêté plusieurs ofliciers de marine, et entre autres un fort estimé, qui a servi sous le Parlement, pour commander la flotte dans la mer Baltique. . . .
(Page» 16 et 22.)
1* 3f. de Bordeaux au cardinal Mazarm.
Loadr«<, 26 *«plecabre 1658.
Monseigneur,
Je n’ai reçu queccjourd’huy la lettre dont Votre Éminence m’a honoré, en date du 16; elle me met en état de confirmer au secrétaire les paroles que je lui ai déjà portées de la bonne volonté du roi envers M. le Protecteur et des sentiments de Votre Kminence sur tout ce qui regarde l’intérêt du régime d’Angleterre ; je satisferai à cet ordre aussitôt que le sieur secrétaire sera en état d’être vu, et ne manquerai pas de lui témoigner particulièrement l’estime que Votre Éminence en fait. Il a tous ces jours gardé le lit; néanmoins sa maladie ne passe pas pour dangereuse. Je ferai aussi les amitiés qui me «ont ordonnées pour le mylord Faulconbridge et le général
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Monttigue. Le premier m’a, en différentes rencontres, renouvelé les assurances de son zèle, et je ne doute pas que, dans la présente conjoncture, toutes ses offres ne soient fort bien reçues. L’on ne se dispose pas encore à donner des audiences publiques aux ministres étrangers pour les condoléances et congratulations que le changement arrivé semble désirci d’eux; c’est en partie afin qu’ils puissent avoir tous reçu des lettres de créance de leurs supérieurs, et aussi pour n'étre pas, dans ces commencements, obligé de traiter d’affaires, si ce n’est avec ceux dont ils ont besoin; cependant il se travaille aux établissements du dedans, et mes précédentes lettres auront fait savoir que le conseil d’I^tat n’oublie pas de prendre toutes sortes de précautions pour tenir l’armée et la ville dans l’intérét du présent régime; ces deux corps seuls sont capables d'attirer le reste d’Angleterre, et ils se trouvent par leur propre intérêt engagés à le conserver, par l’avantage qu’ils en retirent et le préjudice que toute discussion leur apporterait. La plupart des officiers de l’armée et de la maison de ville se sont enrichis des biens confisqués dans ces derniers temps, et se trouvent en possession des terres du roi, des évêques et des Irlandais; d'autres ont été employés en des commissions odieuses ; et ceux qui ne se trouvent attachés d’intérêt appréhendent qu’un changement ne puisse arriver sans les exposer à une ruine totale; ce sont les considérations qui tiennent tant la ville que l’armée dans la soumission, et laissent espérer que le gouvernement continuera et s’affermira tous les jours. Les royalistes mêmes, qui sont bien aises d’avoir un honnête prétexte de s’accommoder au temps, trouvent qu’ils n’ont point de sujet de se plaindre de M. le Protecteur, n’en ayant jamais reçu aucun préjudice, et attribuent leurs inclinations passées au rude traitement que leur faisait le défunt. Il n’y a que quelques républicains qui ne peuvent changer de principe ; mais sans un Parlement ils auront peine à se déclarer, et quoique l’on parle d’assembler ce corps, les plus éclairés ne croient pas que M. le Protecteur s’y doive exposer, ni qu’il en ait lu
f olonté. Il se parle aussi de la paix avec l’Eispagne pour salis*
. faire le corps des marchands qui la souhaite; je ne vois pas néanmoins que ce point ait été mis en délibération, et d’ailleurs la guerre n’a pas été jiisques & présent si onéreuse à l’Angleterre qu’elle ne trouve autant d’avantage dans la continuation que dans l’accommodement, étant justifié par les registres des douanes que, depuis la rupture, il est entré et sorti autant de marchandises que devant la guerre. La seule chose qui peut donner de la peine présentement, est la paye des arrérages dus à l’armée ; l’on les fait monter à un ïnillion de livres sterling; j’ai déjà informé des mesures qui le projetaient pour en acquitter au moins une partie; si les affaires du roi ne lui permettent pas d’accorder la demande qui m’a été faite, les choses sont encore en leur entier, n’ayant rien engagé sur la proposition qui m’en fut faite. Jusqu’au retour de mort secrétaire, j’en userai avec la même réserve. Il m’avait été mandé que M. Lockhart passerait à la cour pour traiter de cette affaire ; mais, soit que l’on veuille savoir ce qui m’a été mandé, ou que sa présence soit jugée nécessaire à Dunkerque, son départ a été retardé jusques à présent; et il est vrai qu’à moins d’envoyer en sa place quelque personne plus vigilante que n’est le commun des officiers anglais, les ennemis auraient assez de facilité, soit en subornant les soldats, ou en les surprenant lorsque l’armée du roi sera éloignée de la côte, de s’emparer de cette ville; je n’ai pas oublié dans ces derniers temps d’avertir qu’il y fallait prendre garde, ayant d’ailleurs entendu que les gardes ne s’y taisaient pas aussi exactement que dans nos places frontières. L’on pourrait bien, lorsque M. le Protecteur sera sorti des affaires plus pressantes, songera établir im autre commandant que M. Lockhart, s’il préfère l’ambassade à cet établissement; quand ce ne serait que pour faire cesser la jalousie qu’ont quelques Anglais de voir entre les mains d’un Écossais trois emplois si considérables. 11 n’est pas encore temps de songer à ces changements, et .M. Lockhart, étant si proche de M. le Protecteur, pourra conserver ce que M. leprécédent Protecteur
