‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 46 sur 104 · I. — Prise de ilàcoii pour les huguenots par · texte numérisé non relu

I. — Prise de ilàcoii pour les huguenots par

d'Entragues.

On ne peut nier que les émotions et les soulèvements populaires racontés clans le chapitre précédent, ne fussent prémédités par les rebelles. L'uniformité des moyens, la simultanéité d'action dans

tout le royaume dénotent une direction unique et souveraine. Les provocations entraient dans le plan d'une conspiration formidable ourdie bien plus contre le gouvernement qu'en faveur d'une religion nouvelle.

Les conjurés s'attachèrent à s assurer d'abord clés places de sûreté pour point d'appui de leur guerre impie. A peine maîtres d'Orléans, ils avaient rattaché à ce point central un certain nombre de places fortes éparses dans la plupart des provinces.

Lyon était du nombre de ces dernières, et devait servir de base aux entreprises des huguenots sur la haute Bourgogne. Son gouverneur, François d'Agoult, comte de Sault, en avait ouvert les portes aux révoltés, clans la nuit du 30 avril au 1er mai. (1).

Aussitôt que cette nouvelle parvint à Mâcon où certains meneurs entretenaient l'effervescence, la multitude prévoyant une occasion de satisfaire ses convoitises, commença à se soulever et à menacer le clergé. Dans la crainte trop fondée des excès qu'elle pouvait commettre, les prêtres interrompirent le service religieux et fermèrent les Églises. On cessa de sonner les cloches et une décision de l'autorité

(1) 11 ne faut pas confondre les comtes de Sault, de la maison d'Entravennes-d'Agoult, avec les Saulx de Tavannes. — Les premiers prenaient leur titre du comté de Sault en Provence, les seconds de ia terre de Saulx. située en Bourgogne entre Langres et Dijon.

Après la prise de Lyon, le traître de Sault passa dans l'arme'e de Condé, laissant le gouvernement du Lyonnais au sanguinaire baron des Adrets.

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ecclésiastique prescrivit, le Ier mai, de ne plus célébrer qu'en secret, clans des maisons particulières. Le chapitre de Saint-Pierre continua néanmoins de tenir ses assemblées : il voulait faire tête à l'orage.

Mais quelques jours après, les révoltés de Lyon ayant ordonné à César de Guilleranne, seigneur d'Entragues, genevois d'origine, de s'emparer de Mâcon, celui-ci s'avança vers la ville et, à l'aide des frères Dagonneau, « d'une partie des échevins « et d'un grand nombre d'habitants », entra sans résistance dans la place le 5 mai, (1).

Les soldats d'Entragues, sous la conduite des capitaines du Troche, Dudeau, Thilheau, Correlier, Gris, Daniel cle la Place, Crevasson, Montrenon, Ravel, Meyserien, Grand-Jacques et les frères Souliers, se dispersèrent par la ville et s'y livrèrent à un affreux brigandage. Les églises Saint- Vincent et Saint-Pierre, les chapelles des Jacobins, des Corcleliers, des Dominicains furent dépouillées cle leurs objets précieux : vases sacrés, reliquaires croix, candélabres, ornements cle toute sorte. Des tombeaux furent violés pour y chercher les bijoux et joyaux enterrés avec les corps cle certains morts notables. Les archives du chapitre furent livrées aux flammes, ainsi que les stalles cle la cathédrale, des tableaux cle prix lacérés, les vitraux des églises mis en pièces, des statues brisées.

La populace applaudissait à ces dévastations et en voyant jeter au feu les titres et les terriers des églises, hurlait des cris cle joie : « nous ne devons

(1) Archives de Saône-et-Loire, G. 230.

« plus rien ! On a fait fricassée des titres et des « papiers. »(1) Tant il est vrai que pour les grands, l'ambition, pour le peuple, le pillage semblent avoir été le vrai motif de toutes ces guerres dites de religion ! (2)

Certains frénétiques ayant abattu un Christ en croix qui était à la porte des Corcleliers, et lui ayant passé une corde au cou, forcèrent quatre catholiques, à coups de bâton, de traîner la croix par les rues cle la ville, en l'accompagnant des plus horribles blasphèmes. Ces profanations ne restèrent pas toujours impunies : l'historien des révolutions de Maçon raconte que l'un cle ces sacrilèges démolisseurs, voulant descendre une croix de Saint- Girad, fut renversé, écrasé et tué sur le coup, par la chute de la colonne qui le portait.

Pour échapper aux outrages ou à la mort, un grand nombre de prêtres et cle catholiques émigrèrent de la ville et allèrent se réfugier, les uns en' Bresse, à Bagé-la- Ville et à Pont-de-Veyle; les autres à Cluny ou clans quelques villes d'alentour. Un notaire nommé Deville, ne voulant point abandonner sa femme enceinte et sur le point d'acéoucher, fut impitoyablement arrêté et jeté en prison. Il parvint cependant à s'échapper et à franchir les remparts cle la ville, au moyen d'une échelle de corde que des amis lui avaient procurée. En fuyant vers Cluny, il fut témoin, le long cle la route, du supplice infligé par les huguenots au curé de Berzé-

(1) Textuel.

(2) Archives de Saône-et-Loire, G. 230. — Enquête du 14 juin 1603, au sujet de la spoliation des églises de Màcoa.

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la- Ville : il vit ce malheureux prêtre revêtu de ses habits sacerdotaux, entouré des papiers et des titres de la cure, brûlé vif devant la porte de son église. De Cluny, où il ne se croyait pas en sûreté, Deville poussa jusqu'à Saint-Gengoux et enfin à Chalonsur-Saône, où il se mit à la suite de M. de Ventoux. Sa femme, après une délivrance plus heureuse qu'on aurait pu l'espérer, avait été obligée de faire baptiser en secret son enfant.

Un autre catholique, le sieur de Musy, était resté dans les prisons de Maçon. Le sachant impuissant à payer la plus modique rançon pour sa liberté, les huguenots lui offrirent la vie au prix d'une apostasie. M usy préféra la palme du martyre; il livra sa tête au bourreau.

Les campagnes autour de Mâcon ne furent pas exemptes de sac et de sacrilèges. Si clans la ville, le clergé catholique avait eu la précaution de soustraire les saintes espèces à la fureur des huguenots, quelques curés cle villages n'avaient pas eu la même prudence. On raconte avec horreur que clés hosties consacrées, enlevées des tabernacles par ces furieux, furent portées en ville au bout des piques ; et qu'en cet état, elles servaient cle mires aux soldats, qui déchargeaient contre elles leurs arquebuses.

Il faut encore compter parmi les dévastations à la charge des huguenots, la ruine d'une chapelle du XIIIe siècle dédiée à la Sainte Vierge, qui existait dans une île de la Saône, avec une maison et une grange, entre Mâcon et Saint-Jean-le- Prische. La chapelle fut rasée et la grange pillée.

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