‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 16 sur 104 · XII. — Tumulte <!Mml>oi · texte numérisé non relu

XII. — Tumulte <!Mml>oi

"Un gentilhomme du Périgord, Godefroyde Barry, seigneur de La Renaudie, qu'une condamnation pour faux avait fait fuir en Suisse, en était revenu secrètement et en avait apporté le plan d'une conjuration qu'il communiqua à quelques mécontents réunis à Lyon. Il avait parcouru les provinces insinuant partout qu'il n'agissait qu'en second, que le prince de Condé était le véritable chef de l'entreprise, que Coligny lui donnait un concours pécuniaire, Calvin et Théodore de Bèze leurs conseils.

112 CHAPITHÉ PREMIER. — (1525—1560)

Dans un premier conciliabule tenu à Lyon, les principaux conjurés assignèrent un rendez- vous général de tous leurs adhérents dans la ville de Nantes, où devaient se tenir de grandes assises, et où il leur serait facile de passer inaperçus, confondus clans la foule des plaideurs. La Renaudie se chargea d'y convoquer les délégués de toutes les provinces.

Aucun ne s'y présenta avec mission spéciale de la Bourgogne; cependant, deux gentilshommes du Tonnerrois, Edme et Jean de Ferrières-Maligny, seigneurs de Presles et autres contrées de l'Avallonnais ainsi que Jean de La Fin, seigneur de Beauvoir et de La Nocle, dans les environs de Bourbon-Lancy, prirent une part active à la conspiration, (i).

Les conférences de Nantes (1er février 1560) aboutirent à l'organisation d'un formidable complot contre le gouvernement des Guises et contre la régence.

Edme de Ferricres Maligny (le cadet) qui avait participé à ces conférences, était parli de Nantes pour conduire sur Blois quelques troupes de l'Ilede-France, de la Champagne et de la Brie. Déjà il s'approchait de la Loire; mais sur ces entrefaites la cour avait changé de résidence: elle avait quitlé Blois avec l'intention de passer le temps du carême

(!) Les Ferrières-Maligny avaient pour aïeule une bâtarde de Bourbon, et par leur mère, Louise de Vendôme, i s étaient al iés à Condé, aux Montmorency et aux Chatillon. — Note de M. le duc d'Aumale, dans Vhistoire des princes de Condé, t I, p. (59 BeYaude de Fenièrea. Tune de leurs s-eurs, avait épousé Jean de La Fin, seigneur de Beauvoir et de La Nocle.

à Amboise. C'est en s'y rendant, que les ministres du roi furent informés de la conspiration dirigée particulièrement contre eux. Le château fut mis aussitôt en état de siège et l'on y fit entrer sans bruit de nouvelles troupes.

Le départ de la cour jeta un peu de perturbation clans le plan des conjurés; mais ne leur fit pas abandonner leur coupable projet.

La Renaudie expédia des courriers pour donner à ses complices un nouveau rendez-vous aux portes d'Amboise, et les avertir que l'exécution de l'entreprise était retardée et portée du 6 au 17 mars. Mais les conjurés mal dirigés, arrivaient par petits détachements et les uns après les autres. Le 15; quelques-uns de ces groupes surpris isolément, furent facilement taillés en pièces. Le 18, lendemain du jour fixé pour l'exécution du complot, il ne restait plus que quelques corps qui se débandèrent et prirent la fuite, chacun jetant ses armes dans les buissons ou dans les rivières. La Renaudie avait été tué dans la forêt de Château- Renaud, sur la rive droite de la Loire.

XVII. — Fuite des Ferrières-ilaligny, après la dispersion des révoltés.

Le prince de Condé, pour déjouer les soupçons sur sa complicité, s'était hardiment rendu auprès du roi avec sa maison. Au nombre de ses gens était de Vaux, son premier écuyer, créature de Ferrières-Maligny. De Vaux gardait à Maligny une

vive reconnaissance pour la position qu'il lui avait faite auprès du prince.

Après la défaite des révoltés, Maligny, à l'exemple du prince, son parent, conçut l'idée aussi imprudente qu'audacieuse, d'aller à la cour rejoindre celui-ci, croyant par son apparente sérénité, en imposer aux juges enquêteurs.

Mais des révélations accablantes lui créèrent une situation insoutenable. Se voyant à la veille d'être arrêté, il se fit donner par son protégé, l'un des meilleurs chevaux des écuries de Condé et prit la fuite, accompagné de Jean La Fin, son beau-frère et de deux ou trois serviteurs.

Renaud de La Gaymarie, lieutenant des gardes du corps, fut mis à sa poursuite.

