‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 47 sur 104 · II. — llontbruti s'empare de Chalon-sur-Saône · texte numérisé non relu

II. — llontbruti s'empare de Chalon-sur-Saône

Le pouvoir révolutionnaire de Lyon avait nommé d'Entragues gouverneur du Maçonnais et Montbrun (1) gouverneur du Chalonais et de ses environs ; mais il leur fallait conquérir chacun son commandement.

Le signal d'un soulèvement général a été donné par Conclé et Coligny pour le 7 mai, jour de l'Ascension. A Châlon, la révolte est conduite par les échevins Claude Crestin, François Lantin, Guille le Cousturier, Pierre Penot; par le procureur sindic ; par le châtelain royal Pierre Lantin et son lieutenant, Guy Viarcl, et par soixante ou soixantedix habitants que nous verrons nommément passer en jugement après la pacification des troubles. (2).

Elle éclate au jour indiqué, et prélude par la profanation des églises et la violation du domicile des citoyens aux plus sinistres calamités qui signaleront la présence de Montbrun.

Cependant les catholiques de Châlon n'avaient pas attendu le dernier moment pour se mettre en garde. Dès le mois de janvier, ils avaient obtenu

(!) Charles Dupuy, seigneur de Montbrun eu Dauphine', était, selon Jeau de S,ulx, un capitaine expérimenté. On ne doit pas le confondre avec Dupuis-Montbrun, marquis de La Nocle, huguenot comme hr. Ils n'avaient de commun entre eux, écrit M. Abord, que l'homonyme.

(2) Archives de la Côte cVOr et de Vancienne Bourgogne : jugement du Parlement de Dijon.

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des armes en s'engageant à en payer la valeur à la ville; et les chanoines eux-mêmes avaient été invités à se munir, pour le moins, chacun d'un corselet. (1)

Le 22 mai, les conjurés, depuis quinze jours maîtres de la ville, ouvrent les portes au partisan dauphinois, qui fait entrer avec lui cinq cents cavaliers et plusieurs compagnies de fantassins. Les scènes sacrilèges et sanglantes de Mâcon sous d'Entragues vont se renouveler à Châlon , sous Montbrun. Encore partout le meurtre, l'incendie, le pillage !

L'abbaye de Saint-Pierre, au nord de la ville, où Charles IX fît construire une citadelle l'année suivante, le couvent des Carmes et celui des Cordeliers qui possédait une précieuse bibliothèque et des tableaux de prix, furent la proie des pillards. A l'abbaye de Saint-Marcel, sur la rive gauche de la Saône, ils détruisirent le magnifique mausolée de saint-Gontran, deuxième roi de Bourgogne, et dispersèrent les ossements qu'il renfermait. Les moines cependant, purent sauver la tête de ce saint vénéré. L'église et le prieuré de Saint-Côme furent détruits et brûlés.

Les archives de la Côte-d'Or ont conservé dans un procès-verbal dressé par George de la Guiche, le récit succint des dévastations de la cathédrale.

Cette pièce constate « les ruines, dégâts et mas-

« sacres faits en ladite église par les échevins

« et procureur-sindic de la ville et cité de Châlon, « et aucuns habitans en icelle, dévoyez de nostre

(1) Archives de La ville de Chalon-sur-Saône. E. E.

« foy catholique. Ayant fait venir en ladite ville de « Châlon, le sieur de Montbrung, avec grand « nombre de gens de guerre de leur dite faction.... « Lesdits eschevins, procureur-syndic et susdits

« séditieux auroient pillé plusieurs maisons

« des chanoines et massacré plusieurs d'entre eux... « Les images et autels de leurs églises auraient été « brisées et désélées et plusieurs renversées leurs « trésors, sanctuaire, reliquaire et joyaux d'or et « argent, servant à leurs églises, habit, chappes, « chasubles, tunicques, tapis tant de soye de » broderie et de layne, leurs tiltres, papiers et « registres emportez et prins. » (1).

Montbrun ayant en outre mis à rançon les habitants de la ville, en avait tiré des sommes considérables. 11 fît charger sur un bateau et diriger sur Lyon le fruit de son expédition; mais Maugiron, lieutenant du roy en Dauphiné, alors en garnison à Cuisery, descendit rapidement la Saône, et à deux lieues au-dessous de Mâcon, lui enleva sa capture. Déclarés de bonne prise, les objets métalliques convertis en lingots, furent vendus à la monnaie de Lyon, et leur prix fut affecté au paiement des troupes.

(1) Archives de la Côte-d'Or et de V Ancienne Bourgogne. — Procès-verbal de la spoliation du trésor de l'église Siint-Vincent de Châlon. — Fait à la requête du chapitre, par George de La Guiche, seigneur de Chevignon, accompagné de Edme Julien, lieutenant particulier au bailliage ; de Jean Le Queux, greffier; de Jean Languet, conseiller avocat et procureur du roi.

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