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lui avait laissé. Je ne puis rien dire de certain des fonds qu’il a laissés; le bruit public veut que sa famille soit fort riche, encore qu’il paraisse laisser bien des dettes, dont les créanciers sont autant de personnes attachées au gouvernement présent. Je ne me serais pas. Monseigneur, lantétendu sur ce qui se dit présentement, sans l’ordre que Votre Éminence me donne de l’informer exactement de toutes nou\elles, à quoi je ne manquerai pas tous les ordinaires s’il y a sujet d’écrire, et mon silence sera une marque qu’il ne sera rien venu à ma connaissance. Je n’apprends pas que, depuis ma dernière lettre, ni M. le Protecteur, ni le Conseil qui continue d’agir, aient rien fait de considérable; Son Altesse a reçu tous ces jours les civilités des particuliers et les compliments du maire de Londres. Il a aussi, suivant l’exemple du défunt, passé quelques jours dans la prière, et demain la ville doit être en jeûne sur le même sujet; toutes les relations qui s’écrivent de la campagne assurent que la proclamation s’y est faite avec encoie plus de démonstrations de joie qu’à IxmJres; et l’estime de M. le Protecteur augmente tous les jours, étant vrai que ceux qui l’ont visité en sortent fort satisfaits. Il professe de ne souhaiter que le hotdicur de la nation et l’amitié de la noblesse. Après que j’aurai entretenu le secrétaire d’Etat, je pourrai parler plus précisément de ses dispositions à l’égard du dehors, d’où il est arrivé depuis peu un courrier à l’ambassadeur de Hollande qui assure que Copenhague et Cronembourg peuvent attendre les secours de M.M. les États généraux ; un envoyé du roi de Suède, arrivé aussi cetle semaine, prétend que la dernière de ces deux places était à l’extrémité lors de son départ.
2“ if. de Bordeaux au cardinal 3Iazarin.
Loairei, SOtepUmbrt lOSS»
Monseigneur,
L’indisposition du secrétaire d’État qui continue, et les occupations qu’ont eues les autres que la dernière lettre de
Vuti'ü iôininence m’ordonne de voir de sa part, ne m’ont pas encore permis de satisfaire à cet ordre ; mais j’espère que le procliain ordinaire en portera l’exécution. Je n’ai pourtant rien à ajouter à mes précédentes touchant l’état des allkires d’ici, si ce n’est que ces derniers j9urs les officiers de l’armée ont été donner à M. le Protecteur de nouvelles assurances de leur obéissance] ils l’ont aussi prié de vouloir suivre l’exemple de son père, et de remplir les places vacantes du Conseil et de l’armée de personnes dévouées. Le lieutenant générai Fleetwood portait la parole ; ils reçurent une réponse en termes généraux qui les satisfit ; il est arrivé en même temps nouvelle de la proclamation faite en Écosse avec applaudissement de l’armée; celle d’Irlande n’a pas témoigné moins de joie; ainsi M. le Protecteur et son Conseil n’ont plus présentement d’affaires qui les pressent que de trouver de quoi acquitter les arrérages dus aux troupes. Il m’a été confirmé que M. Lockharl devait aller à la cour pour faire la même proposition que j’ai déjà écrite; mais devant son arrivée j’aurai vu l’intention de Sa Majesté; et si elle est telle que je la souhaite. Votre Éminence aura sans doute trouvé à propos de me charger de la réponse qui est attendue avec asses d’impatience ; le retardement a fait renouveler depuis peu l’ordre audit sieur ambassadeur de partir.
11 se parle assez publiquement parmi les marchands de la paix avec l’Espagne, et quelques-uns veulent que déjà l’ouverture en ait été faite au nom de don Alonzo de Cardeûas ; mais le temps n’est pas encore propre à traiter de cette matière.
J’apprends présentement qu’il est arrivé un courrier de la part du roi de Suède, qui écrit à M. le Protecteur la prise de Cronembourg par capitulation; la même lettre fait attendre dans peu celle de Copenhague. Ce sont les seules nouvelles du dedans et du dehors d’Angleterre.
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3* if. de Bordeaux au cardinal Masarin.
