‹ Histoire du protestantisme français au Canada et aux États-UnisChapitre 5 sur 17 · L. A. Abr · texte numérisé non relu

L. A. Abr

«A, T. Rivard.

A. Rondeau.

Arundel.

Pointe- aux-Trérnbles. — M. E. Brandt, pasteur, officier

d'Académie.

Port- au- Persil.

Saint-Damase. — M. J.-E. Menançon, pasteur. La Rivière- du- Loup. — M. J.-B. Sincennes, pasteur. Moose Jaiv. — M. S. Rondeau, pasteur.

Bromptonville. M. B. Gallo, pasteur.

Namur. — Chapelle Evangélique : M. H. Dubois, pasteur. Montebello. — Chapelle Evangélique : M. A.-T. Rivard. Grenville. — M. A. Rondeau, pasteur.

Ham-Nord et Sainte- Sophie.

Saint- Hyacinthe. Eglise Saint- Jean.

Belle- Rivière. — M. J. Boucher.

Juliette. — Chapelle Evangélique: M. A. Langlois, pasteur.

Postes d'évangélisation.

LorettC; Saint- Valier, Chambly-Farnham, Lac Saint- Jean, Edmundston ; Chelmsford ; Algoma.

Eglise épiscopale.

Montréal. Eglise du Rédempteur, transportée à l'est de la ville, rue Sherbroke Est. Recteur, M. H. E. Benoît.

Manitoba. — Pasteur, M. J. Groulx.

Sabrevois. — Pasteur, M. H.-W. Howard.

Sainte-Ursule, — Pasteur, M R.-J. Ross.

De Romezay. — Pasteur, M. H.-D. Loiselle. Pierreville. — Pasteur, M. R.-E. Page.

Little Cascapedia. — Pasteur, M. Philias Roy.

Eglise méthodiste,

Montréal. — Institut méthodiste français : Principal, M. le docteur Paul Villard, officier d'Académie, 1095, Greene Avenue, Westmount.

Asile pour enfants, 51, Parc Belmont, directrice M"« Jeary.

Première Eglise Méthodiste française, angle des rues Ontariés et Saint André : pasteur, M. A. Delporte.

Montréal-ouest. Rue Delisle, 369.

Lac-des-Isles. — M. H. Poirier, pasteur.

Saint- Jovite et Sdint-Faustin,

Saint-Théodore et Actonvale. — M. L. Massicote, à Actonvale près Québec.

Eglise baptiste,

Montréal. — Oratoire. 14, rue Mance. M. A.-L. Therrien, pasteur, docteur en théologie.

Eglise Saint-Paul, angle des rues Nicolet et Ontario. M. A. Saint- James, pasteur.

Emileville. — Mission Evangélique, M. R. Dutaud, pasteur

UEglise d'Emileville, subventionnée par la caisse des missions baptistes, est une congrégation d'alliance évangélique, si Ton peut ainsi dire. Pour éviter la constitution d'une Eglise presbytérienne, il a été convenu dès le début de cette œuvre que presbytériens et baptistes auraient la jouissance du temple et qu'un pasteur presbytérien pourrait y venir à époques régulières présider à la table du Seigneur. Membres presbytériens ou baptistes versent leurs offrandes dans la même caisse.

Grande-Ligne : M. le pasteur Revel. Le secrétaire de la mission est M. le pasteur E. Bossworth, '22 rue Saint-John, Montréal.

Institution Feller : Principal, M. le pasteur E. A. Massé.

Lac Long-Temiscoate. — M. N.-N. Aubin, pasteur.

Roussillon et Dalesville. — M. E.-A. White, pasteur.

Marieville, — M. G.-N. Massé, pasteur.

Maskinongé.

Québec. — M. B. Parent, pasteur.

Roxton-Pond. — M. O.-F. Fournier, pasteur.

Saint' Constant.

South Ety. — M. Aug. Bocquel, évangéliste.

Ottawa. — M. G.-R. Me Paul, pasteur.

Hall. — M. J.-G. Poitras, évangéliste.

Lac Long. — M. Sam. Cassegrain, pasteur.

Roussillon. — M. E.-A. White, pasteur.

Waterloo. — M. T. Brouillet, pasteur.

L'Œuvre des Conférences populaires.

Habitué à obéir aveuglément, le peuple canadien que nous voudrions amener à la connaissance de l'Evangile, a peur, la plupart du temps, de franchir le seuil d'un temple, il y viendra quelquefois à l'occasion d'un mariage ou [d'un enterrement, il se cachera s'il

ose se risquer pour un service régulier. Comme Rome ne s'occupe guère de répondre aux questions que pose le mouvement actuel des esprits, comme tout en allant à la messe et en restant l'esclave du prêtre, notre peuple n'est pas une perfection morale, on s'est demandé souvent parmi nous, comment il faudrait s'y prendre pour atteindre le grand public et placer devant sa pensée autre chose que des balivernes qui remplissent les « Croix » et autres organes de même farine.

Dans l'hiver de 1904, l'Institut méthodiste faisait venir de Paris, son maître de français qui travaillait alors dans l'œuvre de la mission Mac AU et qui avait derrière lui l'expérience du travail qu'on pensait entreprendre. A l'occasion de la semaine de prières de l'AUliance évangélique, notre public protestant eut le plaisir de faire la connaissance de ce nouveau venu qui exerçait parmi ses élèves une mission bénie. Invité par M. le professeur Morin qui avait réuni les hommes qu'intéresse l'évangélisation de notre province, il eut l'occasion de* formuler ce que nous entrevoyions et, son engagement scolaire terminé, le comité d'évangéhsation de l'Eglise presbytérienne lui demanda de bien vouloir s'occuper de l'organisation des conférences populaires dont il avait parlé avec enthousiasme.

Il accepta et, au mois de mai 1905, dans une salle de concerts, à l'est de Montréal, un dimanche après dîner, il fit ses premières armes devant un auditoire de six cents personnes. Dès le début et bien que le conférencier ait pris soin de s'en tenir à des affirmations religieuses, les membres d'un cercle cathohque

St. D. qui avaient flairé Thérétique, commencèrent à faire du bruit. Le mardi Suivant, la faculté catholique de l'université Laval, portant ses couleurs, criant son mot d'ordre, occupait le parterre. C'était un parti pris d'empêcher la conférence projetée. Les organisateurs de l'obstruction échouèrent, car la poHce, prévenue, avait fait bonne garde et le conférencier qui devait en avoir vu bien d'autres n'en fut pas autrement ému.

Il n'en fut pas de même le dimanche suivant ; on avait défié M.

Mage de parler sur les droits de la hiérarchie cathohque et il donna une conférence sur la nécessité de cette hiérarchie dont il exhiba les principaux personnages historiques.

Ne pouvant Tempêcher de dire la vérité qu'on lui avait pourtant de- a. Mage.

mandée, les jeunes gens des premiers jours dirent à haute voix : « Si on le saigne, il ne parlera plus ». C'était un appel direct et ce jour-là sans une forte protection de la poUce que dirigeait l'inspecteur Lamouche, nous eussions vu Tune de ces scènes que la presse catholique nie chaque fois qu'elle en a l'occasion.

