‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 53 sur 104 · XVII. — Pourparlers de paix et opposition des Bourguignons · texte numérisé non relu

XVII. — Pourparlers de paix et opposition des Bourguignons

Pendant que la cour rendait ses arrêts, il intervint une lettre du roi, datée du camp devant Rouen, le 19 octobre, suspendant le cours des procédures. C'est ce qui explique l'intervalle de plus d'un mois

(1) Archives de la Côte d'Or et de l'ancienne Bourgogne. — Jugements du parlement de Dijon contre les séditieux de Châlon.

(2) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique, livre XVe.

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écoulé entre les condamnations des accusés de la première catégorie et de ceux de la seconde.

Les lettres suspensives du roi avaient été motivées par des pourparlers de paix ouverts dans les plaines de la Beauce, entre la reine-mère et le roi de Navarre, d'un côté, le prince de Condé et l'amiral de Coligny, de l'autre. Le roi fît part de ces conférences à Tavannes ; assurant l'oubli du passé « à « tous ceulx qui avoient prins et pourtô les armes « pour le faict de la religion, » pourvu qu'ils rentrassent dans le devoir.

Les élus des États ayant eu avis de cette lettre, se rendirent le 30 octobre chez le lieutenant-général pour en avoir communication plus -directe, en conférer avec lui, et le prier de surseoir à la publication jusqu'à la rentrée de quelques membres en congé, sans l'avis desquels il ne pouvait être pris de décision valable. Tavannes répondit qu'il n'était pas en son pouvoir d'accorder cet ajournement et renvoya les élus au bailli de Dijon. Celui-ci suspendit la publication pour six jours, afin de donner aux absents le temps de rentrer.

Le 4 novembre, les élus étant tous réunis, l'opposition fut renouvelée d'une manière plus solennelle, « d'aultant, » est-il dit clans la délibération de ce jour, « qu'elles (les lettres du roi) sont de « très-pernicieuse conséquence, grandement dom- « mageables au dit seigneur (le roi) et empeschent « entièrement le repos et tranquillité de tout ce « païs de Bourgogne, tant es villes fortes que au « plat pays. » Ils députèrent au roi, « en son « privé conseil, » Edme Chantepinot, avocat du

roi au bailliage de Dijon, porteur de leurs remontrances sur ce sujet. (1).

Ces démarches furent superflues ; car, sur ces entrefaites, le prince de Conclé, suivant les conseils de Théodore de Bèze, rompit les conférences. La guerre recommença avec plus d'acharnement, mais sur un terrain éloigné de la Bourgogne ; les lettres du roi furent regardées comme non advenues et les poursuites continuées.

.WIIÎ. — Reprise des hostilités.

C'est après cette rupture qu'eurent lieu d'abord le siège de Rouen qui coûta la vie au roi de Navarre; puis, dans le mois de décembre (le 19), la sanglante bataille de Dreux, où le connétable de Montmorency blessé fut fait prisonnier des huguenots, le maréchal de Saint-André tué par un ennemi personnel, et le prince de Condé pris par l'armée royale. Ces événements qui semblaient présager la fin de la guerre civile, ne calmèrent pas cependant les inquiétudes des Bourguignons. Leurs garnisons mal payées menaçaient de se débander, et les réclamations faites au roi à ce sujet restaient sans réponse satisfaisante. Le 17 janvier, les élus des États, alarmés de la situation et voyant « la gendarmerie » prête « à s'espancher « et tenir les champs, vivre et piller à faulte de « paie, ou délaisser son service, » députèrent leur

(\J Archives de la Côte-d'Or et de l'ancienne Bourgogne. — Délibération des États.

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greffier en cour, pour obtenir de lever sur les deniers du taillon, la solde de la garde de la province. Cette garnison, disaient-ils « estant de présent « aussi nécessaire que jamais, pour la conservation « des villes et de tout le païs. » (1).

