XII. — Colloque de Poissy. — Théodore de Bèze
Le rôle que joua Théodore de Bèze dans le colloque de Poissy m'oblige à dire quelques mots de cette scandaleuse conférence.
Théodore de Bèze était né de parents nobles, à Vézelay, le 24 juin 1519. A peine sevré, écrit M. Leclerc d'Auxerre, dans une biographie publiée par l'Annuaire de V Yonne, il était déjà pourvu de
(l) M. Capefigue. — Catherine de Médicis, tiré des manuscrits Béthune.
plusieurs bénéfices ecclésiastiques du nombre desquels étaient les prieurés de Lonjumeau et de Ville-Selve.
Il étudia à Bourges, où il se lia avec Wolmar, dont il embrassa les doctrines, puis à Orléans. Entraîné par ses penchants et par l'exemple de ses amis dans une voie licencieuse, sa vie ne présente qu'une série de désordres jusqu'à l'époque où il se détermina à quitter la France pour échapper aux poursuites contre les protestants, clans les dernières années du règne de François Ier et les premières de celui de Henri II. Son admiration pour Calvin, dont il devint le disciple, lui fît choisir Genève pour résidence, puis Lausanne, où il professa le grec pendant plus de huit ans. C'est là qu'il écrivit la plupart de ses ouvrages. En 1559, Bèze fut reçu ministre à la sollicitation de Calvin, et celui-ci le députa deux ans après pour représenter les protestants d'Allemagne au colloque de Poissy. Plus tard, il devint l'un des conseillers intimes clu prince de Conclé et fut l'un des principaux moteurs de la première guerre civile.
XIII. — Ouverture des débats. — L'Ilospital investit le colloque des pouvoirs d'un concile national.
Le colloque s'ouvrit le mardi 9 septembre 1561, dans le grand réfectoire des religieuses de Poissy, en présence du roi, de la reine-mère, du duc d'Orléans, frère du roi, de Marguerite de Valois, du roi de Navarre, clu prince de Condé et d'autres seigneurs de la cour. Malgré les protestations d'un
grand nombre d'évêques ; on y compta une cinquantaine de prélats et de députés des chapitres.
Le jeune monarque exposa en quelques mots le but de rassemblée, exprima le désir d'en voir sortir d'heureuses garanties de paix, et termina son discours en chargeant le chancelier de l'Hospital, de développer plus en détail les intentions du gouvernement dans l'ordre des débats. (1).
Celui-ci, dans la harangue qu'il prononça, s'avisa d'attribuer au colloque, les pouvoirs d'un véritable concile avec mission d'interpréter les saintes Ecritures.
Le cardinal de Tournon, archevêque de Lyon et par conséquent prélat métropolitain de Bourgogne, à l'exception de l'évêché d'Auxerre, qui relevait de Sens, répondit pour le clergé, que ce corps s'étant préoccupé uniquement du but énoncé dans les circulaires de convocation, et nullement des nouvelles propositions émises par le chancelier, il était utile
(1) Le roi fit l'ouverture des débats eu prononçant cette harangue: « Messieurs, vous estes assez advertis des troubles « qui sont en ce royaume sur le fait de la religion. C'est pour- « quoi je vous ay fait assembler en ce lieu, afin que d'un com- « mua accord vous advisiez entre vous à réformer les choses « que vous verrez y estre de réformer, sans passions quelconques « ni regard d'aucun particulier intèrest ; mais seulement de « Thonneur de Dieu, de l'acquit de voz consciences et du repos « public. Ce que je désire tant que j'ai délibéré que vous ne « bougiez de ce lieu jusques à ce que vous y ayez donné si bon « ordre, que mes subjectz puissent désormais vivre en paix et « union les uns avec les autres, comme j'espère que vous ferez. « Et ce faisant, me donnerez occasion de vous avoir en la mesme « protection qu'ont eu les rois mes prédécesseurs. — (Ample « discours des actes de Poissy, sans nom d'auteur, 1552).
d'avoir ces propositions par écrit, pour les méditer à loisir et y répondre s'il y avait lieu. Le chancelier fut embarrassé de cette demande, et craignant avec raison qu'on ne l'accusât d'hérésie, refusa obstinément de les communiquer autrement qu'il venait de le faire. (1).