Protégé par la police, le conférencier aurait pu continuer une œuvre qui commençait à préoccuper les esprits, quand la hiérarchie intervint et sous menace de causer sa ruine fit défense au propriétaire de louer sa salle. On avait un bail, on aurait pu continuer, en dépit du supérieur du couvent voisin qui était intervenu personnellement, mais on pensa avec raison que c'était prendre sur soi une grosse responsabilité et

comme le propriétaire qui avait été payé d'avance rendait l'argent, on songea à aller ailleurs.

Ailleurs, ce n était plus dans le quartier français, on trouva bien un hall sur la rue Saint-Laurent à l'angle de la rue Sainte-Catherine, mais il était au troisième étage et il fallait beaucoup de bonne volonté pour se risquer dans un escaUer qui n'avait rien de confortable. Les réunions eurent lieu pourtant et à l'occasion de Tune d'entre elles, il se passa un incident qui vaut la peine d'être cité.

M. Mage donnait une conférence sur le christianisme et Tesprit moderne ; les étudiants de l'université Laval étaient partis pour leurs vacances, on pouvait donc être sûr de voir tout se passer correctement. On avait compté sans un journal à prétentions libérales, le Star de Montréal. Ce jour-là il avait envoyé un de ses reporters, une dame. Quelques jours après, la feuille libéralet(?) publiait les choses les plus fantastiques sur la conférence et le conférencier, dont on donnait la caricature. Quand, accompagné du professeur Morin et de M. Duclos, M. Mage se présenta aux bureaux du Star, pour demander à voir le reporter, la charmante personne eut le front d'avouer qu'elle ne comprenait pas le français et le lendemain, sous prétexte de fournir des explications, elle jetait encore de la poudre aux yeux des lecteurs du Star. On apprit que ce fantastique reporter était une fidèle Irlandaise que le clergé avait fait entrer au Star pour inspirer des articles en faveur de l'Eglise.

Les conférences se continuèrent pourtant en dépit des difficultés qui résultaient de l'absence d'un local suffisant et aménagé d'une manière à peu près conve-

nable. La chaleur vint alors obliger à une suspension et notre conférencier visita successivement plusieurs églises, réussissant çà çt là à redonner un peu de vie. Il était à Québec où Tavait fait venir M. 'le pasteur Boudreau^ quand, sur l'invitation du professeur Morin d'Elgin Road, il partit pour prendre un peu de repos dans sa maison de campagne où on lui demanda de prêcher le sermon de dédicace lors de l'ouverture de la chapelle de Saint-Damase.

Ottawa se trouvait alors sans pasteur ; M. Mage fut chargé d'y assurer les services en attendant que la congrégation pût se pourvoir d'un pasteur. Cette congrégation fit des démarches en vue de garder M. Mage comme pasteur définitif. Celui-ci, qui croyait à la nécessité d'une œuvre populaire à Montréal refusa l'appel et, l'automne étant venu, il partit pour Montréal où avec le concours du pasteur Duclos et du professeur Morin il finit par trouver une salle, un vieux magasin qu'on allait aménager et qu'on arriva à transformer en un local convenable. L'église Saint-Jean prêta un harmonium, la commission d'évangélisation de l'Eglise presbytérienne acheta des chaises, paya les réparations et le lendemain de la Toussaint la salle éclairée à la lumière électrique s'ouvrait par une conférence sur « Le miracle est-il possible? ». L'auditoire était fort nombreux, on écouta avec sérieux.

Instruit par les expériences du passé, M. Mage demanda à la police de bien vouloir assurer la tranquillité des réunions qui avaient un caractère absolument religieux. On y chantait des cantiques, on y priait et on y Usait la Bible. Le chef Campeau se fit

un peu tirer l'oreille pour donner une réponse satisfaisante. Comme notre conférencier insistait, menaçant d'en appeler à une organisation politique qui a pour but d'assurer la liberté religieuse au Canada, les résistances du chef s'évanouirent, il promit et il sut tenir en dépit de certaines pressions venues du palais épiscopal.

Le lo novembre 1905, le Canada publiait sous le titre : « M. Mage et les Etudiants » l'article que nous reproduisons :

« M. Mage, conférencier français, avait convoqué hier soir à la salle Maisonneuve, une assemblée publique, ouverte à toute personne sérieuse, comme il l'avait annoncé sur des affiches dans les rues. M. Mage devait traiter d'une question philosophique et avait choisi pour sujet : « Le Christ du XX*^ siècle. »

» Vers les neuf heures, au début de la séance, une bande de jeunes gens turbulents pénétra bruyamment dans la salle.

» M. Mage venait de prendre la parole devant un auditoire attentif.

» Les nouveaux arrivants, des étudiants de Laval, — de cette universitéjcatholique dont nous avons parlé au début, — au nombre de cent cinquante environ (ils étaient plus du double), se mirent à pousser des cris sauvages, cependant qu'ils lançaient des œufs et autres projectiles à la tête du malheureux -conférencier.

» Craignant pour sa vie, celui-ci prit le parti de se retirer et sortit par une porte de derrière ^

' Ce détail est inexact, le conférencier fit évacuer la salle et "avec quelques amis connus il continua la séance. Elle ne fut suspendue que sur la requête de l'officier de paix qui ne pouvait contenir une foule fanatisée de deux mille personnes.

» Entre temps la foule qui était restée au dehors était devenue furieuse et accomplissait des actes de vandalisme stupide, brisant un grillage de fer placé en face de l'édifice, lançant toutes sortes de projectiles contre... l'immeuble. Il y eut même des coups de feu tirés.

» Les gardiens de la paix étaient impuissants à contenir cette multitude en délire.

» Il fallut recourir à l'aide des forces de trois postes de police pour disperser la foule et établir la circulation.

» Le policeman Knucle eut un œil brûlé par le contenu d'une bouteille qu'on avait lancé contre la muraille près de laquelle il se trouvait.

» La police n'a pas jugé à propos d'opérer d'arrestations.,»

C'était la première fois ou presque, qu'un journal imprimé en français ne chantait pas les louanges des fanatiques et blâmait ouvertement ce qu'il appelait des actes de vandalisme. Quand les étudiants habitués à être jugés autrement virent l'entrefilet du Canada^ ils se groupèrent et en un long cortège ils priren.t le chemin qui devait les conduire au bureau du journal. C'était un beau tapage; on chantait le Libéra et la Canadienne, c'était à la fois un cortège de mi-carême et une démonstration religieuse! Au Canada et pour les cérémonies catholiques il y a toujours quelque chose de grotesque qui se mêle à une piété formaliste.

Quelques étudiants demandèrent au directeur du Canada^ M. Langlois^ de faire démentir l'article qui

^ Aujourd'hui directeur du Pays, le seul journal français qui ait un peu secoué le joug de la hiérarchie.

disait pourtant un peu moins que la vérité. M. Langlois^ un homme politique qui devait être prudent fit pourtant preuve de courage civique, il refusa de mentir. Pour Ten punir, les étudiants mirent le feu aux affiches qui étaient en façade pour annoncer les dernières nouvelles et dans la même semaine au carré Saint- Louis, ils brûlaient en effigie le journaliste français qui avait osé ne pas mentir en faveur de la cause qu'ils défendaient.

