‹ Histoire du protestantisme en TouraineChapitre 16 sur 30 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LE PROTESTANTISME EN TOURAINE AU XIXe SIÈCLE

(Suite)

La Touraine est un pays éminemment lib rai. Le protestantisme était fait pour plaire a» populations indépendantes qui l'habitent.

Un mouvement analogue à celui de Chenu son se produisit à Huismes en 1845. Sur l'im tation de M. Morache, qui était malade, M. D vivier, pasteur de Saumur, se rendit sur 1 lieux; mais le préfet lui défendit de célébrer culte dans cette localité, qui n'était pas dans paroisse (1). Cinquante-six chefs de fa ml protestèrent contre cette décision et demand rent par voie de pétition au consistoire d'O léans et au préfet lui-même, Fétablissena dans leur commune d'une église réformée (:

(1) Lettre du 3o décembre 1845, Archives du cons presbytéral de Tours A 4.

(2) Les agissements « d'un méchant prêtre, lequel la commune presque tout entière portait c

)n porta l'affaire devant le Ministre des Cultes, ui autorisa par dépêche du 3o avril 1846 l'ouerture d'un temple à Huismes. M. Boubila jt chargé de la direction de cette petite église. 1 se mit à l'œuvre, recueillit des fonds pour ménager un oratoire, et le 16 mai 1847, M. lorache inaugura le modeste édifice dans jquel le culte protestant devait être célébré.

Quelques années après l'organisation de église de Huismes, un certain nombre d'haitants de La Chapelle-aux-Naux, à la suite 'une querelle de clocher, résolurent d'appeler n pasteur. Bien décidés à abandonner le atholicisme, ils s'adressèrent à M. Fuzier, qui enait de remplacer M. Morache, décédé le 12 vril i852, et ils lui demandèrent de venir eur prêcher l'évangile. Le pasteur de Tours ss fit attendre quelques mois : il était trop rudent pour ne pas leur laisser le temps de éfiéchir ; mais voyant qu'ils persévéraient ans leur résolution, il se rendit à leurs désirs.

Nous avons trouvé dans l'une de ses lettres, dressée le 5 juin 1 85 5 à M. le Ministre des Cultes, quelques détails intéressants sur les iémarches faites auprès de lui par les gens de

ilaintes énergiques •, avaient irrité les gens et les avaient lisposés à abandonner le catholicisme. Voir Rapport de If. Devarannes, maître des requêtes et maire de Huismes. Archives du conseil presbytérul de Tours.)

La Chapelle-aux-Naux, sur ses hésitations enfin sur les motifs qui le déterminèrent céder à leurs instances.

« Vers la fin de i852, dit-il, quelques chef de famille de La Chapelle, près Langeais, vin rent m'annoncer qu'un assez grand noinbr d'habitants de cette commune avaient embrass la religion protestante et qu'ils me priaient ei leur nom d'aller célébrer le culte dans leur vi! lage. M'étant informé avant tout des motifs qi les avaient portés à changer de religion, ils ni répondirent qu'une discussion s'était élevé dans leur commune au sujet du lieu où l'o devait rebâtir l'église catholique, qui menaça: ruine; que les injustices dont ils croyaient avoi à se plaindre dans cette affaire, les avaient fait I fléchir; qu'ils avaient entendu parler favorable ment du protestantisme et qu'ils voulaient êtr protestants. — Je leur répondis que ces raison ne me paraissaient pas suffisamment sérieuses et que je ne pouvais rien promettre jusqu'. plus ample information. Mon refus parut le attrister, mais ne les découragea pas. Pendan trois mois consécutifs, janvier, février e mars 1 85 3, je continuai à recevoir leurs déjà tations ou leurs lettres, pour me supplie d'aller prêcher à La Chapelle... En vovar cette persistance et cette résolution, je me m mandai si je pouvais, sans manquer à me

obligations, me dispenser de leur faire au moins une visite, ne fût-ce que pour me rendre plus exactement compte de l'état des choses. Je me transportai donc à La Chapelle pour la première fois vers la fin de mars, et je trouvai là des gens animés de bonnes dispositions... Plusieurs d'entre eux me firent entendre que la discussion relative à l'église avait été plutôt l'occasion que la cause de leur séparation, et que, comme ils me l'avaient écrit, ils ne voulaient suivre d'autre religion que la nôtre, (i). »

Ces explications décidèrent M. le pasteur Fuzier à revenir à La Chapelle. Tous les dimanches, pendant un an, il célébra le culte dans ce village et il y envoya un évangéliste pour instruire les prosélytes et diriger l'église naissante. La paroisse se composait de 42 familles.