Londres, 10 oeiobr* 16S8.
Monseigneur,
Je ne puis encore derire & Votre Ëminence l’exécution de ce qui m’a été ordonné, le manquement de lettres de créance m’empècliant de voir M. le Protecteur, et l’indisposition du secrétaire d’Etat le rendant inaccessible. Je n'aurais pas laissé de proposer, par la voie de celui qui m’a fait savoir la nécessité d’argent d’ici, le moyen d’en recouvrer on France dont mon père m’a écrit de la part de Votr»? Eminence, si je n’eusse été assuré que l’on n’y est pas en état de se prévaloir de cet avis, et que quiconque aurait à Londi-es^de bons eflets ne manquerait pas d’argent et ne serait pas obligé d’en chercher ailleurs
Il se parle plus positivement que par le passe de la convocation d’un Parlement, soit que M. le Protecteur ait un véritable dessein et nécessité de l’appeler ou qu’il juge à propos de le faiie espérer. Tout le monde néanmoins demeure d’accord qu’il n’est pas encore de son intérêt, bien que toutes les armées et les villes principales professent, par des déclarations qu’elles lui adressent tous les jours, de vouloir donner leurs vies et biens pour la conservation du gouvernement en la forme qu’il est établi; la milice de Londres lui en a depuis peu fait grande protestation aux mômes termes qu’était la déclaration de l’armée, et il n’a jusqu’à piésent rien paru pour détruire cette union que quelques prêcheurs qui ont déclamé contre M. le Protecteur avec assez de liberté; il ne témoigne pas s’en mettre en peine, et même, prenant une conduite différente de celle du défunt, il a commencé de donner la liberté à beaucoup de prisonniers ; entre autres, le duc de Buckingham l’a eue pour quelques jours, avec espérance de prorogation.
11 n’est point arrivé de nouvelles du Nord depuis celles que le roi de Suède a écrites après la prise de Cronembourg.
Ses ministres ont eu quelques conférences arec des commissaires du Conseil, et il se disait aujourd’hui que quatre vaisseaux d’Ëtat sortent des Dunes pour aller vers IcSund; l’ambassadeur de Hollande demanda aussi, après avoir fait ses compliments, des commissaires pour conférer sur des affaires très- pressantes; ils ne lui ont point encore été envoyés, et l’on pourra bien différer jusqu’à ce qu'il arrive des nouvelles du siège de Copenhague. Ije bruit courait ici que le roi de Danemark en était sorti et avait battu la flotte des Suédois ; mais il ne se trouve point d’auteur certain de cet avis
(Pages 18 et 23.)
i‘M. de Bordeaux au cardinal Mazarin,
Monseigneur,
\ji lettre qu’il a plu à Votre Éminence de m’écrire le 23 me fut rendue hier; j’avais le jour de devant assuré M. de Faulconbridge de la bonne volonté du roi envers M. le Prt^ lecteur et de l’honneur que Sa Majesté rendait à la mémoire (lu défunt en prenant le deuil et professant un regret trèsparticulier de sa mort. Je témoignai aussi audit sieur Faulconbridge l’estime que Votre Éminence en faisait et l’amitié dont elle l'honorait; il reçut ces civilités avec toutes les marques de reconnaissance qui s’en pouvaient attendre et me professa un véritable zèle pour son service et un attachement aux intérêts de la France. Je l’exlioi tai à persévérer dans ces bons sentiments, lui laissant entendre que ses services ne seraient pas rendus à une cour ingrate; si l’on désire s’en piévaluir, il faut user de giatificalions, les Anglais n’étant pas aisés à gagner par de simples promesses, et ledit sieur étant d’humeur à proüler de la conjoncture, de crainte que
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le temps ne change. Si Votre Éminence juge à propos de l'attacher dans le service du roi et d’en faire la dépense, je > pourrai faire une proposition plus précise, et apparemment elle ne sera pas rejetée ni aussi l’argent mal employé. La bonne disposition où ledit sieur me parut me lui tlt demander s’il s’était fait aucune ouverture de paix avec l’Espagne, comme l’on me l’avait rapporté, et si quelques bourgeois de Ix>ndres avaient été chargés de la faire espérer; il m’a désavoué le dernier, et est demeuré d’accord que don Alonxo de CardeBas a fait dire que, si ce régime était porté à l’accommodement, il recevrait du roi d'Espagne plus d’avantages que la guerre ne lui en peut produire ; que celle offre a été rapportée sans être mise en délibération, et que les affaires domestiques ne permettent pas de songer encore à d’autres. Il me fut aussi confirmé qu’il y avait grand manquement d’argent et que l’on chercherait toute autre voie que celle du Parlement pour en avoir; il me demanda si je n’avais point eu de nouvelles sur la tentative qui m’avait été