Les journaux anglais relatèrent l'incident; cette fois le Star envoya un reporter auprès de M. Mage et ses lecteurs surent un peu mieux ce qui s'était passé. Le Witness ne cacha pas son indignation et dans les milieux catholiques on craignit que la démonstration des étudiants ne fût une grave imprudence. C'est pour parer aux conséquences que pouvait «avoir la dite imprudence que le 11 novembre 1905, la Presse, le journal le plus clérical du Canada après la Croix, publiait la communication suivante :

« Le doyen de l'université Laval reproche à certains étudiants leur intolérance. Voici tout le morceau, que le lecteur juge : Hier soir avant de commencer son cours de droit à l'université Laval, l'honorable juge Mathieu, doyen de l'Université, jugea opportun d'adresser aux étudiants quelques remarques à propos des manifestations qui ont accompagné et suivi la conférence de M. Mage sur le Christ au vingtième siècle.

» Comme je suis votre ami, a dit en substance l'honorable juge Mathieu, je veux et je dois me permettre de vous dire des choses qui peut-être vous paraîtront désagréables. Je regrette que vous ayez cru

devoir, vous des étudiants canadiens français, vivant à Fombre du drapeau britannique, aller empêcher un conférencier d'exprimer librement ses idées.

» Messieurs, n'oubliez pas ceci : Il existe un droit des gens. Dans un Etat civilisé toute personne a le droit d'agir et de parler comme il lui plaît, pourvu que ses actes et ses paroles n'offensent point les lois établies.

» M. Mage avait le droit dans ce pays libre, d'exprimer librement sa pensée, la liberté en matière de religion étant reconnue par la loi du pays. Vous pouviez combattre ses idées par des idées supérieures, mais on ne combat pas l'erreur ni la vérité avec des fruits gâtés ni des œufs pourris. »

L'honorable juge Mathieu a ajouté qu'il regrettait beaucoup les manifestations faites par les étudiants devant les bureaux d'un journal du matin et plus encore les attentats à la propriété commis aux dépôts de ce journal dont les étudiants ont enlevé les bulletins^ ajoutant que ce n^était pas un moyen de se concilier la presse de Montréal, qui, jusqu'ici, s'était montrée pour eux fort sympathique.

Le II novembre, le Presbytère de Montréal^ légitimement indigné par la conduite des étudiants et l'attitude des journaux cléricaux, qui mentaient à pleines presses, se réunissait en une séance spéciale et après avoir publiquement donné son approbation à ce que M. Mage avait dit et fait, décida de présenter une pétition (Patrie du ii novembre 1905) aux autorités civiques pour faire mieux protéger les missionnaires des divers districts de Montréal. La résolution suivante fut adoptée :

« Le Presbytère de Montréal a appris avec une douloureuse surprise Tattaque brutale qui a été faite par une horde fanatique sur la personne de M. Mage, un de ses missionnaires, hier soir dans la salle de la mission, 259 rue Maisonneuve, attaque au cours de aquelle il a été fait de sérieux dégâts matériels et la vie de M. Mage a été mise en danger. Le Presbytère veut marquer son entière réprobation d'actes de ce genre de quelque sorte qu'ils soient ou de quelque source qu'ils viennent et demandent respectueusement au maire et aux conseillers de prendre des mesures qui empêchent qu'une telle chose se renouvelle. »

La presse française, qui était tenue de reproduire ces documents parus dans les feuilles anglaises, le faisait à contre-cœur et naturellement, dans le numéro qui suivait, essayait de couvrir de mensonges celui que les étudiants avaient voulu faire disparaître.

Comme c'était après tout une besogne malpropre que des journaux qui se respectent répugnaient un peu à faire, le Bulletin se chargea de l'impression des ordures et la pieuse feuille, qui paraît le dimanche seulement^ servit à ses lecteurs pendant plusieurs semaines les racontars les plus bêtes. On allait jusqu'à faire de M. Mage un fils naturel de feu le Père Chiniquy qu'on avait fait élever en cachette à Paris.

Un certain Gaston Lapierre, de Saint-Hyacinthe, étudiant à l'université Laval, profita d'une offre gracieuse du Nationaliste j encore un journal du dimanche, pour reproduire en les accentuant, les saletés du Bulletin et, le 19 novembre^ sous sa signature M. Lapierre s'essayait à justifier la conduite de ses camarades et

prenait à partie un monsieur Lafleur, catholique qui avait blâmé assez sévèrement leur intolérance.

Comme le NaUonalïstey qui avait besoin de lecteurs, s'était offert à publier les éléments du débat, M. Mage répondit d'un seul coup en envoyant à la feuille un article qu'elle publiait le 3 décembre dans sa tribune libre. Nous donnons ici ce document :

« Monsieur le Directeur du Nationaliste,

» Voulez-vous me permettre de solliciter de votre impartial amour de la vérité l'hospitalité des colonnes de votre estimable journal, afin de répondre très brièvement aux erreurs de quelques jeunes gens pour le moins mal informés ? S'il ne s'agissait que de ma personnalité je garderais le silence avec plaisir, car j'estime que c'est lui faire trop d'honneur que de relever les injures de celui qui s'embusque derrière les colonnes d'un journal pour insulter son adversaire. Malheureusement la vérité est encore plus maltraitée que moi et, elle ne peut pas se contenter du silence.

» Voici donc les faits qu'on a grossis ou dénaturés comme à plaisir.

» Au mois de mai dernier, je fis annoncer une conférence sur la faillite des religions. Le thème, m'a-t-on dit, prêtait à l'équivoque. C'est indéniable et c'était voulu. Mais suffit-il d'un titre pour juger d'une conférence ? Voici d'ailleurs dans ses grandes lignes toute mon argumentation : « Les adversaires de la foi chrétienne prétendent englober le christianisme dans la faillite générale où sont tombées les religions de l'antiquité. A certains égards de telles accusations sont fondées, car le christianisme même n'a pas tenu les promesses qu'il avait faites. La faute n'en est pas à la

l6o SECONDE PARTIE

religion chrétienne, mais aux chrétiens qui ont été par trop oubHeux des grandes leçons de Jésus-Christ. »

» La thèse est contestable, mais encore suffit-elle pour permettre les mensonges et les calomnies de MM. Lapierre, Dugas, Robichon, Renaud, Ménard et tutti quanti?

» On a écrit sur les deux conférences que j'ai données sur rinfaillibiUté du pape, des affirmations qui n'ont de valeur que pour les collectionneurs de contrevérités. Il est faux de dire que j'ai englobé tous les papes dans une même critique et que j'ai insulté le corps épiscopal du Canada. Tous les papes ne sont pas des Alexandre VI, et les évêques canadiens n^avaient rien à faire dans la discussion. Vous savez sans doute que ces conférences furent données parce qu'elles avaient été demandées par les étudiants euxmêmes. On m'assure que c'était un piège; c'est fâcheux pour ceux qui l'ont tendu et non pour celui qui s'y est laissé prendre.