XIX. — Correspondance active de Tavannes avec les % vallonnais, pour ses opérations militaires.

Si les inquiétudes étaient vives, la vigilance de Tavannes ne s'endormait pas : il avait l'œil à tout, et chaque ville ressentait les effets de sa sollicitude.

Dès le mois d'octobre précédent, lors du passage clés Allemands sur les marches de la Bourgogne, quelques esprits turbulents d'Avallon, ayant à leur tête l'un clés échevins nommé Jean Bouchu, avocat, avaient essayé de soulever la ville. A en juger par les termes d'une lettre que le gouverneur d'Avallon, Philippe de Chastellux, (*2) écrivit à Tavannes le 30 octobre, leur échauffourée fut sans résultat sérieux. Cependant, après s'être excusé sur sa santé et sur les douleurs de la gravelle dont il était atteint, « de n'avoir pu mettre ordre à ceux de la ville qui « avoient voulu faire les fous, » il trahit son embarras en demandant une garnison de cent arquebusiers pour contenir les mutinset les empêcher de livrer la ville à l'armée d'invasion dont on avait déjà vu passer les éclaireurs.

(\) Archivée de la Côte d'Or et de l'ancienne Bourgogne. — Registre dea Etats.

(2) Philippe àa Chastellux.. seigneur de Bazarne, chevalier et vicomte d'Avallon, nommé le 24 août 1562, gouverneur d'Avallon.

Nous ne voyons pas cjue cette garnison fut accordée ; mais Tavannes ordonna l'expulsion de tous les séditieux, comme il avait fait à Beaune et à Dijon, et, dans leur exil, les faisait surveiller de près.

Quelques seigneurs des environs, comme les Jaucourt de Villarnoult, les Briquemault de Ruère, les Monceaux de Blannay, tenaient pour la Réforme. Dans le courant de janvier, certains d'entre eux avaient formé le projet de s'emparer d'Avallon ; et, pour favoriser leur entreprise, avaient fait rentrer en ville plusieurs des expulsés. Mais leurs démarches étaient épiées, et bientôt Tavannes fut informé de leurs desseins. Aussitôt il manda près de lui les échevins pour avoir de plus amples renseignements et leur donner ses instructions. Ceux-ci déléguèrent Jean Seguenot, surnommé de L'isle. Seguenot lui affirma que les échevins n'avaient pris aucune part à la réintégration des proscrits dans leur demeure et observa qu'ils n'avaient pas autorité suffisante pour les expulser de nouveau. Le lieutenant-général le chargea alors d'une lettre pour Etienne Filzjehan, lieutenant du roi au siège d'Avallon, par laquelle il donnait commission à celui-ci, ainsi qu'aux autres officiers du roi de faire sortir de nouveau de la ville, pour le temps que dureraient encore les troubles, tous ceux qui avaient été chassés au mois d'octobre, et ordonnait une enquête au sujet cle leur rentrée. Il recommande d'ailleurs de monter nuit et jour la garde, en y contraignant au besoin tous les habitants. « Messieurs, dit-il, ayant esté par cy-devant « adverty que l'on laissoit rentrer les séditieux cle « la nouvelle religion en la ville d'Avallon, j'ai

« escript aux échevins de me venir trouver pour « me faire entendre l'occasion. Lezquelz m'ont « dict qu'ilz ne les ont fait rentrer, et qu'ilz n'ont « nulle auctorité dedans ladite ville, ny puissance « d'y commander : Occasion que je ne me sçaurois « prendre que à vous pour sçavoir de quelle aucto- « rite ilz ont esté remys en ladite ville.

