XV. — Nouvelles alarmes
Après le départ de la cour, la préoccupation des peuples se reporta sur les maladies contagieuses qui n'avaient point cessé de régner par toute la province ; mais que Ton avait en quelque sorte bravées pour se livrer aux fêtes. L'épidémie fut générale. Les citadins avaient beau s'enfuir dans les campagnes avec l'espoir d'y respirer un air plus pur qu'au milieu des populations agglomérées, ils apportaient avec eux les germes cle la contagion et périssaient comme ceux qui restaient au centre des lieux infectés. En même temps que ces calamités décimaient les habitants, de nouvelles agitations politiques se manifestaient au nord de la province.
Au mépris des conditions de l'édit de paix, les Réformés s'assemblaient en armes, parcouraient les champs et jetaient le trouble dans les villes.
Dès le mois d'avril ou de mai 1565, les villes de Cravan, Vézelay et plusieurs autres, à la vue de ces démonstrations belliqueuses, avaient obtenu de monter la garde nuit et jour, à leurs portes et sur leurs remparts. Dans la même région, l'inquiétude gagnait aussi les Avallonnais. Ceux-ci s'adressèrent au lieutenant de Bourgogne pour obtenir la même autorisation. Il ne s'agissait point d'entraves à la pratique des idées nouvelles, mais cle la nécessité d'une défense contre des entreprises ennemies qui paraissaient imminentes.
« Monseigneur, porte leur requête, en toute humi- « lité, les eschevins et procureur cle la ville d'Aval-
328 chapitre vr. - (1563-1566)
« Ion, bailliage d'Auxois, vous remontrent que les
« villes de Cravant, Vézelay et aultres, proches
« dudit Avallon, font guayt et garde de jour et de
« nuict, à raison de quelques amatz de gens
« d'armes qu'ilz se font aux environs. Et pour ce
« que les supplians craignant ladite ville d'Avallon
« estre surprinse, comme ont estées aulcunes de ce
« royaulme pendant les troubles passez> et qu'ilz
« désirent la garder et conserver comme bons
« subjeetz et serviteurs du Roy, ilz vous supplient
« leur permectre faire la garde aux portes, et par
« mesme moyen, par toute ladite ville d'Avallon,
« tant de jour que de nuict, selon qu'ilz verront la
« nécessité, avec port de toutes armes, son du
« tambourin, et aultrement, par l'advis et comman-
« dément du lieutenant audit bailliage d1 Avallon ,
« qu'il vous plaira commettre à cest effect : et au
« surplus déclarer si votre intention est, que ceulx
« de la nouvelle religion soient audit guayt et
« garde, ou bien seulement ceulx de l'ancienne
« religion catholique et romaine. Et ce faisant,
« ferez bien. » (1)
Filzjehan
Quelques jours plus tard, le lieutenant du bailliage reçut l'autorisation demandée, avec recommandation d'en user prudemment, et invitation d'envoyer immédiatement un rapport détaillé sur les attroupements qu'il découvrirait autour de la ville.
« Nous ordonnons au lieutenant du bailly « d'Auxois au siège d'Avalon, de pourveoir à la < garde de ladite ville selon les nécessitez occuren- « tes, de sorte qu'il nous responde d'icelle ville et la
(1) Archives d'Avallon,
« retienne en l'obéissance du Roy, sans tumultet e « en la plus grande tranquillité que faire se pourra. « Et nous advertira, ledit lieutenant, à toute dili- « gence, par certains et suffisans enseignements, « procès-verbaulx ou aultrement, des assemblées « qui se descouvrent à Tentour de ladite ville, pour « y pourveoir par nous, ainsi que cognoistrons le « cas le réquérir. »
« Fait à Dijon, ce xvm may 1565. » (1)
De Salua.
Nous n'avons pas connaissance, cependant, de sédition à main armée à cette date ; mais ce qui est à noter, c'est la coïncidence de ces mouvements avec les levées de soldats que Wolfgand et son cousin George-Jean faisaient en Allemagne. Le cardinal de Granvelle exprimait à ce sujet ses craintes pour la partie de la Franche-Comté que ces troupes auraient à traverser. Le 18 juin 1505, quoiqu'il fût informé du contre ordre donné à ces levées, il écrivait encore au baron de Polviller : « S'il y a assemblée de gens de guerre qui passent « deçà du Rhin, il m'importeroit de le savoir... « Vous pourrez entendre quelque chose, et en ce cas « vous prie m'en advertir. » (2)
XVI. — Profanations occasionnant des rives entre catholiques et protestants à .iuxerre et à Lyon.
Si les huguenots n'avaient pas encore osé prendre plus ostensiblement les armes, ils ne se montraient
(.1) Archives d'Avallon.