» J'ai, dit-on, entravé la libre discussion. J'en appelle à la conscience des auditeurs impartiaux, ils étaient nombreux et je ne crains pas leur démenti. A la première conférence, les étudiants n'ayant pas complètement envahi la salle, tout marcha pour le mieux. Dès la seconde, les choses se gâtèrent et un mouvement étudiant hostile s'affirma ouvertement. Un contradicteur en profita pour faire en guise de réfutation des jeux de mots sur mon nom. C'était peu sérieux, vous en conviendrez, et j'étais dans mon droit dans la suite en prenant des mesures qui rendraient impossibles ces débordements spirituels? Je limitai donc le temps accordé à la contradiction en m'ap-

LA MOISSON LÈVE l6l

puyant d'ailleurs sur le raisonnement suivant : Un contradicteur n'est pas tenu de réfuter un à un tous les arguments du conférencier ; il sera plus fort même s'il sait sagement se limiter à une ou deux affirmations qu'il veut combattre. En se restreignant ainsi, si le contradicteur est vainqueur, s'il a convaincu d'erreur son adversaire, n'est-ce pas partie gagnée? Il lui est loisible alors, mais alors seulement, de jeter le discrédit sur toutes les autres affirmations qu'il n'a pas eu le temps d'examiner. Il paraît que j'avais trop compté sur la réflexion possible de mes contradicteurs. Je m'en excuse, mais ce n'est pas moi qu'on plaindra, je suppose?

» D'ailleurs, ce n'est là qu'une querelle d'Allemands; depuis j'ai laissé libre toute discussion à Empire-Hall et aux Eglises Saint-Jean, Taylor, toutes deux à l'est de la ville. On s'est bien gardé d'y venir confondre le conférencier qui s'était servi « de citations fausses » ou « dénaturées ». Il était plus chevaleresque d'envahir au nombre de cent trente étudiants une salle qui ne pouvait pas contenir plus de cent cinquante personnes, et une fois maître de la salle d'essayer d'y étrangler la vérité.

» Dans un pays où l'on sait quelle puissance magique ont certains qualificatifs, on cherche à donner le change sur le caractère religieux de mes conférences. On dit et on écrit que je suis un athée, un libre-penseur, et que sais-je encore? Faut-il relever de telles balourdises ? A qui en fera-t-on accroire ? C'est un fait pubhc que je rempHs ici les fonctions pastorales, et que toutes les chaires des temples français de Montréal et d'ailleurs me sont constamment offertes.

» Mais je tiens à aller plus loin. Le droit que j'ai de parler librement, on ne le défend pas seulement parce que je suis protestant et chrétien, j'aime à croire qu'il en serait de même si j'étais libre-penseur. La constitution britannique ne garantit-elle pas la pleine liberté de croyance ? Il est vrai que cette garantie est tempérée par une loi sur le blasphème et ce qui me surprend, c'est que ceux qui mentent en m'accusant d'avoir blasphémé ne se servent pas de la loi pour une fois à leur service. N'y a-t-il plus possibihté de prêcher l'Evangile au peuple, de discuter devant lui, et dans une langue qu'il peut comprendre, des opinions théologiques ou des affirmations dogmatiques, sans être menacé du sort réservé aux blasphémateurs? Je réprouve et je plains le blasphémateur et je ne vois pas ce que je gagnerais à l'imiter.

» Excusez-moi, monsieur le directeur, de n'avoir pas été moins long, mais « je ne puis autrement ». Pour ce qui est des autres points soulevés, la presque unanimité des grands journaux, condamnant la conduite de MM. de Laval, me vengent assez des injures et des mensonges.

» Les chiens aboient et la caravane passe. »

A cette lettre que les lecteurs jugeront, M. Lapierre répondit en déclarant que M. Mage était encore plus dangereux quand il écrivait que lorsqu'il parlait et naturellement il trempa de nouveau sa plume dans le vinaigre. Comptant que la direction du Nationaliste était acquise au service de la vérité, M. Mage répliqua. L'ordre de l'évêché était arrivé jusqu'aux bureaux du Nationaliste et celui-ci, peu désireux de se voir mis à l'index, n'inséra plus rien. C'est ainsi qu'on

entend la liberté de la discussion dans la province de Québec.

Les conférences protégées par la police continuèrent en dépit de l'obstruction et des sages objurgations du Bulletin^ qui imprimait, en lui donnant la valeur d'une lettre pastorale, les racontars d'un docteur à sa domestique [Bulletin du 19 novembre 1905) : « Un de nos médecins les plus distingués, qui demeure dans la rue Saint-Denis a donné à ce propos un bon conseil à sa servante : Ne vous laissez donc pas entraîner par le désir de voir ce M. Mage, comme tant de gens, c'est l'heure de prouver que la curiosité est un défaut plus répandu chez les hommes que chez les femmes. »

Un dimanche matin, dans toutes les chaires catholiques de Montréal on lisait une lettre pastorale que la Patrie a publiée le 19 novembre 1905^ menaçant d'excommunication tout catholique qui louerait même une chambre au conférencier Mage, le curé de Saint- L. en profita pour inciter la jeunesse à se débarrasser de la salle et du conférencier. Son conseil fut suivi et le lundi, en plein jour, une troupe de polissons, sous le regard approbateur de la foule, enfoncèrent les portes -de la salle de la rue Maisonneuve, brisèrent l'orgue et le poêle, firent main basse sur les livres qui se trouvaient là et disparurent sans être inquiétés le moins du monde. Averti par téléphone, M. Mage avisa immédiatement le chef de police, qui fit alors garder la salle nuit et jour.

Il fallait pourtant en finir avec cette résistance du conférencier qui n'avait pas peur des menaces et que des auditoires nombreux venaient écouter. Avant d'ouvrir la salle, M. Mage et le professeur Morin avaient eu

une entrevue avec Tarchitecte de la ville auquel ils avaient demandé une inspection des lieux, promettant de se conformer aux exigences de ce fonctionnaire en vue de la sécurité publique. M. Chaussé fit le nécessaire et autorisa l'ouverture de la salle après s'être assuré que ce qu'il avait conseillé avait été fait. Un ordre de Tarchevêché fut plus puissant que la loi qu'on avait scrupuleusement observée et, un soir, comme le conférencier arrivait pour un service habituel, l'agent qui était en permanence lui montra une affiche officielle qui déclarait le bâtiment dangereux. C'était la condamnation pure et simple de la salle de conférences et le chef de la police informa par lettre M. Mage qu'il allait retirer ses hommes.*

On chercha en vain un autre local, l'intimidation avait fait son œuvre. Dans les temples de Saint- Jean et de la Croix on continua l'œuvre commencée et qui avait déjà donné des résultats pratiques, deux familles s'étaient attachées à une Eglise protestante, les esprits s'occupaient de questions religieuses, dans les églises on sentait la vie s'intensifier, mais le public qu'on voulait atteindre venait en moins grand nombre, les pasteurs ne pouvaient pas supprimer leurs services réguliers pour donner leur temple aux heures les plus convenables. Cet état de choses ne pouvait pas se prolonger. Il dura cependant plusieurs mois et le docteur Coussirat disait lui-même : « Nous devons à l'œuvre qu'a commencée M. Mage le réveil de nos services du dimanche soir à l'église Saint- Jean. »

