X. — Ouverture des États et discussions
Le 13 décembre> dans la salle que le roi défunt avait fait préparer, Charles IX vint faire l'ouverture des Etats. Il avait à sa gauche la reine-mère, reine de fait et d'ailleurs proclamée régente, tandis qu'il n'était, à cause de son âge, roi que de nom.
Son trône était dressé sur une estrade élevée de plusieurs marches, au fond de la salle.
Un degré au-dessous du trône du roi, à sa gauche, était assise Marguerite de Valois, et à sa droite, la duchesse douairière de Ferrare, tous habillés de deuil.
(1) Les Guillaud étaient d'une famille distinguée dans le Chalonnais ; Maximilin Guillaud fut précepteur de Charles de Bourbon, (le cardinal) qui fut plus tard proclamé roi de la Ligue.
(?) De Mayer. — États Généraux. — A. Thierry. — Histoire du Tiers-État. — Arch. de Bourgogne pour quelques-uns.
Aux pieds du roi, se trouvait le duc de Guise, avec son bâton de grand-maître.
Le roi de Navarre, ayant à sa droite le connétable de Montmorency, Tépée nue en main ; et à sa gauche le chancelier de l'Hospital, occupait une estrade à trois ou quatre pas en avant de celle de Charles IX. Un peu en arrière du connétable et du chancelier, se tenaient à genoux deux huissiers du roi avec leurs masses.
Au-dessous du roi de Navarre, sur le côté droit, étaient les cardinaux de Tournon, de Lorraine, de Bourbon, de Châtillon et de Guise.
Vis-à-vis de ceux-ci, les princes du sang, savoir : le comte d'Auvergne, le prince de La Roche-sur- Yon et le marquis de Beaupréau, son fils.
Après eux, venaient les ducs d' Au maie et de Joinville, et le marquis d'Elbeuf, « princes tenus « comme étrangers, d'autant que pa^ la loi salique, « encore qu'ils soyent fort proches parents et con- « sanguins de la maison et couronne de France, « néanmoins en sont exclus, pour être is^us de « femelles, qui n'y ont aucune part. »
Deux degrés plus bas, étaient le grand écuyer, les maréchaux de Brissac et de Saint-André et l'amiral de Coligny ; celui-ci, la face tournée vers le roi. Derrière eux, à un bureau isolé, les quatre secrétaires d'État, puis deux autres bureaux pour les surintendants des finances et les évoques du conseil privé.
Enfin les banquettes des députés : à gauche, celles du clergé, à droite, celles de la noblesse et à la suite des uns et des autres, de chaque côté, celles du Tiers-État.
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Les hérauts d'armes fermaient l'enceinte et la séparaient de l'espace réservé au public.
Derrière le roi, était encore Marcilly-Cypierre, son gouverneur. (1).
Enfin, derrière les autres princes et les dames de la cour, se tenaient les gentilshommes de leurs maisons avec leurs haches; et derrière les cardinaux se trouvaient des banquettes réservées aux dames de distinction.
Après quelques instants consacrés à des échanges de compliments entre les divers personnages que cette solennité rassemblait, sur un signe clu chancelier, qui avait pris d'abord l'ordre clu roi, tout le monde se tut, un huissier cria aux députés de s'asseoir et de se couvrir et Michel l'Hospital commença le discours d'ouverture.
Dans son exorcle, il fait d'abord l'historique des Etats-généraux, puis proclame hautement les heureux effets de ces assemblées, lorsqu'elles exercent leurs droits en toute liberté. « Il est certain, dit- il, « que le sujet reçoit grands biens des États ; car il « a cet heur d'approcher la personne de son roi, « de lui faire ses plaintes, lui présenter . ses « requêtes, et obtenir les remèdes et provisions
(1) Philippe de Marcilly, teigneur de Cypierre, dans le Maçonnais, est une des illustrations de la Bourgogoe à cette époque. Brantôme en fait cet éloge : « Si d'autres n'avoient point gâlé l'excellente éducation qu'il avoit donnée à Charles IX, il en
auroit fait un grand roi Cypierre étoit le plus brave seigneur
qui fût jamais gouverneur de roi, légal, franc, ouvert et du cœur et de la bouche, point menteur et dissimulateur, et qui l'avoit nourri très-bien et instruit, et ne Tavoit jamais fait étudier dans les chapitres de dissimulation.
