LES MODESTES
Ces modestes travailleurs, ce sont des travailleuses infatigables, femmes de pasteurs, diaconesses, lectrices de la Bible, offîcières de l'Armée du Salut (branche française), qui toutes ont fait une œuvre qui mérite d'être indiquée. Elles ont, par les soins qu'elles ont apportés au foyer, facilité aux lutteurs qu'étaient leurs maris une tâche qui fut souvent un défi porté à la fatigue; d'autres sont allées près des malades prodiguer des soins que des mains d'hommes eussent été incapables de donner. On en a vu, véritables missionnaires laïques, porter au chevet des mourants des consolations qui n'auraient pas été acceptées si des lèvres d'homme les eussent formulées. Incapables de découragement, il en est qui se sont attaquées à cet hydre moderne qu'est l'alcoolisme et elles ont bien des fois remporté la victoire. Avec l'adjudante Robert et l'enseigne Cabrit, les bas-fonds de Montréal ont été éclairés quelquefois d'une lueur d'espérance, le Christ faisant entendre ses miséricordieux appels en des milieux fermés au ministère d'un homme si dévoué qu'il soit. Nos enfants des écoles du dimanche, nos élèves des écoles de semaine leur doivent beaucoup et la Mission intérieure a usé les forces de plusieurs.
Pour donner l'honneur à qui l'honneur, il faudrait pubher le nom de ces femmes d'élite et le livre d'or qui devrait le conserver pour la postérité n'a jamais été écrit. Que faire? Nous sommes à vrai dire un nouveau venu
parmi tant de vaillants et nos souvenirs sont de la veille. Les plus expérimentés à la mémoire desquels nous avons demandé des lumières se sont récusés. Nous nous bornerons à signaler celles qui nous sont plus particulièrement connues, nous excusant auprès des autres qui méritaient tout autant l'honneur d'être nommées.
Dans le courant de l'Histoire, le lecteur a admiré les Feller, les Jontes, les Lafleur, les Duclos, les Graham, les Fluman, les Vernon, les Vernier et bien d'autres encore. A l'heure actuelle il en est encore sur la brèche et dont la modestie s'effarouchera certainement de ce qu'on s'est essayé à les faire entrer dans l'histoire.
Au premier rang, et sans songer à faire la moindre distinction entre elles, je place toutes les femmes de pasteurs. Quelques-unes ont fait une œuvre moins apparente, cela tient assurément au milieu dans lequel elles vivent, partageant avec leur mari les joies et les difficultés d'un ministère toujours laborieux. Toutes ont fait œuvre utile. En écrivant ces lignes, je revois les « toujours à la brèche » qui s'appellent M™^^ Therrien, Stroud, Dalpé, Bruneau, Scott, Raymond, Desjardins, Piché, Morin, Côté, Saint-Aubin, King, Vessot, etc.
Ces dernières années, la noble phalange s'est enrichie de quelques concours appréciables. En tête il convient de nommer M"'^' Massé, Brandt, Villard, Benoit, les inlassables collaboratrices des directeurs de nos écoles missionnaires. M""^ Biéler, dont l'expérience acquise dans l'évangélisation de la France a été précieuse, M"^^ Payan de S' Hyacinthe, et aux Etats-Unis M™^' Delagneau à Worcester, Elsesser à New- York et Pittsfield, Mage à Me Donald, Joseph Charles à Charleroy, Dantheny à Tarentum.
M"^ Rotte, qui besogne péniblement à Toronto, mérite une mention spéciale ; elle a consacré sa vie au relèvement de ses sœurs dont l'égoïsme des hommes a causé la chute. Avec les deux officières de l'Armée du Salut à Montréal, elle mérite certainement qu'on la recommande d'une façon toute spéciale aux prières des chrétiens.
Allez, noble phalange, et que Celui aux yeux duquel un verre d'eau ne perd pas sa récompense vous donne à toutes, connues ou inconnues, la couronne d'immortalité et de gloire réservée à tous ceux qui ont combattu le bon combat et gardé la foi !
Madame Brandt.
Nous venons de parler des dames, celles qu'on oublie trop aisément, et qui sont pourtant d'une grande utilité dans l'œuvre d'évangélisation. C'est elles qui, au soir d'une grosse journée de labeur, quand le missionnaire rentre au foyer, fatigué de ses courses ou tant soit peu découragé, savent trouver les mots qu'il faut pour remettre un peu de soleil dans l'âme. M""^ Brandt excellait dans cette œuvre, fatiguée elle-même par un travail qu^ l'a tuée; elle avait toujours un sourire pour ceux qui l'approchaient, rarement elle parlait d'elle, de ses occupations ou de ses pensées. Une jeune fille avait-elle besoin d'un conseil, elle était sûre de trouver auprès de M™^ Brandt les directions nécessaires. Fortement ébranlée, sa santé fut tout à fait compromise à la suite d'une opération chirurgicale et le 23 mai 191 1, sous le toit de son oncle, J.-H. Vatier, où on l'avait transportée
pour qu'elle fût plus proche des médecins, le Seigneur lui imposait un repos prématuré.
Les obsèques eurent lieu le mercredi 24 et furent présidées par M. le pasteur Rondeau, un ami de la famille. Prirent part au service funèbre MM. Scott, rédacteur du Presbyterian Record, J.-J. Rey, pasteur de l'Eglise La Croix, et M. H.-E.
Benoit, pasteur de l'Eglise du Rédempteur.
Elle repose maintenant au cimetière d'Hawton Dale.
à deux milles de l'école missionnaire où elle passa les trente-sept années de sa vie.
Fille du directeur Bourgoin, elle fut une élève modèle, puis une épouse dévouée du successeur de son père, M.
Brandt, qu'elle a noblement secondé de ses forces, de son enthousiasme chrétien et de son grand courage.
« M"''' Brandt, écrivait un ami dans L Aurore, avait une vénération véritable pour la Parole de Dieu, qu'elle pouvait citer de mémoire et dans laquelle elle trouvait sa force et ses consolations pendant les longues heures de souffrances. Dieu seul est témoin de tout le bien qu'elle a fait dans les instituts de la Pointe-aux-Trembles, ainsi que dans les divers champs missionnaires qu'elle prenait plaisir à visiter. Dieu seul est témoin de son amour pour son foyer, de sa tendresse de mère, de sa fidélité d'épouse et de sa vie chrétienne. Sa présence auprès des malades était une inspiration, car elle savait
Feue Madame Brandt.
soigner et consoler les affligés. Dieu l'a prise à Lui, à l'heure où elle était encore nécessaire; ayons assez de foi pour ne pas murmurer et disons avec le poète hébreu : « L'Eternel l'avait donnée, l'Eternel l'a reprise, que son nom soit béni ! »