Les esprits avaient été ébranlés, partout et dans tous les milieux on causait des questions religieuses et chacun risquait son opinion personnelle. Le Globe

de Toronto défendait les vues de son Eglise, le Telegram prenait la contre-partie et rappelait non seulement r« Affaire Mage » mais aussi r« Affaire de F Armée du Salut », qui avait fourni à un juge catholique l'occasion de prononcer une sentence, en déclarant qu'il était légal pour un catholique romain d'entrer dans un lieu de culte dissident pour inviter les catho- Uques qui se trouvaient là à sortir. M. le pasteur A. Therrien, qui avait été plus ou moins directement pris à partie à propos d'un rapport de l'œuvre de la Mission de la Grande-Ligne, répUquait au Globe, qui avait vanté la religion des cathohques romains et déclaré inutiles les missions protestantes : « Si les catholiques romains sont aussi bien instruits des vérités de l'Evangile que l'article le laisse entendre et si leurs chances de salut sont tout aussi bonnes que celles des protestants, pourquoi, au nom du sens commun, le rédacteur du Globe et les deux cent millions de protestants dans le monde se tiennent-ils séparés de l'Eglise mère, et perpétuent-ils aussi inutilement et méchamment ce schisme scandaleux dans l'Eglise chrétienne? Si le romanisme est assez bon pour les Romains, n'est-il pas aussi bon pour les protestants ? Bien plus, d'après cet étrange raisonnement, la Réforme du XVP siècle n'a pas été seulement une immense bévue, mais le crime le plus noir contre la religion et la société. >>

\J Aurore publiait sous la signature du docteur Coussirat : « Pourquoi l'archevêque de Montréal n'a pas condamné publiquement les perturbateurs de M. Mage. » Il en donnait les raisons suivantes : Dans sa lettre adressée à tous les patriarches^ primats, archevêques et évêques en communion avec le saint-

l66 SECONDE PARTIE

siège apostolique (Rome, le 8 décembre 1864), le cardinal J. Antonelli écrit en ces termes : « Notre Très Saint Père Pie IX... n'a cessé... de réprouver et de condamner les principales erreurs, fausses doctrines et hérésies de notre très malheureuse époque... »

Le Syllabus, qui accompagne cette lettre, est une sorte de mémento des erreurs que le dit pape a condamnées, non sans raison quelquefois.

Mais ce ne sont pas seulement les libres-penseurs que le Syllabus réprouve, c'est toute pensée libre.

« Erreur de prétendre que le protestantisme n'est qu'une autre forme de la même véritable religion chrétienne, forme dans laquelle les hommes peuvent aussi bien plaire à Dieu que dans la religion catholique. » (Article 8.)

Les sociétés bibliques mises au même rang que le socialisme, le communisme, les sociétés secrètes et les sociétés clérico-libérales y sont appelées des pestes, en latin pestes. (Même article.)

» Erreur de dire que l'Eglise n*a pas le droit d'employer la force matérielle ». (Article 24.)

Voilà qui permet l'emploi des fruits gâtés et des œufs pourris et de faire pis encore, si on le peut.

Enfin, — et l'article 80 résume tout. — « C'est une erreur d'affirmer que le pontife romain peut et doit se réconcilier et s'entendre avec le progrès, le libéralisme et la civilisation modernes. »

Il y a donc un duel à mort entre l'Eglise romaine et la civilisation moderne, duel engagé en France où l'Etat l'emporte pour le moment, duel qu'aucun peuple catholique avec des aspirations libérales ne peut éviter.

L'Avenir du Nord, et le samedi, presque toutes les feuilles, libérales ou non, faisaient une place aux choses religieuses et il était permis d'espérer quelque chose de toute cette agitation.

Tout à coup, on apprit que Sarah Bernard allait venir à Montréal pour y jouer La Sorcière, de Sardou. En temps ordinaire, on se fût contenté de donner toute son admiration à la grande tragédienne, mais venir jouer La Sorcière quand on était en plein dans les discussions religieuses, l'archevêque ne put pas l'admettre et comme il ne pouvait faire arrêter l'actrice au port de débarquement, il interdit sa pièce, « un mensonge destiné à ridiculiser la religion catholique ». La Presse et la Patrie suivaient l'archevêque et pendant quelques jours on s'occupa des auteurs qui travaillaient à ruiner la foi des catholiques.

Comme il avait paru bon à la Presse et à la Pairie de justifier les crimes de l'Inquisition, M. Mage donna sur ce sujet, dans l'église Saint-Jean deux conférences qui pouvaient être suivies d'une discussion. Personne ne se présenta pour discuter ses affirmations qu'il justifia en donnant des textes qu'il demanda à ses auditeurs de prendre en note afin de les vérifier. La Gazette, un journal anglais du matin, donna de ces deux conférences un compte rendu impartial et les organes de l'archevêché n'ayant rien à dire, puisqu'on les mettait en présence de sources que chacun pouvait vérifier, imprimèrent que « M. Mage s'était servi d'ouvrages hostiles à l'Eglise ».

Enfin le jour de la représentation arriva; il avait été précédé d'un mandement épiscopal faisant défense aux catholiques de se montrer ce soir-là au théâtre.

l68 SECONDE PARTIE

Plusieurs fidèles sujets de sa Grandeur (?), pour faire preuve de docilité, envoyèrent au palais épiscopal les billets qu'ils s'étaient presque arrachés aux guichets de location. On se demandait quel auditoire serait celui qui viendrait applaudir Sarah Bernard et Sardou. Au soir fixé, le théâtre était comble et le Canada, par maHce, publiait le lendemain matin le nom des personnes présentes les plus connues du monde cathoHque. Ces fidèles avaient bien mis leurs tickets à la disposition de l'archevêque, mais ils n'avaient pas renoncé à entendre la pièce condamnée.

Des journalistes firent visite à la tragédienne et l'interrogèrent sur le Canada. M"'^ Bernhard eut le courage de dire ce qu'elle en pensait ; elle prit le parti du conférencier qu'on avait reçu avec des œufs et du même coup se fit une mauvaise presse : « Cette juive qui se mêlait de juger la sainte Eglise. » Les gens de Québec, des étudiants, s'il vous plait, se chargèrent bien de le lui dire quand elle arriva dans la capitale de la province. Elle fut houspillée et elle aussi connut les œufs, les fruits gâtés et les injures. C'en était trop ; tous les journaux blâmèrent pareil fanatisme et le gouverneur de la province invita la tragédienne chez lui.

On le voit, l'heure était propice pour faire une œuvre d'évangélisation intensive. Malheureusement, si on avait le conférencier, on manquait de local et le comité n'osait pas faire un effort spécial pour profiter des circonstances. M. Mage continua dans les temples parlant tantôt ici, tantôt là, ce qui décourageait visiblement le conférencier et les auditeurs. Sur ces entrefaites, l'Eglise de jLowell, vacante par la démis-

sion de M. T. G. A. Cote, adressa un appel à M. Mage. C^lui-ci, ayant mis le comité en demeure de se prononcer, ne fut pas satisfait de la réponse qu'on lui fit attendre et accepta Tappel.

Cen fut fait des conférences. D'autres s^y essayèrent, mais leur tâche pastorale les absorbait suffisamment et ils ne purent pas donner à ce travail spécial tout le temps nécessaire, il fallut y renoncer.

Il faut avoir le courage de reconnaître que ce fut une erreur; nous avons manqué une occasion qui pourrait bien ne pas se renouveler de si tôt.

Cependant il s'était fait un travail sérieux; plusieurs des pasteurs de la ville reçurent des visites ; on voulait en savoir davantage et quelques familles s'intéressèrent aux choses de l'Evangile.

