H0 XVI
Instructions envoyées à Tavanncs pour l'exécution de Fédit de paix et pour « la description de la noblesse et de tous aultres bons .«ubjeetz » de Bourgogne. — 141 juin 15G8.
Encoires que bien souvent, par les dépesches ordinaires que sa majesté faict en Bourgogne, monsieur de Tavanes, lieutenant général dudict païs en l'absence de monseigneur le duc d'Aumale, soit adverty de l'intention de sa dicte majesté, si est-ce que pour l'en rendre plus capable, il luy a semblé qu'il ne seroit que très à propos de l'éclaircir et advertir bien amplement de ce qu'il a affaire pour le contenu en ce présent mémoire et instruction.
Or sçachant ledict sieur de Tavanes combien sa dicte majesté désire et entend que ses subjeetz vivent en repos et puissent jouir de l'eédict de passiffication, elle s'assure qu'il y tient de son cousté la main, suyvant plusieurs lettres et dépesches à luy pour cest effect addressôes depuis deux mois en ça : dont et de l'ordre qu'il y a donné, sa dicte majesté désire que ledict sieur de Tavanes l'advertisse souvent.
Et comme l'un des moïens qui ayt semblé pouvoir aultant servir à faire cesser tous troubles et remuementz par les provinces, soit de laisser rentrer ceulx de la religion prétendue réformée dans leurs maisons, biens et possessions, leur levant par ce moïen toute couleur, argument et excuse de tenir les champs et s'assembler, sa dicte Majesté ne faict doubte que ledict sieur de Tavanes n'ayt en cest endroit entièrement satisfaict à son intention, assez déclarée et exprimée par ledict eédictde passification,
et par lesdictes dépesches sur ce faictes, en quoy s'il y restoit aulcunes choses à faire, sa dicte Majesté désire y estre par ledict sieur de Tavanes pourveu, faisant comme dict est, rentrer ceulx de ladicte religion en leurs dictes maisons, avec toutesfois la précaution requise en tel cas, tant pour se rendre, ledit sieur de Tavanes bien asseuré qu'ils ne pourroient rien attenter ny entreprendre, que pour les bien rendre semblablement asseurez de pouvoir en toutte seureté et soubz l'observation des eédictz de sa dicte Majesté vivre et demeurer paisiblement en leurs dictes maisons.
Et pour le regard de ce dernier point, estant l'intention de sa dicte Majesté très-bonne et très-seurre, bien congnue à tous les lieutenans généraux des provinces qui la sçauroient très-bien ensuyvre, suyvant le commandement qu'ilz en ont de sa dicte Majesté, elle veult croire que ceulx de ladicte religion se confiant du tout en icelui et en la naturelle clémence et bonté de leur prince, assez déclarée et tesmoignôe par les infinys effects et par la diligence dont useront les lieutenans généraux et gouverneurs à les faire jouyr du bénéfice de l'eédict, n'auront aucunement différé à se retirer en leurs dictes maisons, avec intention d'y demeurer et se contenir en toute modestye et repos, où comme dict est, ils seront en ce faisant garder et maintenir.
Mais quant à l'aultre point, y ayant beaucoup plus à craindre pour les estranges effects, cy devant advenuz, il faut que ledit sieur de Tavanes y regarde de près : empeschant de tout son pouvoir par tout le gouvernement de Bourgogne, les soudaynes eslévations, reprinses d'armes, saisissemant de villes et places fortes que l'on a veu par cy devant faire à ceulx de ladite religion, avec telle dextérité et sou dayneté qu'il a esté mal aysô de s'en pouvoir garder. Et c'est à quoi maintenant, il fault obvier et pourvoir.
Et pour faire entendre audit sieur de Tavanes les
choses qui ont semblé à sa dite Majesté les plus nécessaires en cest endroict, et qu'elle veult et entend que l'eédict se fasse exécuter, c'est que tout ainsi, comme il fera entretenir et observer ledict eédict de passification, aussy fera-il exactement exécuter le désarmement de ceulx qui rentrent dans les villes, comme sa dite Majesté luy a cy devant escript et mandé de faire, par le règlement donné pour ce faict, et regardera souvant de descouvrir et apprendre ce que ceulx de ladite religion traicteront par ensemble, empeschant de tout son pouvoir les allées et venues par les champs qu'ilz font ordinairement avec armes : lesadvertissant de s'en abstenir et de se contenir et vivre cloulcement; mesmement ceulx de la noblesse dudit pays, leur faisant entendre la charge qu'il a de les consvier pourveu qu'ilz vivent doulcement et n'entreprennent telles choses : voulant semblablement et entendant sa dite Majesté que ledit sieur de Tavanes leur fera de sa part, très exprès commandement et deffence de ne s'armer ny partir dudit pays, ny s'assembler en iceluy par quelque commandement que puisse estre, si ce n'est pas l'exprès commandement du Roy, qu'ilz recevront de luy ou de son lieutenant général qu'il leur fera aparoistre par lettres de sa dite Majesté, sur peync à ceux qui y contreviendront, d" estre déclarez rebelles, et de la confiscation de leurs biens.
Et s'il advenoit d'adventure par cy après que aulcuns de ladite religion se voulussent tant oblier que de reprendre les armes, et pour cest effect s'assembler en ung instant, comme ilz ont faict autrefois, ledit sieur de Tavanes regardera promptement de l'empescher avec toutes les forces tant de pied que de cheval qu'il mettra soudaynement ensemble. Et pour ce que, peut estre, il ne pourroit lors si promptement que besoing seroit, assembler la gendarmerie, sa dite Majesté désire que doiz à présent, il face la description par le menu de toute la noblesse dudit pays de Bourgogne, et pour cest effect, se pourra ayder des
rolles qui sont es baillages et sêneschaussées pour sçavoir ceulx qui sont subjectz au ban et arrière ban : et fera le semblable de tous aultres bons subjectz dudit pays, dont il se pourra servir et prévaloir pour empescher que ceulx de ladite religion ne puissent reprendre les armes, ne sortir hors dudict pays, pour se joindre avec leurs chefz. Et soudain qiu ledit sieur de Tavanes en verroit aulcungs assemblés en armes pour cest effect, .-a dite Majesté entend qu'il leur courre sus, en quelque petit nombre qu'ilz soient et puissent estre, et les taille en pièces, sans leur donner je loisir de se fortifier aulcunement, s'aidant à ceste fin de tous moïens, soit de son du tocsin, assemblées de communes et aultres bonnes provisions et remède, dont sa dite Majesté s'asseure que ledit sieur de Tavanes sçaura très-bien user : et se souviendra comme les gardes et gens de guerre que sa dite Majesté a faict mettre ces. jours passez aux ponts et passages des rivières de son gouvernement, pourront grandement servir à empescher les assemblées, allées et venues de ceulx de ladite religion.
Et comme ledit sieur de Tavanes sera prévoyant à tenir net tout le plat pays de sondict gouvernement, aussi pour le regard des villes et places fortes dutiit, se gardera de toute surprinse. Et après avoir faict ladite description, en advertira sa dite Majesté afftn qu'elle voye et congnoisse de quelles forces dudict pays, oultre celles qui sont à sa solde en icelui, elle pourra faire estât en ung besoing.
Faict à Paris, le quatorzième jour de juin, l'an
Signé Charles et plus bas Fizes.
(Archives de Semur-en-Auxo's).
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