Il y eut dans le pays une explosion de colère ' contre les hommes assez indépendants et assez hardis pour rompre en visière avec l'Eglise romaine. Dans l'espoir de les dégoûter du protestantisme, on leur adressa des lettres anonymes (nous en avons plusieurs sous les yeux), dans lesquelles Luther était représente « comme un moine orgueilleux et surtout libertin, » comme l< un démon incarné, dont le

(1) Lettres, archives du conseil presbytéral Je Tours.

cœur corrompu et le cerveau brûlé avaient vomi des ordures. » Voulaient-ils donc servir un pareil maître et devenir les disciples de cet « impudent hérétique ? » On ne pouvait croire à tant de folie.

Parfois les missives étaient signées. En voici une qui mérite de passer à la postérité. Elle a été adressée le 1" avril 1 85 3 à un membre de l'église de La Chapelle, nommé Laurenceau, et déposée par lui dans nos archives.

« Laurenceau,

« J'apprends que vous faites venir un ministre protestant ! ! ! On n'a jamais vu rien de pareil ! ! ! Comment ! parce que vous n'avez pu faire construire l'église paroissiale où vous le vouliez, vous devenez protestant! Changer de religion pour un dessous, c'est abominable! ! ! Vous ne savez à quelles calamités vous vous exposez, vous et votre famille, de la part di bon Dieu...

« Laurenceau, vous qui n'êtes pas bcte, vous à qui je veux du bien, croyez-moi, suivez mon conseil : abandonnez cet odieux complot contre votre Eglise.

« Comment! vous, qui êtes déjà pauvre,

us iriez payer un prêtre! ! ! Vous vous expoz à mille reproches de la part de votre femme, i n'a pas la dent molle. Vous ferez un enfer votre maison avant l'enfer que Dieu vous servera peut-être...

« Je veux vous tirer de ce bourbier; sachez ne que le premier protestant, c'est le diable. ; diable était le plus beau et le plus aimé des ges. Un jour, le bon Dieu a fait quelque ose qui lui a déplu; alors il a protesté. De est venu le mot protestant. Voyez sous [elle bannière vous êtes ! ! ! (i) »

Toutes ces petites manœuvres ne devaient

is empêcher les prosélytes de La Chapelle de

ster fidèles à l'Evangile; mais ils ne jouirent

is longtemps en paix du droit que la loi

connaît à tout citoyen d'adorer Dieu comme

ui plaît. L'Empire naissant avait besoin du

gé : il se mit à ses ordres. Aussi, en i855,

orité défendit-elle aux protestants de

hapelle de se réunir pour célébrer leur

rangéliste chargé de faire le service, et qui mimait Cattelain, ne crut pas devoir s'in-

[1) Nous supprimons naturellement la signature, qui : celle d'un ancien fonctionnaire. Voir Lettres, archives conseil prcsbytéral de Tours.

cliner devant cet ordre, qui rappelait un pe trop les décrets de Louis XIV.

L'administration fut indignée de cette rési: tance inattendue, et un dimanche, à l'heure d culte, le juge de paix d'Azay-le- Rideau péni dans la maison du sr Sureau, où les protesta étaient assemblés, compta les assistants, ; leurs noms et leur fit subir une sorte d'in rogatoire. Quelques jours plus tard, l'évarft liste et le propriétaire de l'immeuble dai! lequel avait eu lieu la cérémonie, furent son mes de comparaître devant le tribunal \ Chinon. — Le premier était accusé d'avo présidé une réunion de plus de 20 personne contrairement à la loi sur les association d'avoir célébré un culte sans autorisatio enfin d'avoir rempli une fonction pastoral sans être pasteur ; le second, d'avoir prêté c loué une chambre de sa maison pour ladi réunion. Le procureur impérial fit du zèle il prononça un réquisitoire d'une grande vie lence, et Cattelain fut condamné à 200 franc d'amende, Sureau à 16, et tous les deux sol dairement aux dépens.