Il conviendrait de reprendre cette œuvre et de la reprendre si possible avec le concours de toutes les œuvres missionnaires, car elle serait profitable pour toutes. L'idéal serait la construction d'une maison du peuple dont on louerait le rez-de-chaussée pour des magasins et quelques appartements pour des bureaux, ce qui couvrirait aisément les dépenses et donnerait des intérêts suffisants pour faire de l'entreprise une bonne affaire commerciale. On pourrait alors avoir toute une série d'œuvres à ajouter à celle des conférences populaires, salle de lecture, bureau de placement, dispensaire, etc., etc. Pour cela^ il ne faut qu'un peu de foi en l'avenir, et cette foi Dieu la donnera si les chrétiens savent s'unir pour la demander.

Les disséminés.

En 1872, à la suite de travaux aussi intelligents que persévérants, M. François Xavier Smith, pasteur, vit son travail à South Ely vraiment béni, il put organiser une Eglise composée de témoins fidèles, qui depuis ont honoré leur profession. Elle est aujourd'hui

composée de familles qui recommandent l'Evangile par leur piété. Les frères Jousse, d'origine française M. O. Therrien, N. Grégoire, ancien prêtre et auteur de plusieurs traités de controverse, et M.

Tréflé Brouillet ont successivement occupé ce « champ »

et y ont laissé de précieux souvenirs.

Saint-Constant^ dont il a déjà été question, a grandi en importance depuis la conversion des familles Bruneau et tout récemment a construit une jolie chapelle évangélique dont l'œuvre est confiée à la direction de M. le pasteur Tremblay.

A Roussillon, à six milles au nord de Lachute, M. White vient d'organiser des cultes qui sont généralement bien suivis par une congrégation mixte.

Roxton-Pond, résultat du réveil des premiers jours, a aussi sa chapelle fréquentée par une des plus nombreuses congrégations des cantons de l'est. Une fabrique d'outils récemment installée sous la directionde M. Bul-

Tréflé Brouillet.

S. Bullock.

lock^ a attiré dans ce village de nombreuses familles, qui sont venues grossir le noyau primitif.

Les congrégations que nous avons mentionnées et qui sont organisées en églises dans les divers champs des missions, ne représentent pas tout le travail qui se fait et ne montrent pas tous les résultats obtenus. Au nord et au sud du Saint-Laurent le protestantisme français compte bien des familles isolées qui ont été amenées à la connaissance de TEvangile, tantôt par des colporteurs, tantôt par les étudiants en théologie qui consacrent

leurs vacances à ce travail. De plus, ils rencontrent souvent des familles anglaises qui, isolées et abandonnées, se refroidiraient et risqueraient de se laisser entraîner par leur entourage catholique romain. La visite inattendue d'un missionnaire les réveille et en fait souvent des auxiliaires. C'est ainsi que les familles Mac Laren, à Port au Persil, devinrent des aides précieux pour ouvrir une mission et construire une chapelle. M.

Samuel Bourgoin pasteur, qui en avait la charge, a été malheureusement empêché par la maladie de continuer son travail.

M. le pasteur Ménançon, mainte-

Samuel Bourgoin.

* Député au Parlement de Québec.

nant pasteur à Saint-Damase, a fait ce travail durant toutes ses vacances. Il a été le moyen d'introduire l'Evangile dans quelques familles. A Dequen — par allusion aux De Caens, des huguenots , — la semence e st tombée dans une bonne terre, ainsi qu'à Tadoussac, à Chicoutimi, à Roberval, à l'Ans, à

J Sainte-Catherine, à la rivière aux

\ Canards. C'était dans les années de

^P|g 1894 à 1898. Plus tard il porta ses ^ Mm P^^ ^ Saint-Cyprien, dans le comté flH de Témiscouata, où MM. Brandt et l|H Abram l'avaient précédé quelques ^— " années auparavant. Pourquoi s'é-

M. Ménançon. taicnt-ils arrêtés là plutôt qu'ailleurs? Ce sont là des mystères dont Dieu seul a le secret. Rien de particulier pour les attirer et les y retenir; pas une seule famille n'avait exprimé le désir de voir un missionnaire ; et pourtant ils s'y arrêtèrent, comptant sur les promesses de Dieu, qui ne permit pas que sa parole retournât vers lui avant d'avoir produit quelque effet. Ils entreprirent la construction d'une chapelle dans laquelle une cinquantaine de personnes vinrent entendre la bonne nouvelle. Dans le courant de la même année,- le missionnaire eut la joie d'être l'instrument et le témoin de trente-six conversions, auxquelles vinrent s'en ajouter d'autres dans la suite. La joie ne fut pas sans mélange. Ces conversions isolées ou groupées dans des paroisses toutes catholiques éveillent toujours des sentiments hostiles; comme si une majorité avait le droit d'imposer ses convictions religieuses à une minorité; comme si la conscience individuelle n'était pas ce qu'il y a de plus sacré en nous ;

comme si elle n'avait pas le droit et le devoir imprescriptible de nous diriger. Il s'ensuit que la situation faite aux convertis devient pénible, souvent insupportable ; heureux sont-ils quand ils ne sont pas boycottés. C'est ce qui arriva à ce petit troupeau de Saint- Cyprien. Ces chers amis disposèrent du mieux qu'ils purent de ce qu'ils possédaient et se dispersèrent dans le pays, dans les grands centres et dans les provinces nouvelles. Ils ne sont pas perdus pour le protestantisme, puisque, mieux entourés^ ils se fortifient dans leurs convictions nouvelles. Mais nous ne pouvons que regretter ces désertions ; comme des flambeaux au milieu des ténèbres, ils auraient rendu leur témoignage à la lumière ; qui les blâmera ? N'est-il pas de leur devoir de chercher à améliorer leur position et de préparer à leurs enfants un meilleur avenir ?

La bénédiction de Dieu a reposé sur les travaux de M. Ménançon. En 1900 il visita Saint-Alexis de Métapédia, A ses appels, il y eut une dizaine de familles dont les membres adultes reçurent la grâce du salut. Ce mouvement religieux a donné à notre Eglise presbytérienne, un pasteur et a fourni aux Instituts de la Pointe-aux-Trembles, des catéchumènes intéressants et d'excellents élèves.

Sainte-Sophie, Pierre Baptiste, Saint- Vallier, la Rivière-du-Loup, sont des centres d'action missionnaire dans lesquels travaille doucement l'Esprit du Seigneur. Il y a des âmes qui sont passées à la lumière et dont la vie rend témoignage à la puissance transformatrice de l'Evangile, ce qui constitue certainement une puissante prédication.

Une autre année, Brandt et Abram, voulant utiliser

leurs vacances, firent des excursions missionnaires dans le même comté de Témiscouata, s'arrêtèrent à Saint-Eusèbe où ils se concilièrent, en dépit du curé^ la bienveillance de plusieurs familles qui exprimèrent le désir d'avoir au milieu d'elles un missionnaire. Un ouvrier travaillant dans le voisinage en donna avis. Aujourd'hui M. N.-N. Aubin fait une bonne œuvre dans l'endroit.