« Pourquoy je vous prye, incontinent la présente « receue, me mander la vérité, et informer contre « ceulx qui en sont cause, faisant sortir tous ceulx « que trouverez y estre rentrez, pour quelque « temps et jusques ces troubles soient apaisez ; « leur défendant de s'y retrouver : car j'ay entendu « pour certain que certains gentilshommes, vos « voisins, ont entrepris se saisir de votre ville ; « choze qui ne se peult sans les dessusdietz qui « sont rentrés. Vous ferez au demeurant faire « bonne garde, tant de jour que de nuict, et donce nerez si bon ordre à la seurté de votre ville, « pour le service du roy, que n'en advienne incom « vénient : et à ce, contraindrez tous les habitans « d'icelle ville ; car si elle étoit tumbée entre les « mains de noz ennemis, je serois contrainct y « aller pour la reprendre. Je vous laisse à penser « en quelle misère le peuple pourroit tu-mber. »

« En estimant que ne fau cirez (manquerez) à « faire le contenu cy-clessus, ne vous en diray « d'avantage, sinon que je prie Dieu, messieurs, « vous donner bonne et longue vye. »

« De Seurre, le 28e janvier 1562 (1563, nouveau * style) votre bon amy Tavannes. » (1).

(1) Archives d'Avallon.

Le château de Pisy, à quatre ou cinq lieues d'Avallon, au sud-est, venait heureusement d'être repris sur les huguenots, par Jean Lallemand, lieutenant du maréchal de Saint-André.

1LJL. — B*rojets des huguenots coufre Avallon,

Les huguenots ne renoncèrent pas pour cela à leur projet de se rendre maîtres d'Avallon. A cet effet, ils s'étaient emparés, à six quarts de lieue de la ville, du château de Girolles, appartenant à l'abbaye de Saint-Martin d'Autun. De là, ils faisaient chaque jour des incursions, jusque sous les murs d' Avallon, détroussaient, maltraitaient et emmenaient à Girolles les habitants qui se hasardaient dans la campagne : Pierre Thibault, Bénigne Gaillard, Jean Destranchey, ainsi qu'un marchand de Paris, furent du nombre de leurs prisonniers, et n'obtinrent leur liberté, qu'au prix de très fortes rançons. (1).

Dans ces conditions, la garde bourgeoise ne parut plus à Tavannes une garantie suffisante pour la conservation de la cité, « à cause, dit-il, « du peu d'expérience que peult avoir ung peuple. » Il essaya de faire accepter aux habitants, une petite garnison commandée par un chef expérimenté. (2).

(1) M. Quantin, dam le Bulletin des sciences historiques de V Yonne, t. 10.

(2) Lettre de Tavaunes aux e'chevins d'Avallon. « Messieurs, « M. de Chevigny m'a fait entendre l'ordre que vous avez mis

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Les échevins comprenant le danger auquel ils étaient exposés, cédèrent aux judicieuses observations du lieutenant-général de Bourgogne, et se déterminèrent à s'imposer cette charge. Le 8 mars, ils contractèrent un marché avec 29 soldats à gages, pour monter nuit et jour la garde sur les remparts ou « sortir es environs d'icelle ville, si « besoing fault, pour le service du roy ou de ladite « ville, où il leur sera ordonné par les officiers du « roy, et de ladite ville, leur capitaine ou son lieuce tenant, à peine de l'esmande et de tous dépens « domaiges et intérêts. » Le marché fut conclu « moyennant « la soulde de cent solz par mois, pour « chascun desditz soulclatz qui prêtèrent le serment « au sainct évangile de Dieu, es mains de noble et « saige maître Etienne Filzjehan, docteur en droit, « conseiller du roy et lieutenant au bailliage et « ressort duclit Avallon. » (1).