Les ennemis du protestantisme trouvèrei la peine trop douce : 216 francs d'amend c'était trop peu pour un forfait pareil; procureur en appela à minima et l'an» revint devant le tribunal de Tours. M. Rivièr

îjourcThui député, se chargea de défendre îvangéliste de La Chapelle. Il mit son talent service de la liberté menacée, et s'il n'obtint is l'annulation du jugement de Chinon, il npêcha du moins que la peine fût aggravée. e tribunal confirma purement et simplement . sentence déjà prononcée contre Sureau et ■attelain (i).

A la même époque, c'est-à-dire en i855, les rotestants de Huismes eurent aussi leur petite irsécution. Un dimanche, le maire de cette immune, obéissant à des influences clériles, posta deax gardes-champêtres devant la lie de culte, avec ordre d'en interdire l'entrée u pasteur. — M. Fuzier, ne se doutant pas de e qui l'attendait, arrivait sur ces entrefaites vec quelques protestants de Saumur. Surpris e voir un rassemblement devant le temple, il pproche, et son étonnement redouble. « De haque côté de la porte, dit-il dans un article u'il publia plus tard dans YEglise libre, se enaient les deux gardes-champêtres, en uniorme et la rapière dehors. Je prends la clef our ouvrir. — « Au nom de la loi, on n'entre >as, dit l'un d'eux. — Quelle loi, m'écriai je?

(i) Voir le texte du jugement du tribunal de Tours ans le Journal d'Indre-et-Loire du [3 juin 1 8 5 5 . — Par

irdre du Ministre, remise fut faite de l'amende.

— Ah! c'est pas notre affaire ça. Nous sommet commandés par M. le maire... » — « Condui sez-moi chez le maire », leur dis-je. Et ne braves gens, prenant une pose moins faroucm et mettant le sabre au fourreau, m'accomja gnent au château, demeure du premier magiq trat de la commune.

« Introduit dans un vestibule, j'attend.

quelque temps, et enfin un monsieur de haul

stature, l'air très animé et très résolu, vir

brusquement à moi. — « Qui êtes-vous, dit-i

et que voulez-vous? » — « Je suis pasteur pre

testant à Tours et de plus président du consi;

toire auquel se rattachent administrative!!»

les protestants de cette localité. Je viens vou

prier de me faire ouvrir le temple, où l'o

m'empêche d'entrer, pour que je puisse rem

plir les fonctions de mon ministère. » — « J

ne vous connais pas, interrompit- il. Je n'ï

pas à m'informer si vous avez oui ou non

adeptes dans cette commune, ni quels s<

vos titres pour la diriger; avant tout, c'est u^

autorisation du Gouvernement qu'il me l'ai

montrez-la moi et nous verrons. » — Je h

rappelai alors le décret du 26 mars i852, erj

vertu duquel tous les protestants disséminé:

font partie, s'ils le désirent, de la paroisse voi

sine; je lui dis que je n'avais pas besoin d'autre

autorisation, et que d'ailleurs, la liberté de:

cultes est inscrite dans nos lois. — « Non, s'écria-t-il avec plus de force, non, vous ne ferez pas de prêche, (i). »

Le pasteur se retira et il re'unit immédiatement les protestants du village dans une maison particulière, où il célébra le culte (2).

Un peu plus tard, en i85/, les réformés de Huismes furent inquiétés de nouveau. Après la mort du maire, auteur de la scène que nous venons de raconter, ils s'étaient assemblés dans leur petit oratoire; mais l'administration le fit fermer, sous prétexte « qu'il était trop près de l'église catholique (3). » Ils se transportèrent plus loin ; et comme leur nouveau lieu de culte était trop petit, ils résolurent en 1859 de construire un temple. Un habitant de la commune, le sr Désiré Lemesle, donna le terrain. Des collectes furent faites à Huismes, à Tours, à Paris, à Pau, à Edimbourg, et le nouvel édifice fut bientôt achevé (4). Mais l'autorité refusa l'autorisation de l'ouvrir, et ce ne fut

(1) Eglise libre du 14 juin 1868.

(2) Registre des délibérations du consistoire d'Orléans, séance du 12 décembre i855.

(3) Registre du conseil presbytéral de Tours, séance du 10 mai 1859.

(4) Il coûta 10,000 fr. environ. Sur cette somme, les protestants de Huismes avaient donné 3gg fr. 5o. (Arch. du conseil presbytéral de Tours, Comptes.)

qu'en 1 863 que cette interdiction incompré-., hensible fut définitivement levée (i).