(2) Dom Giappiu. — Mémoires historiques.
330 chapitre vi. — (1563—1566)
pas moins turbulents et s'efforçaient en toutes circonstances, de troubler les cérémonies religieuses des catholiques. Mais c'est particulièrement contre la Sainte Eucharistie qu'ils manifestaient leur haine et leur colère satanique. Ces sentiments sont le propre des révolutionnaires. Déjà pendant une procession à Dijon, ils avaient lancé des pierres au clergé et aux clercs qui portaient les croix : (1) puis, comme obéissant à un mot d'ordre, à un même jour et à peu près à la même heure, et par des actes identiques, ils se livrèrent, à Auxerre et à Lyon, à la plus abominable des profanations. C'était à l'occasion des processions de la Fête- Dieu.
A Lyon, une grosse pierre et des projectiles enflammés furent lancés contre la Sainte-hostie, du haut d'une maison près de laquelle la procession passait. « La pierre, dit l'historien Sévert, frappa la tête du pontife qui portait le Saint- Sacrement, et, chose admirable ! le coup ne fit aucune blessure, et le feu clés projectiles ne fît de mal à personne. L'intrépide archevêque ne voulut pas que la procession fût interrompue par cet attentat, il donna ordre de continuer la marche, laissant à la justice le soin d'arrêter et de punir les coupables. » (2)
A Auxerre, le même « jour de la Fête-Dieu, 21 « juin 1565, » (3) les huguenots provoquèrent d'abord un tumulte en coupant les cordes des tapisseries
(1) Dom Plancher. — Histoire de Bourgogne, t. IV.
(2) M. l'abbé Cattet. — Les guerres des protestants à Lyon.
(3) Lebeuf. — Mémoires sur l'histoire civile à" Auxerre.
dont les rues étaient tendues pour le passage de la procession , et en faisant entendre quelques coups de feu. Selon le récit d'Edme Panier, « tesmoing oculaire, » les huguenots poursuivis par la foule, s'assemblèrent « en armes clans une « maison, secrètement, par devant laquelle la pro- « cession passant, ils tirèrent un coup d'arquebuse « au Saint Ciboire où estoit le Saint Sacrement « que l'on continuoit de porter. La balle passa parce devant la barbe de M. le maréchal des logis de «M. le comte de Charny, et alla frapper ung « nommé Prix Soufflot, bourgeois de cette ville, « qui portoit l'un des bastons du ciel ou dais « du Saint-Sacrement, dont il fut fort blessé. » (1)
Les suites de cette profanation eussent eu des conséquences terribles sans l'intervention de la compagnie du comte de Charny qui accompagnait la procession et qui parvint à apaiser le tumulte.
On voit encore les hérétiques suivre le même système en 1567, plusieurs mois avant la prise d'Auxerre. C'est alors le capitaine la Borde qui donne lui-même l'exemple de ces excitations scan-
(1) Mémoires d'Edme Panier, produit en pièces justificatives, par M. Chai le.
L'abbé Lebeuf a rectifié' sur le vu du procès-verbal du lieutenant criminel, Guillaume du Broc, ce qu'il avait écrit vingt ans avant dans Son Histoire de la prise d'Auxerre. Il a tiré de ce procèsverbal la constatation que Soufflot aurait été blessé en voulant pénétrer dans la maison où le premier auteur de l'émeute s'était retiré. Quant à la date, celle de « la Fête-Dieu 21 juin, » qu'il donne dans ses Mémoires de V histoire civile d'Auxerre, concorde exactement avec l'année 1565, et ne peut s'appliquer à l'année 1567, où cette fête tombait le 29 mai.
332 chapitre vi. — (1563—1566)
daleuses, au passage d'une procession, le jour de l'Ascension. Mais les provocations n'allèrent pas cette fois jusqu'à des voies de fait. (1)