Partout, en bas de Québec, on a gardé le souvenir du père Chiniquy ; partout on parle encore de l'apôtre de la Tempérance ; les vieux se rappellent surtout sa conversion et soit qu'ils la considèrent comme un scandale, soient qu'ils y voient un grand acte de courage inspiré par une conscience qui ne voulut plus mentir, elle les a fait réfléchir et des réflexions qu'elle fait naître^ il en résulte souvent du bien. Quoique mort, Chiniquy parle encore.

Cette œuvre qui se fait après sa mort, il l'avait commencée dans les dernières années de son pèlerinage terrestre. En séjour à Elgin Road, dans la campagne de Beau-Séjour, Chiniquy aimait à recevoir des visiteurs ; il avait pour les âmes qui avaient soif de vérité une affection toute spéciale. Aussi dès qu'il se trouvait en présence de l'une d'elles, il lui parlait du don de Dieu de la personne du Sauveur. Ces entretiens qui se renouvelaient chaque année, à la belle saison, devaient tôt ou tard donner des résultats. Une chicane locale vint avancer l'heure probable de la moisson.

Il fallait construire une église paroissiale et comme cela arrive souvent, c'était à qui pourrait avoir l'édifice le moins éloigné de chez soi. Le Canadien

catholique a pour son église un culte qui tient du fétichisme. Le différend fut tranché par le curé et comme il n'était pas possible que sa décision pût contenter tout le monde, il y eut des mécontents. Ceux-ci « pour faire une farce au curé » décidèrent d'appeler un pasteur protestant, il pourrait les instfuire. On connaissait la maison Morin sur laquelle planait le souvenir de Chiniquy ; c'est vers elle qu'on se dirigea.

Ayant entendu leurs plaintes, Morin ne crut pas devoir se refuser à l'invitation qui lui était faite et pendant dix semaines, lui, qui était venu à la campagne pour se reposer, fut l'évangéliste de ces « révoltés », qui pour recevoir le protestant avaient aménagé un local dans une maison particulière. Ceux qui liront ces lignes auront de la peine à comprendre l'effort qu'avaient dû consentir ceux que le curé appelait les « révoltés » ! Jusque-là, on leur avait enseigné au nom de l'Eglise, qui ne peut se tromper, que les protestants exigeaient de leurs prosélytes de bien étranges cérémonies. Ils croyaient sur la foi des affirmations du curé ou de sa servante, que les protestants foulaient aux pieds et jetaient dans le feu le signe de la rédemption. Essayez de comprendre ce qui se passait dans les cœurs, lors du premier service que présida le « protestant » ! Mais quand le service fut achevé^ quelle joie ! Le pasteur n'avait-il pas invité à la prière ! Il avait parlé de l'Eglise universelle, de la communion des saints, du Seigneur Jésus, voire même de la Vierge Marie ! Certainement le curé les avait trompés, il s'était moqué d'eux et cette découverte ruina ce qui lui restait alors d'influence.

Quelques timides firent semblant de rester fidèles ; mais dans la suite^ plus de vingt familles se détournèrent du curé qui leur avait menti. « Il nous a trompés » î Ce fiit une pénible découverte, et les services du dimanche se continuaient, devenaient plus nombreux chaque fois.

Vers la fin de son séjour, M. Morin invita le surintendant des missions françaises, M. S.-J. Taylor, afin qu'il pût voir de ses propres yeux ^ %â-^î et le travail qui s'était fait et celui êÊ^ \ qu'il serait possible de faire avec ^Ifellkl l'aide de Dieu. C'était pour le di- ^^^Bw s xième service que M. Taylor avait ^^^^HH été appelé. Grande fut sa surprise ^^^^H^H quand il se trouva devant une as- 1^ — ^^^^^^"1 semblée de plus de cinquante adultes écoutant comme des enfants une prédication qui leur était si nouvelle. Non seulement on écoutait de tout cœur, mais on chantait aussi sous la conduite de M""^ Morin ^ et on chantait fort bien. C'était une leçon de choses et sur-le-champ on décida de ne pas abandonner ces frères ; un foyer nouveau allait s'ouvrir dans la province de Québec.

M. Morin devait retourner en ville, il fallut lui donner un successeur. On choisit pour ce ministère spécial, M. le pasteur Lapointe ; il accepta de grand cœur ce poste d'honneur qu'on lui confiait et il fit si bien qu'il réussit à ne compter que des amis même dans les rangs de ceux qui étaient restés fidèles au curé.

S.-J. Taylor.

^ Fille aînée de feu M. Chiniquy.

Un jour, Lapointe reçut une visite dont il a gardé un fort agréable souvenir. Elle lui fit oublier, dit-il, bien des fatigues. C'était un catholique ; il venait offrir gratuitement un terrain assez vaste pour qu'on puisse construire une église et installer un cimetière protestant. Naturellement, l'offre fut acceptée avec reconnaissance et le comité qui fut chargé de ratifier rengagement conditionnel de son agent en fut grandement encouragé. Des dons en espèces arrivèrent. Il en vint d'Angleterre et d'Ecosse ; on ne les avait pas sollicités, et ce fut ce qui décida à commencer une construction. L'emplacement choisi pour le temple et pour le cimetière dépendait d'une belle propriété rurale qui se trouvait justement en vente et du coup, on eut église à construire, cimetière à préparer et logement passable à aménager pour le missionnaire : il devenait ainsi, un peu malgré lui, missionnaire fermier.

M. Lapointe, qui avait vu tout de suite la valeur du champ ouvert par l'Esprit de Dieu, ne voulut pas cumuler ; il donna tout son temps à l'œuvre d'évangélisation et confia la culture à un fermier qui fit pour le mieux.

Aidé des secours qui arrivaient de divers côtés, soutenu par un fort subside du comité de la commission d'évangélisation de l'Eglise presbytérienne, M. Morin décida son monde à entreprendre la construction d'un temple. Les fidèles fournirent leur travail et quelques dollars, et les sacrifices personnels unis au bon vouloir du comité et de quelques amis permirent d'atteindre le résultat définitif.

Quand tout fut à peu près terminé, on songea à l'inauguration de ce nouveau temple, c'était en juillet.

M. le pasteur A. Mage qui venait de donner une série de conférences à Québec était en villégiature chez M. Morin, dont il était l'invité. Il était là pour se reposer, mais il donna son temps à la congrégation qui mettait la dernière main à son temple et aidé de M. Lapointe, de M""^^ Morin et Lapointe, il décora l'intérieur de la chapelle en y disposant des textes bibliques.

L'emplacement du temple avait été admirablement choisi. Du perron du temple la vue s'étend sur une vallée fertile. Tout au fond le regard s'arrête sur le majestueux Saint - Laurent, plus loin encore, sur la rive nord, la chaîne boisée des Laurentides s'élève et découpe sa silhouette dans un ciel bleu.

Le jour de l'inauguration fixé, on vit arriver des voitures bien avant l'heure convenue et, descendus de leurs équipages, amis et curieux, se mirent à causer et à admirer, car on avait décoré le temple même à l'extérieur.

A deux heures, le cortège des pasteurs se met en marche, on part du presbytère pour aller au temple. Le prédicateur du jour est en robe; à ses côtés marche M. Lapointe, puis les pasteurs : M. Taylor, portant la Bible que tout à l'heure il déposera solennellement dans la chaire de l'Eglise, M. Morin, tout heureux de voir le résultat de son travail^ et M. Joliat, qui arrive de Saint-Vallier.