Les protestants de La Chapelle-aux-Xaux avaient déjà reconquis en 1859 le libre exercice de leurs droits; ils avaient construit un petit temple, et depuis lors, ils n'ont jamais été inquiétés. Leur pasteur, M. Le Cornu, qui] avait succédé à Cattelain, fut chargé en i8j3 de desservir le poste de Huismes en même j temps que celui de La Chapelle : il s'est usé à la tâche. Son successeur, M. Pic, est à l'œuvre aujourd'hui; il compte dans sa double paroisse i5o personnes environ.

Les écoles protestantes de Tours, qui avaient été fondées, Tune en i83p, l'autre en 1840 furent transformées en i85o, par mesure d'éco nomie, en une école mixte recevant les garçons et les filles. Elle avait peu d'élèves en i852 ; d'ailleurs, l'Académie voyait de mauvais œil cet établissement d'instruction publique, qui avait un caractère d'indépendance bien marqué. Ne pouvant le fermer, le recteur ordonna d'en faire sortir toutes les petites filles catholiques que leurs parents y avaient envoyées, soit pour ne pas les confier à des congréganistes, soit tout simplement parce que l'en-

(1) Registre des délibérations du conseil presbytéral de Tours, séance du 1er mars i863.

lgnement de nos instituteurs leur conve- L('lâ,iment dans iequel on donnait les cons (-) n'appartenait pas à l'église de Tours Cai L loué à M. Faucheux, <pu pou™ reprendre quand bon lu semblera,,. Ne

,„Unt pas risquer d'être depossed de ce ,cal vaste et commode, le conse.l décida de acheter. Le Gouvernement donna 4,000 t.. our ce objet, des collectes furent fanes dans paroisse pa les soins de quelques hommes voués, lePRévérend Biley écrivit à ses am Angleterre pour leur demander de argent, t MTwent de Rosenburg, qui a ,oue un rôle \porTam dans l'égUse de Tours e, fan preuve

toute circonstance d'un dévouement absolu Jnc la somme nécessaire pour qu'on pu ntre'r immédiatement en marche avec le pro- ," aireV ,'immeuhle. L'acte , ta passe ,5 juin ,85+; et la maison d'école, payée

'4A ce, époque, le conseil presbv, rai defcnda que établissement d'ins,ruc„on pr.ra"re de la rue du Gazomètre fû. communa-

P La ville refusa, mais elle accorda une

/.* iêlibérations du conseil presbytéral.

.(Arch. du conseil A4.) (2) Rue du Gazomètre, 1 1 .

subvention annuelle de quatre cents francs. qu'elle a portée depuis à six cents francs d'abord, puis à douze, à quinze, et enfin à dixhuit cents francs.

En 1868, l'école mixte fut remplacée par une école de garçons et une école de filles. Ces deux écoles, dirigées avec autant d'intelligence que de dévouement par M. et M™ Goulinat, étaient en pleine prospérité en 1879, — on y comptait une centaine d'élèves, '— quand le conseil municipal consentit à les communaliser.

Depuis la dernière loi d'instruction publique, elles ont perdu tout caractère confessionnel fi).

Les préoccupations inséparables d'une réorganisation lente et parfois difficile, les lourdes charges qu'avait fait peser sur l'église de Tours lâchât d'un temple et d'un bâtiment d'écoles, ne l'avaient pas empêchée de s'occuper de« pauvres.

Le consistoire local leur distribuait 1

(1) L'école de garçons a été dirigée successivement pai

M. Clavd (1S41), par M. Cattre, par M. Piégu (,844), par

M . Bourher, chargé de l'école mixte à la tin de ,849, par

M. Champion, par M. Salles, enfin par M. GouHnaî

depuis ,875. - L'école de filles par M»' Laûgt, paJ

Mme Salles, par M- Champion et pal •M'n- Uoulinat. '

produit des collectes faites à l'issue des services religieux, et en 1840, Mme André, dont le souvenir est resté vivant parmi nous, avait fondé un comité de dames, qui prit le nom d'Association protestante de bienfaisance, et dont les membres visitaient les indigents et leur apportaient des secours. Mais on comprit bientôt qu'il fallait mettre de l'unité dans la répartition des aumônes. Pour éviter que certaines familles indigentes ne reçussent des secours de deux côtés à la fois, le conseil presbytéral décida en 1 85 3 que le produit des collectes faites au temple serait versé dans la caisse de l'Association. Les dames du comité, qui connaissaient mieux que personne les besoins des pauvres de la paroisse, étaient d'ailleurs bien qualifiées pour accomplir la tâche dont elles voulaient bien se charger. Depuis cette époque, l'Association de bienfaisance a distribué les fonds qui lui ont été confiés. Elle fait une collecte annuelle, dont le montant, joint à celui des collectes du dimanche, lui permet d'aider les indigents à solder leur lover, de leur donner des bons de pain, des bons de viande, des secours de maladie, enfin de payer les visites du médecin et les médicaments qu'il ordonne (1).