Le jeune Maligny que l'on croyait s'être dirigé sur le Maine, avait pris au contraire, après quelques détours, la route de la Bourgogne. Il était arrivé à Auxerre et s'y était arrêté dans la paroisse Saint- Loup, à l'hôtel de la Galère. Mais apprenant qu'il était poursuivi par les gens du roi, et que ceux-ci entraient déjà en ville, il abandonna ses équipages et ses bagages et se sauva à toute bride. Quand La Gaymarie se présenta, le 5 avril, « pour le saisir et prendre au corps, » il ne put que constater le départ du fugitif, et confisquer ce qu'il avait laissé, c'est-à-dire, « cinq pièces de chevaux scellés », des malles contenant sa garde-robe et des objets de toilette. Il fit prisonnier un gentilhomme nommé Boulet, et trois serviteurs, tant de Maligny que de La Fin. Trois jours après, il dressa, par devant notaire, un procès-verbal de la saisie, et mit hommes, chevaux et meubles sous la garde de La Fin, qui

s'engagea à « les rendre et représenter toutefois et quantes qu'il en seroit requis. » (1).

Après avoir partout évité les embûches, et dépisté les gens du roi, le jeune Maligny parvint enfin à Lyon où nous le verrons fomenter de nouvelles révoltes. Son beau-frère La Fin était prisonnier sur parole.

Jean de Ferrières-Maligny, le frère aîné du premier, était aussi avec le prince de Condé, lors de l'entreprise d'Amboise : craignant d'être compromis comme son frère, il quitta aussi la cour et gagna le Béarn. (2).

(I) Archives de l'Yonne. — Minutes des notaires, pièce déjà produite par M. L. de Bastard.

Le procès-verbal mentionne « cinq pièces de chevaux scellés « sçavoir une hacquenée soubz poil noir, ung courtaut soubz poil « rouge, ung aultre cheval soubz poil brung bai, lequel dernier « cheval ung nommé Boulet, de la compaignie de M. le duc de « Laurayne a dict lui appartenir, avec trois serviteurs de M. de « Malligny, ensemble ledit Boulet cy de.* Sus nommé. Lequel gen- « tiihomme, serviteurs et chevaux, ils ont saisis et arrestés pii- « sonniers en ladi'e hostellerie de la Gallée. » Plus loin l'inven- « taire de la saisie désigne encore : « une malle en boys, cou- « verte de cuyr, dans laquelle il y a une robbe de damas gris « avec deux bandes de vellours noir et passementerie fourrée, « une paire de chausses de drap noir boufant le taffetas, une « toilette de vellours violet frangez, ensemble ung pignoer ouvré « à cinq bandes de Soye noyre, ung sacq de cuyr dans lequel y « a trois chemises, avec ung estuit couvert de vellours violet « garny de trois pignes, ung misrouer et plusieurs aultres « choses, deux paires de boutines noires et blanches de maro- <c quin, denx paires de pantolle?, Tune de vellours et l'autre de « cuyr, avec ung chappeau noyr picqué de soye, et encores « deux chemises, une paire de boutinss et une paire d'escarpins « blancs. »

(2) Comte Léon de Bastard. — Recherches biographiques sur Jean de Ferrières.

JLYllf . — Progrès de la réforme en Bourgogne.

Tout en sévissant contre les rebelles, le gouvernement avait fait un premier pas en arrière. Dans le but d'ôter à la révolte un prétexte de religion, de séparer des factieux les hommes égarés par les sophismes des sectaires et de les calmer, Catherine de Médicis avait fait appeler à la cour l'amiral de Coligny, pour qu'il exposât ses griefs et donnât son avis sur le remède à opposer au mal. Sur le conseil de l'amiral partagé par la reine-mère et le douteux chancelier Olivier, un édit donné à Amboise, le 8 mars, publié le 12, proclama une amnistie générale à l'exclusion cependant des « ministres prédicants et de ceux qui, sous couleur de religion, avoient conspiré contre le roi, sa mère et ses principaux ministres. »

Cette faiblesse, d'une part, de l'autre l'audace croissante des révoltés, le prestige des grands noms mis en avant comme chefs de l'insurrection, enhardirent les novateurs et l'agitation gagna la Bourgogne.

Déjà les chanoines de Beaune entre autres, effrayés des progrès subits et rapides de l'hérésie, avaient pris des mesures pour empêcher tout rapport « surtout des gens d'église « avec les hérétiques Ils écrivaient sur leurs registres, le 18 mai 1560, « l'erreur est presque partout. » Ils faisaient des remontrances au maire et aux échevins au sujet de l'insolence des réformés ; mais le maire et les échevins , écrit M. Rossignol , favorisaient la

Réforme. De sorte que le danger devint tel, que le chapitre de Beaune contribua lui-même au guet et à la garde des portes: on en verra bientôt les effets. Avant de toucher à une époque où le protestantisme va se produire d'une manière encore plus audacieuse en élevant la voix au sein même des assemblées délibérantes convoquées pour les besoins de TEtat, en même temps qu'il brandira partout, et en bandes armées, son étendard de discorde, suspendons un instant le récit des événements, pour étudier l'esprit de la nation, dans les remontrances des villes et dans les discours des députés de la province envoyés aux États. Ce sera l'objet du chapitre suivant.

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