Tavannes nomma M. de Vezannes, capitaine de cette compagnie. Il tenait autant que les Avallonnais à ce que cette ville ne tombât pas au pouvoir de l'ennemi qui occupait Girolles ; et comme il ne pouvait pas encore aller reprendre cette place,

« pour la garde de votre ville ; el pour ce qu'il est bien raison- « nable qu'il y ayt un chef pour commander, je luy ay donné « charge de vous en dire mon opinion. Vous le croirez de ce « qu'il vous dira de ma part. Il est besoin que le chef soit accom- « paigné de quelques gens, comme il vous dira. Si cela ne se « faict, vous seiez en dangier, pour le peu d'expéiiocce que vous « savez que peult avoir ung peuple. Qui est l'endioit gù je prye « Dieu, messieurs, que vous veulle garder. — De Dijon ce 16 « février 1562 (1563;. Votre bien bon amy, Tavannes. » — {Archives d'Avallon).

(1) Archives d* Avallon.

pressé qu'il était d'opérations plus importantes, il mettait tous ses soins à préserver Avallon d'une surprise, jusqu'au jour où il pourrait chasser les huguenots de son voisinage. Dans la crainte que, malgré l'expulsion des plus séditieux, l'ennemi n'eût encore conservé quelques intelligences dans la ville, et averti par les échevins de démarches et de manœuvres fort suspectes de la part de quelques habitants, il rappelle par ce mot aux officiers du roi et au corps de l'échevinage, les ordres de sévère expulsion qu'il a déjà donnés. « Messieurs, J'escriptz au sieur de Vézannes aller en votre ville d' Avallon, pour commander aux soudartz qu'avez prins, pour la garde de votre ville et qu'ilz auront à faire : Vous priant, y faire si bon guet et garde, que ne soyez surprins. Et si vous doubtez de ceulx de la nouvelle religion qui sont en votre dite ville, vous en ferez ainsi que ad viserez pour votre seurté. Je vous ay envoyé cy devant, commission à cest effect. Quant au surplus du contenu en votre lettre, j'en adviseray le roy et y pourvoiray cependant (en attendant) le mieulx qui me sera possible, en priant, sur ce, le créateur, vous donner ce que désirez. » — A Dijon, ce 11 mars 1562 (1563) « Votre bien bon amy, Tavanes. » Et en post-scriptum. « J'espère en bref, vous mettre hors ces calamnitez. (1).

(1) Archives d' Avallon.

CHAPITRE V. — (1562—1563) X.XJ. — Expéditions contre Entrains et Corbigny.

Les opérations plus importantes qui préoccupaient Tavannes, étaient la reprise d'Entrains et de Corbigny, dans la Nièvre. Entrains était tombé par surprise, le 12 décembre 1562, entre les mains de Louis de Blosset, qui en confia la garde au capitaine Beaumont. Corbigny avait été livré par un traître, le 29 janvier 1563, à René de Monceaux, seigneur cle Blannay et à Louis de Blosset. Dans l'une et l'autre de ces deux villes, les huguenots commirent les mêmes excès, et les mêmes profanations qu'en Bourgogne.

Entrains était devenu l'un des quartiers généraux les plus importants des huguenots, et menaçait à la fois, le nord de la Bourgogne, le Nivernais et môme les provinces environnantes : aussi les garnisons catholiques de Nevers, de Cône, d'Auxerre, de Gien et cle Bourges s'étaient donné rendez-vous clans ses environs pour en faire le siège. Tavannes y dirigea 4000 hommes cle troupes, pour lesquels il envoya des réquisitions cle vivres à Avallon et à Sermizelles, le 19 et le 21 mars, avec invitation de faire conduire leurs munitions à Clamecy, à quatre lieues anciennes d'Entrains. (1).

(1) Archives oVAvallon. — Oà était alors en carême : Il n'est pas sanà intérêt de noter en passant la stricte abstinence d'aliments gras que l'on faisait observer aux troupes, même en campagne. L'une des réquisitions se comjose de cinq à six mille pains, de vingt queues de vin, de cinq à six cents carpes et de hareng?. Les soldats n'en étaient pas moins foi ts et ne se battaient pas moins bien.

