‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 61 sur 104 · XIV. — Voyage du roi dans les provinces · texte numérisé non relu

XIV. — Voyage du roi dans les provinces

Le roi, dont la majorité avait été proclamée au mois d'août 1563, s'était mis à visiter les provinces avec toute sa cour. Son but était de s'assurer par lui-même de la situation des esprits, et d'apaiser les partis par sa présence. C'était partout, sur son passage, des fêtes où les peuples se pressaient en foule pour renouveler leurs protestations contre les idées subversives des novateurs, et demander au souverain sa protection et son appui contre leurs entreprises. Ni la misère causée par les tristes événements qui venaient de s'écouter, ni la crainte des maladies contagieuses qui décimaient alors les populations, car la peste s'était depuis quelque temps déclarée dans plusieurs provinces, n'arrêtaient leur élan enthousiaste.

Après avoir parcouru la Champagne depuis Sens jusqu'à Nancy, (1) Charles IX se dirigea sur Dijon où il arriva le 15 mai 1564, salué par l'artillerie des forts et par les cloches des églises sonnant à toute volée. Un cortège officiel s'était porté à sa rencontre jusqu'à une lieue de la ville. Le roi fut reçu par Tavannes qui, pour toute harangue, porta la main à son cœur et ensuite à son épée en disant :

(\J Le cortège royal était à Sens, le 14 mars et à Pont-sur- Yonne le 15. — Jacques Taveau, dans le manuscrit de M. Quaatin.

324 chapitre vi. — (1563-1566)

« Sire, ceci est à vous, et voilà de quoi je puis « vous servir. »

Les échevins lui présentèrent les clefs de la ville en prononçant les discours d'usage, puis on se mit en marche, les échevins en tête comme pour faire les honneurs de la cité. Après eux, marchaient les autres officiers municipaux ; et ensuite dans l'ordre suivant : les officiers du bailliage, ceux de la chambre des comptes, les membres du parlement, les pages du roi, les arquebusiers du sénéchal d'Agennes, les cent gentilshommes, les enfants d'honneur et les gentilshommes servants, les gentilshommes de la chambre, les Suisses du corps, les trompettes, les chevaliers de l'ordre, les héraults, les huissiers de la chambre avec les masses, le grand écuyer, le connétable, puis le Roi sous un dais entouré des écuyers de service.

Après le roi,«les archers des gardes du corps à pied, les capitaines des gardes écossaises à droite, à la hauteur de la croupe du cheval du roi ; et à la gauche le premier écuyer de la grande écurie, tous hors du rang des princes.

Venaient ensuite monsieur d'Orléans, le cardinal de Bourbon, M. de Montpensier, le prince Dauphin, le prince de La Roche-Noyon, les ducs de Nemours et d'Aumale, le sénéchal d'Agennes; et enfin le cortège était fermé par les gardes.

Arrivé à Dijon, Charles IX se rendit en grande pompe à l'église Saint-Bénigne. A son entrée, le clergé entonna le Te Deum, puis le roi jura solennellement la conservation et le respect des privilèges et des libertés de la province, comme avaient fait avant lui, dans la même église, Louis XI en

1479, Louis XII, François 1er, Henri II, à son entrée à Dijon en 1548, et comme aussi firent plus tard, Henri IV en 1595, puis Louis XIII et Louis XIV.

Pendant tout le séjour du roi dans la capitale de la Bourgogne, la noblesse et les peuples des environs y affluèrent et témoignèrent par leurs acclamations de leur respect et de leur attachement au souverain. « Ils firent, dit Castelneau, ce qu'ils « purent pour donner plaisir à leur majesté, soit à « courir la bague, et autres joustes et tournois, « et parties qu'ils firent, pour rompre en lice. » (1)

Le roi quitta Dijon, le Tt mai pour aller dîner au château de Longecourt, et coucher ensuite à celui de Pagny, appartenant au comte de Charny. Après deux jours consacrés à des fêtes splendides, il continua son voyage jusqu'à Seurre. Le 31 il était à Beaune, et le lendemain à Châlon. La peste avait fait fuir de cette dernière ville une partie des habitants : mais l'arrivée du roi les lit revenir pour lui marquer leur soumission, comme l'avaient fait les Dijonnais.

Charles IX envoya des olïiciers du génie visiter les fortifications dans tous leurs détails, et, sur le rapport qu'ils lui firent de l'insuffisance de la défense, il ordonna la construction d'un fort capable de mettre la ville à l'abri d'un coup de main, et de l'empêcher de tomber à nouveau au pouvoir des huguenots, comme il en avait été l'année précédente. Cette citadelle fut élevée dans l'emplacement de l'abbaye de Saint-Pierre, ruinée par Montbrun.

(1) Mémoires de Gaspard de Saulx, — Castelnau.

326 chapitre vi. — (1563-1566)

L'État voulut faire supporter la dépense par toute la province : quelques villes éloignées, comme celles d'Avallon protestèrent, et par suite, ne paraissent pas y avoir contribué. (1)

La Cour prit ensuite la route de Mâcon, où elle arriva le samedi 3 juin. Tavannes, dans l'un des tournois qu'il avait donné à Dijon pour fêter la présence du roi, ayant été blessé à la jambe par un éclat d'épée, (2) ne put accompagner son souverain à Mâcon. Ainsi tombe de lui-même, ce récit de Fodéré reproduit par l'abbé Agut, dans son Histoire des Révolutions de Mâcon : « Le roy « Charles IX faisant son entrée à Mascon, ledict « sieur de Tavanes donna, en la présence de sa « majesté, un soufflet au gardien (du couvent des « Cordeliers,) nommé le P. Emot, qui en pleine « rue, s'estoit mis à genoux devant madame sa « femme, criant tout haut qu'il failloit honorer « ceste vertugale que ladicte dame portait, faicte « d'une chappe qui avoit tant de fois esté employée « à faire le service de Dieu. » (3) On disait que les les ornements sacerdotaux repris sur les huguenots par Tavannes, étaient passés en grande partie dans la garde-robe de sa femme.

Mâcon est la dernière ville de la Bourgogne que le roi visita : Il se rendit à Lyon et dans les provinces méridionales. A son retour par Bourges et La Charité, nous le verrons s'arrêter à Auxerre et à Régennes.

(1) Archives d'Avallon. — Comptes des receveurs.

(2) Mémoires de Gaspard de Saulx.

(S) Fédère', p 42ô. — Agut, p. 75.

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