M° IV
Ordonnance du lieutenant général de Bourgogne pour le désarmement des habitants d'A vallon, en réponse à une requête des échevins.
16 août 1563.
Veu la présente requeste, et affin de oster tous moyens d'entreprendre ne attenter aucune chose qui
peust empescher et altérer l'entière exécution de l'éedit de pacification, nous ordonnons que suyvant l'éedict du roy, toutes les armes généralement des habitans de la ville et fauxbourgd'Avallon, de quelque qualité qu'ils soient, seront mises et consignées dedans la maison de ladite ville, ou autre lieu d'icelle, le plus fort et seur que l'on pourra choisir, et les enfermer soubz deux clefs diverses dont le premier magistrat aura l'une et les eschevins l'autre. Et pour pourveoir aux insolences qui se font la nuict, dont mention est farcte à ladite requeste, comme aussy à la garde des portes, et obvyer aux inconvéniens qui pourroient survenir, nous permettons audit magistrat choisir pour la police de ladite ville, six hommes qui porteront telles armes qu'ilz verront estre nécessaires, comme aussy feront ceulx commis à la garde desdites portes, qui seront habitans de ladite ville, et au moindre nombre que faire se pourra, afin de les soulager : Parmy lesquels y aura deux chefs de maison à chacune d'icelles portes, qui ne permettront à quelque personne que ce soyt, porter harquebuses et pistolles dedans ladite ville, sinon à ceux qui sont exceptés par ledit édict.
Lequel édict nous enjoignons au lieutenant du bailly d'Auxoys, siège dudit Avalon, faire inviolablement observer et garder de poinct en poinct, selon sa forme et teneur, mesme pour le port d'armes, tant au presche qui se fera aux fauxbourgs de ladite ville, pendant qu'il y sera continué, comme au dedans d'icelle, et pugnir les contrevenans et désobéyssans, suivant la forme dudit édict.
Faict à Dijon, le xvic jour d'aoust 1563.
De Saulx.
Archives d'Avallon.
Extrait de 1'enqnéte faite le 14 juin 1005, par Philibert IBarjot, seigneur de Layne et la Vernette, au siijH de la spoliation des églises de llaeon, en 15G*£ et 6 54»?, à la requête de l'évêque et du chapitre.
Dépositions :
Me Nicolas Noblet, notaire à Mâcon, âgé de « soixante dix: ans ou environ. » Il a « fort bonne souvenance des troubles... Au mois de may 1562, ceux de ladicte religion se saisirent, surprindrent et s'emparèrent de la ville de Mascon, en laquelle ilz entrèrent aux églizes qui furent despouillées, voilées et saccagées... tant de l'église cathédrale Saint- Vincent, que du sieur révérend évesque de Mascon. Firent le semblable en l'esglise collégiale... comme aussi es églizes des frères prescheurs et frères mineurs, Sainct-Dominique et Sainct-François, le tout avec une telle véhémence, et crainte en laquelle estoient réduictz le reste des habitans, qu'il n'y avoit personne qui s'i osât opposer... » (1)
« Entre lesquelz chefz et principaux conducteurs desdictes élévations, estoient les quattre frères Dagonneau, tenant rang en la ville : l'un receveur du Roy, les autres tenanciers et admodiateurs des sieurs abbés de Cluny et de Tournus ; les sieurs esleus Touillon, Brunet, Rochette, Bernard, Che... et autres, lesquelz possédoient de grands biens tant dans la ville de Mascon que dehors.
Mais en l'année 1567, aux troubles qui survindrent que l'on appelloit à la Sainct Michel, ladite ville de Mascon ayant esté pour la seconde fois surprise par les susnommez qui avoient appelle et introduict le
(1) Analyse : Ils s'emparèrent des titres contenant les redevances de la plupart d'entre eux au chapitre et à l'Église.
sieur de Loyse, gentilhomme du païs pour leur chef et gouverneur, comme ils avoient faict du cappitaine d'Antrague aux premiers troubles, ceux de ladicte religion entrèrent encore en plus grande insolence qu'ilz n'avoient faict aux premiers troubles, car ilz voullurent faire abattre les esglises, comme celle des Jacobins qu'ilz mirent àbasjusques aux fondemens, ravageantz les esglises et trésors de la cathédrale Saint-Vincent. Est souvenant le déposant, qu'un certain jour qu'il ne sçauroit désigner, un nommé le capitaine de Chaintré, qui auparavant, en son jeune eage, avoit esté chanoine en ladite esglise Saint-Vincent, conduisoit une grande trouppe de soldatz qui allèrent en ladicte esglise Saint-Vincent, en laquelle, après avoir brisé les portes des trésors, ils s'emparèrent des titres et les brûlèrent devant le grand autel.