faite. Je témoignai que toutes les propositions de cette nature étaient d’ordinaire accompagnées de tant de diflicultés que les résolutions étaient fort lentes, et qu’encore que la volonté fût bonne, faute de puissance l’efTet n’y répondait pas toujours. M. Lockhart, qui doit être présentement à la cour, traitera de cette affaire. Le secrétaire d’Élat me fil hier savoir qu’il avait ordre de s’y rendre , et portait au roi des lettres de créance en la forme ordinaire que l’on a dans de semblables conjonctures ; il s’excusa aussi sur son indisposition de n’être pas venu me voir, me faisant espérer que dans peu de jours il serait en état de m’entretenir des affaires d’ici; je témoignai à son commis grande impatience de lui communiquer ce qui m’avait été écrit de la cour sur ce meme sujet, et lui fis promettre de m’entretenir quand sa santé le permettrait. Jusqu’à ce temps, je ne puis exécuter les ordres de Votre Éminence, ni faire autre diligence pour persuader les nécessités du roi, apres ce que j’en ai dit à M. de Faulconbridgc; et dés la première fois qu’il me fut pai lé d’emprunt, je répondis
avec toute la réserve nécessaire pour ne pas engager Sa Majesté à un secours impossible. Il ne me fallait pas consulter mon père pour reconnaître la difficulté qu’il y a de tirer de l'argent du roi ; je ne l’éprouve que trop moi-même, et elle m’oblige encore à demander à Votre Ëminencc le paiement qu’elle me fait espérer depuis six mois et sans lequel mes lettres de change seront protestées, ne sachant autres fonds pour les acquitter; si c’est son intention que je sois payé, comme j’ai sujet de l’attendre de sa justice et de sa bonté, je la supplie que ce soit sans remise, et aussi de me mettre ù l’avenir en état de ne plus l’importuner, ce que je fais avec autant de peine que Votre Éminence en peut avoir à donner l’ordre qui m’est nécessaire
3» M. de Bordeaux au cardiruU Mazarin.
• Lendr«i,t4 <Ktobr« 165S.
Monseigneur,
le ne rendrai qu’après-demain la lettre du roi et celle de Votre Éminence à M. le Protecteur; mais dès la semaine passée, je détruisis les impressions que ce retardement pou* vait avoir causé, dans la visite que je rendis au secrétaire d'État, par les assurances qu’il reçut de la disposition de Sa •Majesté et de Votre Éminence envers le régime d’Angleterre. Je ne manquai pas aussi de lui faire offre de l’amitié de Votre Éminence et de témoigner l’estime particulière qu’elle en faisait ; il professa d’être, aussi bien que Son Altesse, fort persuadé qu’il était de leur inléièl d’entretenir l’alliance que le défunt Protecteur avait faite avec la France, et aussi de se sentir fort honoré de l’estime de Votre Éminence, sans néanmoins se départir des expressions générales sur la de» mande que je lui fis de son amitié; mais aussi n’oublia-t-il rien qui pût me persuader son zèle en tout ce qui regarderait l’intérêt public et celui de Votre Éminence
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. . . Quand au mylord Faulconbridgc, je ne doute point que la dépense n’en soit bien employée, et apres avoir fait découvrir son sentiment, j’en écrirai plus particulièremeut.
... Je n'ai rien à écrire du présent que les assemblées de quelques ofFieiers de l’armée, dans lesquelles ils avaient résolu de demander b M. le Protecteur un général de leur cor|is, et qu’à l’avenir aucun oflicier ne fût cassé que par le Conseil de guerre; les discours vigoureux que Son Altesse leur a tenus ont un peu dissipé cet orage, et les principaux d’entre eux ont désavoué d’avoir eu part à ce Conseil; c’est néanmoins l’opinion commune que le lieutenant général Fleetwood et le major général Desborougli, le premier beau-frère et l’autre oncle, ont suscité les autres; et bien que l’on témoigne aujourd’hui mépriser cette faction anabaptiste et qu’il leur ait été défendu de s’assembler sur ce sujet, il leur sera néanmoins donné quelque satisfaction, et il se |)arle de leur accorder que ledit sieur Fleetwood, qu’ils veulent pour général, demeure commandant en chef des troupes d’Angleterre et d’Écosse, avec un pouvoir plus grand qu’il n’a présentement. Cette affaire semble avoir un peu éloigné la convocation du Parlement, y ayant danger de l’assembler devant que les esprits de l’armée soient réunis; il passe néanmoins pour constant que l’on ne peut subvenir aux nécessités de l’Étal par aucune autre voie. Votre Éminence en aura sans doute entendu pai'lcr plus particulièrement à M. Lockhart. . .
(PagR 33. — Pour les dépêches des 15 et 39 septembre, 3, 10 et 34 octobre, voir les n" I, II, III.)
M. de Bordeaux au cardinal Masarin.