XVI. — Poursuites et jugements contre les révoltés
de Cliàlon.
Pendant que la guerre se continuait en dehors de la province, Tavannes faisait poursuivre judiciairement les rebelles qui avaient pris part aux troubles. La Chambre des vacations venait d'être rendue permanente de temporaire qu'elle avait été jusque là, pour le jugement des révoltés. Ceux de Beaune, de Châlon, de Bar-sur-Seine et d'autres villes de Bourgogne, furent appelés devant cette cour souveraine. La cour eut à juger soixantequinze inculpés, divisés en deux catégories, pour la seule ville cle Châlon. A leur tète, se trouvent les échevins, le châtelain et le lieutenant de la chancellerie déjà nommés ; puis les ministres prédicants Antoine Papillon ; Bon du Prey, natif de Montdidier en Picardie ; Jean Grenier, de la Charité-sur-Loire : Enfin, parmi les autres, plus ou moins notables, 0.1 remarque deux femmes : Loyse Piget et la femme Naudet. Mais aucun d'eux n'était resté à son domicile : plusieurs môme portaient encore les armes dans les rangs des rebelles. Après trois arrêts par défaut prononcés contre eux les 5, 8 et 12 septembre, et validation de ces arrêts le 16 octobre, la Cour rendit un jugement le 23 du même mois, par lequel elle déclara « les « cléfaillans, criminelz cle lèze-majesté, divine et « humaine, séditieux et perturbateurs du repos et « tranquillité publique, rebelles, traistres et ennemis « de Dieu, cluclit seigneur Roy et de ses subjeetz :
78 chapitre v. — (1562—1563)
« et pour réparation desclits cas a condamné et « condamne lesdits Crestin, Lantin, Lecousturier « et Penot, eschevins; Philibert Lantin, chastelain, « et Guy Viard, lieutenant ; à estre cejourcrhuy, « par l'exécuteur de la haute justice, traînés sur « une claie, au champ de Morimont de ceste ville « cle Dijon. (1). Et sur l'eschafault y estant, avoir « les testes tranchées et leurs corps mis en quatre « quartiers. Leurs dites testes estre portées sur la « porte de ladite ville de Châlon, par laquelle on « va à Mascon : et les quartiers de leurs corps « pencluz sur des potences qui seront érigées sur « le grand chemin qui tire cle Dijon à Châlon. »
« Et lesdits Anthoine Papillon, Bon Duprey, « Jean Greniet, » ainsi que vingt-trois autres faisant partie cle cette première affaire, « à estre penduz « et étranglez au signe patibulaire duclit Dijon, et « ou (au cas) aucungs seroient mortz, a damné la « mémoire d'iceulx. » Leurs biens furent confis qués au profit du trésor et en restitution et « réparation « clés ruynes et démolitions des églises, couvents « et monastères, » qu'ils avaient détruits. « Mais, « pour aultant que lesdits cléfaillans et accusez « n'ont peu estre appréhendez au corps, ladite « chambre a ordonné et ordonne que le présent « arrest sera exécuté par figure en un tableau qui « sera attaché en une potence plantée devant le « chastelet dudit Châlon. » Il fut fait défense à toute personne de leur donner assistance et refuge.
(1) Morimont est encore le lieu où se font aujourd'hui les exe'cutions.
Le jugement contre la seconde catégorie, composée de quarante accusés, ne fut prononcé que le 14 novembre. Ceux-ci furent également tous condamnés aux mêmes peines que les premiers, et exécutés... « en figure, en ung tableau. » (1).
Selon Dom Plancher, cependant, trois des plus violents auteurs des troubles de Châlon furent arrêtés et pendus ; on exposa leurs têtes sur des piques aux portes de la ville. Plusieurs arrêts avaient aussi été rendus contre les émeutiers de Beaune, à l'époque du premier de ces deux jugements. Nous avons aussi vu que déjà le principal agitateur de cette ville, Jacques Massol, d'une des bonnes familles de Bourgogne, s'était enfui à Paris pour éviter les poursuites dirigées contre lui. Il y fut arrêté « comme il clescendoit de cheval » et enfermé « en la tour carrée du palais, où il » demeura longuement, » selon Théodore de Bèze. (2).