L'argenterie, reliques et autres choses précieuses composées d'or, d'argent et de pierreries, avoient esté enlevées de leurdit trésor aux premiers troubles 1562, et comme les chefz les faisoient conduire à Lyon par eaue, à deux lieues ou environ au dessoubz la ville de Mascon, ils furent prins et enlevés par des cappitaines et soldats tenans le party du Roy, et néanmoings entièrement perdus pour les sieurs de ladite église... »
Benoit Guillon, âgé de 71 ans ajoute aux frères Dagonneau et aux élus, « partie des eschevins et grand nombre d'habitans » et dépose à peu près les mêmes faits.
Pierre Arnoud, marchand teinturier, âgé de 70 ans, dit : « Il y avoit une extrême quantité de terriers, papiers anciens, vielles chartes, et autres papiers qui furent brûlés devant la croix Saint-Girard. >
André Bourgeois, portefaix, âgé de 66 ans, fait une déposition à peu près semblable.
Michel Roux, praticien, âgé de 52 ans, dépose sur la prise de 1567 : « Que plusieurs habitans et bourgeois de cette ville, entre lesquels il reconnut les quatre frères Dagonneau et les trois frères d'Entrocher (?).,.
lesquels armés... appelèrent à eux les laboureurs des paroisses de Bussières, Pierrecloux, Vergisson, Solutré, d'Auge (Davagé) et autres.
Suivent d'autres dépositions analogues.
Plusieurs disent avoir vu brûler les archives et entendu la foule, à ce spectacle, s'écrier avec joie : « On a fait fricassée des papiers et des titres ; nous ne devons plus rien. »
Enfin Jean Thomas, âgé de 66 ans s'exprime en ces termes : « Comme l'on vouloit sonner mathines en l'église cathédrale, un nommé Grégoire, portier dudit cloître, faisant ouverture de la porte de fer (de Feurs) fut tué, comme aussi un nommé Messire Pierre Grostaud, l'un des chanoines de ladite église, au devant le grand portail d'icelle, comme aussi un autre prêtre appelé Messire Borgeon. Par la mort desquelz estans réduits en extrême crainte et frayeur, tout le reste des chanoines et prêtres, non seulement du cloistre, mais de toute la ville, rentrèrent dans leurs maisons » et s'y barricadèrent.
(Archives du département de Saône et Loire, G. 230.)
Ho \l.
Extrait d'un mémoire présenté au maréehal de Vieilleville et autres commissaires envoyés pour faire observer l'édit, dans le llàeonnais.
...Auquel sera adjoucté à ladictesurprinze dernière, et contrairement à leur foy, les creaultez, barbaries et inhumanitez que, lors de ladite surprinze, ilz auroient commis et perpétrez, environ les quatre heures du matin dudit jour, es mazelliers Saint- Vincent et Saint-Pierre de Mascon : la forme qu'ilz auroient usée ôs meurtres perpétrés et commis es personnes des prieur, jeunes moines des Jacopins, gardien des Cordeliers, (Jean Bossu), Messire Pierre
Le Noble dict Le Grossa, Messire Philibert Bourjon, prebtres, tués ledit jour de ladite prinse ; et les chanoynes Monthandre et Descreuv..., blessés jusques à la mort en après ; et ceux qui auroient estez pillés, tuez et ransonnez, l'espace de dix sepmaines qu'ils auroient occupés ladite ville... oultre la charge insupportable que lesditz de la prétendue relligion faisoient endurer aux pauvres catholiques...
(Archives de la ville de Mâcon, G. G. 122, n° 31.)