Tout en faisant marcher des troupes dans C3tte direction, il envoyait aussi quelques hommes sous la conduite du baron de Couches, de la maison de Choiseuil, contre le château de Girolles, (1) et faisait surveiller activement les manœuvres des rebelles à Entrains et à Corbigny. « Messieurs, » écrivait-il de Semur, le 20 mars, aux échevins d'Avallon, « incontinent la présente receue, envoyez la lettre « que j'escriptz à Auxerre, par ung homme à « cheval, en toute diligence; et qu'il aile de jour et « de nuict. Au demeurant, envoyez gens d'heure à « autre, à Entrain et à Saint-Léonard (Corbigny) « pour sçavoir que font ceulx qui y sont ; et de ce « que vous en sçaurez, mandez-le-moi diligemment « et à toutes heures. (2). »

XXlf. — Evacuation du château de Girolles.

Cependant , l'approche du baron de Couches, peut-être aussi le besoin d'aller au secours d'Entrains et de La Charité, avait déterminé le capitaine de Girolles d'entrer en composition avec les Avallonnais. Je ne sais quelles étaient ses propositions qui ne furent transmises que tardivement à Tavannes : le fait nous est simplement révélé par cette lettre que celui-ci écrivit encore aux échevins de la ville. « Messieurs, j'ay veu vos lettres et celles que « vous a escript le cappitaine de Girolles, du 19 « du présent mois ; et je m'esbahis que vous avez

(1) Archives dWva'lon.

(2) Id. Id.

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« tant tardé à les m'envoyer, et par ung homme « de pied : car au lieu d'espargner deux ou trois « escuz, vous estes cause qu'il en coûtera cinq « cens. Une aultre foys faictes faire meilleure dilli- « gence, et n'espargnez gens et chevaux en ce que « M. de Couches nous commandera pour le service « du roy : Aultrement, tout va tumber sur votre « pais. Vous le croirez, au demeurant/ de ce qu'il « vous dira de ma part. Priant Dieu, messieurs, « que vous veulle garder. — De Semur, ce 21 mars « 1562 (1563), votre bien bon amy Tavanes. » (1).

Cette lettre était à peine parvenue aux Avallonnais, que les huguenots s'étaient décidés à abandonner Girolles. Mais les troupes qui les avaient forcés à la retraite n'en continuèrent pas moins à tenir la campagne autour d'AvalIon, dans la crainte que les rebelles ne se jetassent sur d'autres châteaux des environs. Tavannes en confia la garde au capitaine Longecourt, et, par une nouvelle lettre du 23 mars, réitéra ses recommandations aux officiers du roi et aux échevins de la ville de n'ouvrir les portes à aucun de ceux qu'il avait bannis par mesure de sûreté, sans une autorisation expresse et signée de sa main. (2).

(1) Archives cTAvallon.

(2) Lettre de Tavannes aux officiers du roi et échevins d'Avallon. « Messieurs, encore que les ennemys .&e soyent ] étirez, et « désemparé Girolle*, toutefois, il est fort à craindre qu'ils ne se « veullent essaïer de se saisyr d'aultres chasteaulx, pour vous « endommager. Pour à quoy obvier, j'ay advisé de ne laisser « dépourvue votr^ frontière, de gens de cheval, et entre autres, « j'y ay délaissé ceulx du cappitaine de Longecourt, que \0U3 « favoiiserez de tout ce que luy fiera possible : et si, pour quel- « que bonne occasion, il estoit contrainct soy 1 étirer en votre

Il fallait donc qu'Avallon fût bien sérieusement menacé, pour obliger à une correspondance aussi suivie, avec le lieutenant-général de la Bourgogne, et pour contraindre à toutes ces mesures de sûreté. Mais, grâce à la prudence et à la vigilance de celuici, grâc^ aux sentiments des échevins et de la population tout entière, cette ville put éviter les malheurs que tant d'autres cités eurent à déplorer.

WSIB. — I^e due <lc Guise assassiné sous les murs

d'Orléans.

