‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 30 sur 104 · X. — Beaufreuiont de Sennecey porte la parole pour · texte numérisé non relu

X. — Beaufreuiont de Sennecey porte la parole pour

la Noblesse.

Quant aux actes de la Noblesse, je dirai seulement que ce fut encore un bourguignon, Nicolas de Beaufremont, baron de Sennecey qui fut chargé du discours au roi.

Nous verrons le même orateur être honoré

(1) M. Abord. — Histoire de la Réforme et de la Ligue dans la ville d'Autun.

plus tard de la même mission aux États de Blois, en 1576, et son fils, Claude de Beaufremont, hériter en 1587 de la confiance accordée avec persévérance à sa famille. (1)

Son discours au roi, expression du voeu émis par la majorité de la noblesse représentée à Pontoise, et ce jour-là, à Saint-Germain, est empreint d'un esprit de modération malheureusement plus favorable au succès de la Réforme qu'au maintien de la religion catholique.

Voici les parties saillantes de cette harangue : « Sire, puisqu'il a pieu à Dieu pour nostre sin- « gulière félicité, vous constituer nostre vray roy, « naturel prince et souverain seigneur, nous en « remercions la divine providence en toute humide lité et sincérité de cueur et d'affection, en recon- « noissant les singuliers dons de grâce, desquels « vostre royale majesté est ornée, ne pouvans ' « moins espérer de tels principes et commence- « ment d'humanité, dont usez envers nous, que ne « prenions certaines arres et confidence, que crois- « sant avec vostre aage, telles et si haultes vertus, « nous prévoyons, souz vostre règne, quelque jour, « un aage doré et siècle bienheureux : et ce mesme, « par la sage et providente conduite et adminis- « tration de la royne, vostre mère, avecq le très-

(1) La maison de Beaufremont était connue dès le XIVe siècle et avait contracté alliance dans la maison de Bourgogne.

Nicolas de Beaufremont, baron de Sennecey, issu de Pierre Beaufremont, alliait à la gloire des armes, où il s'était toujours distingué, les qualités d'un homme d'Etat et les talents de l'orateur.

Catalogue des gentilshommes ayant séance aux Etats.

« prudent et heureux advis et conseil du très-illustre « et très-débonnaire royde Navarre. Lesquelz nous « supplions très-humblement vouloir continuer et « persévérer en ceste sainte union, concorde et « bonne intelligence de voz affaires, qui ont apporté « tant de bien, tant de joie, tant de repos et tran- « quillité en ce royaume. Estans les gentilshommes « d'iceluy, tous prests et délibérez d'employer, « Sire, pour vostre service, leurs biens, leur vie et « personnes, comme bons et loyaux sujetz doivent « et ont accoustumé de faire, par vray acte de

« magnanimité et noblesse Et pour autant,

« Sire, que c'est chose très-certaine, qu'il n'y ha « rien qui fasse plus fleurir, fructifier et prospérer « un royaume, que la concorde et union des

« sujetz , il faut qu'elles soyent procurées

« entre les hommes Et jusques à ce que, sur les

« doutes et différens qui sont en la religion, il y « ait quelque résolution prinse pour parvenir à « ceste sainte union, il vous plaise, Sire, de vostre « bonté, que l'on use de toute douceur et bénignité, « sans persécution, afin que ceux qui pourroyent « estre en erreur, puissent recevoir enseignement « et instruction, à laquelle il n'y ha rien si

« contraire que la violence et contrainte

« Donc Dieu, par sa miséricorde, veuille

toucher vivement les cœurs et les espritz de tant « de grandz personnages, qui sont assemblez pour « cest effect, maintenant à Poissy. Vous suppliant « en toute humilité, tenir la main qu'ilz ne délais- « sent un si saint œuvre imparfait, et ne se dépar- « tent que les différens ne soyent légitimement « décidez par la parole de Dieu. »