(1) Voici les noms des dames dont se compose aujour-

Témoins de cette charité et ne la comprenant pas, les ennemis du protestantisme ont plus d'une fois accusé les membres du comité et le pasteur lui-même, de secourir des pauvres n'appartenant pas au culte réformé, pour les attirer au temple et en faire des prosélytes. Cette calomnie souvent rééditée, ne vaut pas la peine qu'on la réfute. Les protestants méprisent trop les gens qui sont à vendre pour avoir envie de les acheter (i).

Puisque nous avons parlé de l'œuvre de bienfaisance accomplie avec autant de zèle que de prudence par les dames du Comité, nous

d'hui le comité : Mme Garrick, présidente, Mme Blanchard, Mme Boyer, Mmc Capelle, Mrac Cottier, Mm° de Coutouly, M"" Devilaine, Mme Dupin de Saint-André, Mro0 Grandd'Esnon, Mm0 Van Gelder. Mme Macalister, Mm° la comtesse de Pourtalès et Mm0 Tyndall.

(i) Déjà vers 1840, M. Morache écrivait : « Depuis que le clergé a répandu contre les protestants l'accusation d'acheter les consciences, i32 catholiques sont venus leur proposer d'acheter la leur. S'ils avaient voulu d'une telle marchandise, elle était à eux. Ils ont renvoyé les vendeurs... Ils ne sont pas assez niais pour vouloir peupler leur église d'hypocrites. » Avis aux catholiques raisonnables, p. 4 et 6. — Les choses n'ont guère changé. Depuis 9 ans que je suis pasteur de l'église refermée de Tours, plus de 100 personnes sont venues m'ofirir de changer de religion si je voulais leur donner 5oo fr. Je les ai mises à la porte. Autant en arrivera à ^eux qui les imiteront.

devons rappeler aussi ce que firent les protestants de Tours en 1870 et 1871, pour les soldats de passage et pour les blessés.

Le 9 novembre 1870, ils ouvrirent sur l'avenue de Grammont une salle où les militaires fatigués pouvaient se reposer (1); on leur donnait un bain de pieds et une tasse de bouillon, souvent une ou deux paires de chaussettes et toujours des bandes de toile et de la charpie. On estime que plus de 9,000 soldats sont venus s'asseoir dans ce modeste établissement.

A la même époque, un Comité se forma pour secourir les blessés. Il était composé de M. le pasteur Fuzier, président, de M. Stapfer, secrétaire, de M. Twent, trésorier, de M. Schérer, de M. Lequeutre et de M. Cottier, l'homme aimable et bon, dont le souvenir est resté cher à tous les membres de l'église de Tours. Deux ambulances furent organisées par ces messieurs, l'une dans la rue de Nantes, l'autre dans la maison d'école de la rue du Gazomètre (2). Dans la première, on comptait 32 lits. Elle fut ouverte le 2 novembre 1870 et fermée le 12 mars 1871. Pendant ce laps de temps, 55<> soldats y furent admis et soignes.

(1) Elle fut fennec le 20 janvier 1 S 7 1 .

(2) Les écoles furent établies l'une dans le temple, l'autre dans la sacristie.

Le total des dépenses s'éleva à 6,020 fr., et le Comité eût de plus à payer 638 fr. 45 pour frais d'appropriation du local. — L'ambulance de la rue du Gazomètre comptait 28 lits : elle reçut 476 soldats, dont 3 moururent à Tours ou dans leurs familles, après l'évacuation. La dépense totale fut de 6,820 fr., et la journée de malade de 2 fr. 44 (1).

Pendant tout l'hiver, les dames protestantes de Tours rivalisèrent de zèle et d'activité avec les directeurs et les directrices, les médecins et les infirmières des ambulances. Tous les jours elles venaient soigner les blessés, causer avec eux et les consoler. Nul ne saura le bien qu'ont fait ces infirmières volontaires aux malheureux soldats, presque tous catholiques, dont les ambulances ont été remplies pendant plus de quatre mois.