Sur ces entrefaites, le duc de Guise avait été assassiné sous les murs d'Orléans (21-24 février) par un gentilhomme de l'Angoumois. L'assassin, nommé Poltrot de Méré, avait dénoncé devant le parlement l'amiral de Coligny et Théodore de Bèze pour ses instigateurs. Poltrot fat condamné à mort; mais Coligny et Bèze purent échapper l'un et l'autre

« ville, je vous prye de l'y recevoir et sa compagnie, avesasseu- « rance que ce no sera pour y faire long séjour, selon que la « commodité et néce site le requèrera. Et réassurant de vos bon- « nés volonté/ et affections au service de fa majesté', je vous « prye toujours veiller pour la garde et seurté de votre dite ville ; « qui sera fin de ceste, me recommandant à vous de bien bon «c cuœur, priant le Créateir vous donner ce que désirez. — A « Semur, ce 23 mars 1562 (1563). » En post-scriptum : « Je vous « laisse toujours Vézmnes qui voui servira de cappitaine, que « vous obéirez. Ceste servira pour vous et pour luy.

« Advisez de ne recevoir ung seul des soupsonnez qui ont esté « mis dehors ; car cela apporte la perdition de votra ville, que « vous n'ai'?/ ample commission de moy. — Votre bien bon amy, « Tavanes. » — (Archives (TAvallon.)

292 chapitre V. — (1562—1563)

aux jugements des tribunaux. Cependant le jeune Henri de Guise resta toujours persuadé de la participation de l'amiral au meurtre de son père ; et le désir de venger cette mort, fut, dit-on, pour quelque chose clans la part qu'il prit aux massacres de la Saint-Barthélémy. Quant au Vézelien de Bèze, les termes employés à son égard par l'ambassadeur d'Espagne, ne semblent pas laisser de doute sur sa complicité. Bèze avait fanatisé Poltrot au point de l'assurer, dit-il, « que s'il tuoit ledit sieur « de Guise, il gagnerait le paradis ; car il tueroit « de ce monde, le persécuteur des réformés. » (1). Si nous ouvrons les écrits de Théodore de Bèze, nous n'y trouvons que l'apologie de Poltrot, sans mélange de blâme. Avant d'accomplir son crime, Poltrot, selon Bèze, s'était livré à de ferventes prières en demandant à Dieu « très ardemment, « qu'il lui fit la grâce de lui changer son vouloir, « si ce qu'il vouloit faire lai étoit désagréable ; ou « bien qu'il lui donnât constance et assez de force « pour tuer le tyran, et, par ce moyen, délivrer « Orléans de destruction et tout le royaume d'une « tyrannie. » (2) Ailleurs, il reconnaît dans l'assassinat du duc de Guise « un juste châtiment de « Dieu, menaçant cle semblable ou plus grande « punition, tous les ennemis jurés de son saint « Evangile. » Si ce ne sont point là des preuves de complicité, ce sont au moins de très graves présomptions contre lui.

(1) Capefigue. — Histoire de Mêdicis.

(2) Théodore de Bèze. — Histoire ecclésiastique.

WIV — Edit de paix du 19 mars 15G3.

Antoine de Bourbon, quelles qu'aient été ses premières erreurs, était mort pour la défense de la foi catholique et du trône des Valois : le duc cle Guise était tombé sous le fer d'un assassin ; il ne restait plus du triumvirat que le connétable de Montmorenpy, prisonnier clés huguenots à Orléans. D'autre part, le prince de Condé était au pouvoir des catholiques. Les principaux d'entre les chefs des deux partis faisant défaut, on parlementa de nouveau et l'on finit par conclure une paix, dont les articles furent publiés à Amboise, le 19 mars

Les parlements n'enregistrèrent pas ce traité sans des difficultés plus ou moins prolongées et sans recevoir des lettres de jussion. Nous allons voir quelle fut la conduite de celui cle Bourgogne et celle des Etats cle la province, clans cette circonstance.

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