« nécessaires et si nous regardons au temps
« passé pour notre instruction à venir, nous trou- « verons que tous les Etats qui ont été tenus, ont « porté profit et utilité aux princes, et les ont « secourus à leurs grands besoins. » Il parle un instant des discussions survenues pour le fait de la religion, laisse voir toutes ses idées de tolérance en disant que « la douceur profitera plus que la « rigueur ; » et enfin invite les députés à parler en toute confiance. « Le roi et la reine, dit-il en termi- « nant, entendent qu'en toute sûreté et liberté, « vous leur proposiez vos plaintes, doléances et « autres requêtes, qu'ils recevront bénignement et « gracieusement et y pourvoiront en telle sorte que « vous connaîtrez qu'ils auront plus d'égard à votre « profit qu'au leur propre : ce qui est l'ofïice d'un « bon roi. »
Les deux ou trois jours suivants sont consacrés à la vérification des pouvoirs et à la composition des bureaux. Dans la chambre du clergé, deux députés bourguignons, Mauregard et Charvot, sont désignés pour le dépouillement des remontrances de chaque province ecclésiastique et pour la réunion de leurs articles en un seul et môme cahier.
Les procès-verbaux que j'ai sous les yeux, sont très-sobres de détails : on y voit cependant ce fait très-significatif. C'est la proposition par la chambre du clergé, d'élire un seul et même orateur des trois ordres, pour la présentation des cahiers, et la désignation qu'elle fait clu cardinal de Lorraine, ce chef ardent du parti catholique.
Cette élection eut pesé d'un grand poids sur la
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politique du jour : C'eut été une condamnation solennelle des nouveautés religieuses et un encouragement à la répression des réformateurs ou soidisant tels.
La proposition dut émouvoir les partis. L'entreprise était habilement conduite. Le cardinal affectait de ne vouloir pas être l'organe spécial du clergé ; il subordonnait son acceptation au consentement des nobles et du Tiers-État, pour une mission simultanée. Les ecclésiastiques sollicitèrent alors les deux autres corps de s'unir à eux. Après plu- , sieurs jours de débats, la chambre de la noblesse répondit par l'organe des seigneurs de Lognes et de Ventoux, députés, l'un cle Champagne, l'autre de Bourgogne, qu'elle avait fait pour sa part un autre choix.
Tout en rendant hommage à l'orateur présenté par le clergé, elle repoussa la proposition par cette considération qu'il allait appartenir au cardinal, en qualité de membre du conseil privé, de répondre aux remontrances des Etats. Ses voix se portèrent sur un député de Bourgogne, Silly, ou plutôt Suilly de Rochefort de Luçay, que Mayer désigne par erreur, sous le nom cle Licey. (1).
Le Tiers-État répondit clans le même sens que la noblesse, en déclarant comme elle, qu'il ne prétendait point pour cela se séparer du clergé, mais protestant, au contraire, vouloir rester en parfaite union de sentiments avec lui.
(1) Claude de Rochefort, seigueur de Luçay, de Sigy, de Suilly, etc., panetier du roi, second fils de Claude de Rochefort, seigneur de Pleuvaut et de Catherine de la M;ig^elaine, et qui a fait la branche des seigneurs de Luçay.
Le clergé voyant échouer sa proposition, fit alors élection d'un Autunois, Jean Quintin, docteur et doyen de la faculté théologique de Paris, chanoine de l'Église Saint-Lazare d'Autun et député de Paris, pour parler en son nom à la séance royale ; mais à la condition expresse que celui-ci communiquerait préalablement son discours à la chambre qui le déléguait. (1). C'est à la séance du 28 décembre qu'il en fît la lecture à ses collègues.