Il n'est pas inutile de dire que chaque fois qu'un blessé demandait un prêtre, on se hâtait d'aller en chercher un. Le pasteur tut aussi plus d'une fois appelé dans les ambulances catholiques. Les tristesses de la défaite, la douleur patriotique qui débordait de toutes parts, avaient lait évanouir les rancunes mes-

(1) Voir Rapport du Comité auxiliaire de secours pour le soldats blesses ou malades, $70-1871, \\ p et p. 121-

quines, les haines de secte, qui ont trop souvent de'shonoré les meilleures causes. Les grandes épreuves élèvent les hommes assez haut pour qu'ils ne voient plus les barrières que le passé a dressées entre eux, et dont les sages ne s'occupent jamais que pour travailler à les abattre.

En 1872, M. le pasteur Fuzier, dont l'activité avait brisé les forces, donna sa démission (1); il fut remplacé par M. Edmond Stapfer, qui depuis deux ans remplissait à Tours les fonctions de suffragant (2).

L'église, agitée par les événements de 1870 et de 1871, reprit sa vie paisible. Depuis, rien n'a troublé le calme dont elle jouit. Le culte est assez fréquente. L'école du dimanche compte plus de soixante élèves. Le pasteur fait un cours d'instruction religieuse au Lycée et réunit une fois par semaine les enfants de la paroisse pour leur expliquer le catéchisme. Il y a, dans notre ville et dans les environs immé-

(1) M. Fumier, né à Brusques (Aveyron), officier de santé, avait desservi avant de venir à Tours, l'église de Lille comme suffragant, et comme titulaire les églises de Wanquetin (Pas-de-Calais) et de Lemé (Aisne). Il a présidé le consistoire d'Orléans de i856 à 1868.

(2) M. Edmond Stapfera quitté Tours en 1876. Il est aujourd'hui pasteur à Paris et chargé de cours à la Faculté de théologie protestante de cette ville.

— 2ÔO —

diats, un peu plus de 5oo réformés, et si l'on compte en outre les soldats protestants de la garnison, nos coreligionnaires de Genillé, d'Amboise, de Cormery, de Loches, de Huismes et de La Chapelle, enfin les membres de Y Eglise anglaise ( i ), tort diminuée cette année par la terreur qu'a inspirée le choléra à l'entrée de l'hiver, on constate que près de neuf cents personnes se rattachent au culte évangélique dans le département d'Indre-et-Loire.

Louis XIV avait cru détruire à jamais le protestantisme. L'événement a prouvé qu'on ne tue pas une religion.

Deux siècles après la Révocation, l'église de Tours est là, organisée et vivante. Sous l'égide des lois, protégée par une administration impartiale et bienveillante, elle se développe paisiblement, tout en faisant un peu de bien. L'instruction delà jeunesse, pour laquelle

(i) Nous n'avons pas dit grand chose de V Eglise anglaise : comme les peuples heureux, elle n'a pas eu d'histoire. Mais nous tenons à affirmer notre sympathie pour elle, car nous ne saurions oublier qu'elle a été pour ainsi dire la mère de la nôtre. On trouvera dans l'Appendice n° I la liste des pasteurs qui l'ont desservie depuis 182g. 11 nous a été impossible de découvrir les noms de leurs prédécesseurs. Elle a à sa tête en ce moment le Révérend Kirbv, auquel nous sommes heureux de pouvoir offrir l'expression de notre respectueux attachement.

— 2bi —

pendant de longues années elle s'est imposé de si lourds sacrifices, lui tient toujours à cœur. Elle n'a aucune haine pour les idées modernes, qui assurent sa liberté. Affranchie de toute crainte pour l'avenir, elle s'efforce de vivre en paix avec tout le monde. Elle essaie en un mot de réaliser le grand principe chrétien de la fraternité, et tout en restant fermement attachée aux doctrines évangéliques, qui sont les siennes, elle ne se souvient du passé, des luttes tragiques d'autrefois, que pour maudire tous les fanatismes et toutes les intolérances ; car elle ne connaît rien de plus beau, de plus divin, que ce précepte du Christ : « Aime^-vous les uns les autres. »

~-Vf3Pç^p^«ry»^È—

Page 1