Passant ensuite à la question financière, l'orateur renvoie aux expédients contenus clans les cahiers de remontrances de la noblesse, et « qui y sont « amplement déclarez, pour sortir de ceste fource milière et abisme de clebtes et affaires. »

On se rappelle qu'à Dijon, la noblesse ne mettait pas en doute la bonne volonté du clergé « pour « secourir le roy en ses affaires, » selon la demande du gouvernement : c'est ici la même conclusion. « Croyant asseurément que messieurs « du clergé trouveront ceste raison et né- « cessité clu temps fort heureuse, tant pour « estre par là réduitz, en quelque ordre, plus « songneux d'observer les anciennes constitutions « et décretz cle F Eglise, que pour honorer et « admirer Dieu en ses œuvres, et aussi pour « satisfaire en partie à leur devoir, en vous « aidant en si grandz affaires et vous reconnois- « sant comme leur bienfaiteur, principal fondateur « et conservateur, et que ce faisant, ceste mutuelle « aide pacifie vostre monarchie. En laquelle, Sire* « vivez et régnez en la crainte de Dieu, ayant « tousjours son honneur pour recommandé.

« Surtout prisez et estimez l'amour, la fidèle « servitude et prompte obéissance de voz sujetz : « et pour finale conclusion, sstlus populi suprema « lex esto. Ainsi soit-il. » (1).

(1) Harangue pour messieurs de la noblesse, par noble et puissant seigneur, messire Nicolas de Beaufremont, seigneur et baron de Sennecey, premier des pais et duché de Bourgogne, MDLXI.

Xi. — Le Tiers-État et la noblesse votent l'examen des doctrines religieuses.

La part à laquelle le clergé s'imposa pour l'amortissement de la dette publique, mit fin aux débats sur ce point; mais sous le rapport religieux, les vœux émis par les trois ordres, durent alarmer sérieusement les catholiques sincères.

Nous venons de voir déjà la Noblesse et le Tiers- État du royaume, par l'organe des deux députés bourguignons, demander tous deux, quoiqu'en termes plus étendus de la part de l'un que de celle de l'autre, la révision des doctrines religieuses ; la noblesse ne voulant qu'éclairer et lever des doutes semés sur les dogmes par les hérétiques, le Tiers- État proposant d'emblée, pour ainsi dire, la substitution du protestantisme au catholicisme, en écartant de la discussion les théologiens catholiques, pour n'y faire admettre que les apôtres de l'hérésie.

Le Clergé mis en demeure de se prononcer à son tour, pouvait et devait peut-être refuser les propositions de la Noblesse et du Tiers-État. Des conférences ouvertes sur le dogme et la discipline de l'Eglise, pendant qu'un concile général était saisi des questions religieuses, semblaient à la plus grande partie des évoques, un empiétement grave et périlleux. C'était encourager plutôt que réprimer les hérétiques. Aussi, le légat du pape et le cardinal de Tournon, firent-ils tous leurs efforts pour détourner les députés du clergé cl'acquiesser au vœu des deux autres ordres. Mais le cardinal de Lorraine

qui espérait, dit-on, réduire les protestants au silence par la force de sa logique, l'emporta ; et des conférences publiques qui devaient avoir lieu en présence du roi et de la cour, furent fixées à Poissy pour les premiers jours de septembre. La reine triompha de cette résolution dont elle espérait la pacification du royaume, et dans sa joie, elle s'imagina que la religion admettait des tempéraments comme la politique. De là cette étrange lettre qu'elle écrivit sur ces entrefaites au Souverain- Pontife : •

« Je vous proposerai, Très-Saint-Père, de suppri- « mer le culte des images, de ne plus conférer le « baptesme que par l'eau et la parole : la commu- « nion sera donnée sous les deux espèces ; on « chantera les psaumes en langue vulgaire à ceux « qui s'approcheront de la Sainte Table ; enfin on « abolira la teste et les processions du Saint Sacre- « ment, parce que cette solennité est de tous les « jours et de tous les temps. » (1).

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