On comptait sur d'autres présences pastorales ; mais un dimanche, compter sur des pasteurs, c'est s'exposer à des déceptions; c'est ce qui arriva. M. Mage, venu à Beau-Séjour pour se reposer, fut choisi près-

que à la dernière heure, pour prendre la parole dans une circonstance aussi solennelle.

Les pasteurs ayant pris place, le silence se fit et M. Lapointe ouvrit le service au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; puis l'assemblée composée de cent cinquante auditeurs, entonna un chant. L'ordre du service, celui indiqué par la liturgie de TEglise Réformée de France, avait été imprimé sur des feuilles^ — souvenir qu'on distribua aux personnes présentes.

Puis M. Taylor déposa la Bible sur la chaire et, — visiblement ému, — prononça les paroles suivantes : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Délégué par l'Eglise Presbytérienne du Canada, nous consacrons ce temple au culte en esprit et en vérité. Nous déposons ici cet exemplaire des saintes Ecritures qui constituent pour nous, l'autorité souveraine en matière de foi et nous demandons à Dieu que l'enseignement qui descendra de cette chaire soit toujours conforme à la vérité révélée, contenue dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Seigneur, sanctifie pour nous ta parole ; ta parole est la vérité ! Amen. »

M. A. Mage avait choisi pour texte ces paroles de Zacharie I, 5 : « Vos pères, où sont-ils? » et Apocalypse II, 10 : « Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de vie ». Nous ne pouvons reproduire le plan de son discours. Mais ceux qui connaissent notre ami pressentiront ce qu'il a pu dire dans une occasion si émouvante ^

Au nord le protestantisme compte quelques congre-

* D'après un compte rendu paru dans V Aurore et signé A. M.

Samuel Vernier.

gâtions bilingues sous la direction de M. Samuel Vernier, fils de Jean Vernier, dont nous avons raconté la fin douloureuse avec le naufrage de V Annie- Jane.

New Glascow, Shawbridge, Saint-

Hippolyte et Sainte-Sophie constituent son champ de travail.

Arundel est un autre champ bilingue, où travaille M. le pasteur J. B. Sincennes. Son activité a été particulièrement bénie ces dernières années ^

En allant au sud nous trouvons d'autres stations où habitent de fidèles représentants du protestantisme : Scottstown^ North Ham visités par M. Mousseau, Saint-Guillaume, Saint-Barnabe visités par M. Joliat '.

Saint-Hilaire, Sainte-Angèle, Saint- Rémi, Sainte-Brigitte, Chambly, Stanbridge un peu abandonné et Valeyfield sous les soins de la commission d'évangélisation presbytérienne.

Et que dire de ces centaines de j..b. sincennes. familles de jeunes gens, de jeunes filles souffrant de l'isolement et d'un boycottage moral et souvent commercial qui ont passé la fron-

^ Plusieurs familles converties du catholicisme dans les vieilles paroisses jugèrent qu'il était dans leur intérêt de se fixer dans un endroit plus sympathique, moins exposé à la persécution. Elles trouvèrent au nord de Namur dans les montagnes une vallée bien boisée^ — mais d'un sol vraiment riche, — à quelques milles d' Arundel; elles s'y établirent. L'endroit, aujourd'hui défriché et dans un état de culture avancée, porte le nom de « Rouge vallée ». Il s'y trouve chapelle et école, tout annonce la prospérité et l'harmonie.

LA MOISSON LÈVE l8l

tière et sont allés former des groupes de protestants dans la Nouvelle-Angleterre.

Des circonstances particulières dirigèrent vers eux, M. Thomas G. A. Côté. Il naquit le 21 octobre 1842, -rà Saint- Jean-Baptiste Ile-Verte, — vint étudier dans le collège de Saint-Laurent ; il le quitta avec quelques autres de ses condisciples écœurés par des mœurs épouvantables, il vint à la Pointe-aux-Trembles, étudia sous la direction du professeur Coussirat, fut consacré au saint ministère en 1871. Après avoir travaillé à Chicoutimi où il fit construire un joli temple; il crut devoir s'intéresser à ses compatriotes émigrés aux Etats-Unis ; il les suivit, les groupa, grâce au concours de Tœuvre des Missions intérieures du Massachusetts; et organisa une douzaine de groupes ou congrégations ^

M. Côté en vue d'assurer Tavenir de Tœuvre qu'il avait fondée, ouvrit un collège pour préparer des jeunes gens au saint ministère et donner aux convertis une bonne instruction religieuse. Il croyait à l'avenir de l'œuvre française aux Etats-Unis. Pour le seconder, il appela son beau-frère, M. le pasteur Amaron, alors pasteur de l'Eglise presbytérienne anglaise de Trois- Rivières. Le collège ouvert à Lowell fut, quelques années après, transporté à Springfield, où, grâce à

^ Celle de Lowell en 1877 où il érigea un temple en 1880. Nommé missionnaire général en 1884, il organisa les congrégations de Springfield occupé par M. le pasteur Provost; Ware, où travailla M. L. E. Rivard; Holyoke, où travaillèrent successivement MM. Vetroli, Bruneau et Lods; Fall River où M. le pas: teur S. P. Rondeau réunit une belle congrégation ; Spencer. En 1888, Marlbors, Haverhill et Pittsfield en 1889. Ces champs n'ont pas tous donné ce qu'on en attendait. Peut-être comptaiton plus sur les legs en argent que sur l'Esprit de Dieu. L'argent est utile, l'Esprit de Dieu est indispensable au succès d'une œuvre missionnaire. Et puis les hommes manquent souvent.

l82 SECONDE PARTIE

Finitiative de l'un et à Ténergie de l'autre, on eut un établissement bien aménagé dans lequel se sont formés des pasteurs et des hommes qui ont su se distinguer dans des professions libérales.

Pour occuper les étudiants, on fonda un journal, qui était imprimé au collège. L'Etat conféra à la faculté du collège le droit de délivrer des grades universitaires : baccalauréat, licence et doctorat.

L'institution avait déjà donné des fruits quand M. Amaron fut appelé par l'Eglise Saint-Jean de Montréal. En perdant son directeur, le collège changea d'orientation et devint une institution ouverte aux nombreux émigrants sous le nom de Collège International ^

Nouveaux champs.

L'une des ambitions des missionnaires est de grouper les convertis en EgHse, d'en faire des centres de lumière et de vie chrétienne. Ils ont réussi dans une certaine mesure; mais ils ont rencontré une foule d'obstacles provenant des circonstances particulières où nous sommes. Dans un pays en état de formation comme le nôtre qui offre tant d'avantages aux familles

^ Les dernières années de Côté furent des années d'épreuve. La maladie qui devait l'emporter ne lui laissait guère de repos. Il aurait voulu travailler encore; il se traînait aux assemblées de l'Union pastorale. Il se faisait quelquefois violence et à force d'énergie, il parvenait à dompter la douleur. Alors il reprenait ■courage.

« Nous sommes trop près de sa tombe, disait son ami Provost, pour hasarder un jugement quelconque sur sa vie, son caractère et son œuvre. Il avait ses amis et ses ennemis. Il n'était pas sans défaut ni sans tache. Ces hommes-là n'habitent pas notre « pauvre monde ».

nombreuses en quête de situations pour leurs enfants, la stabilité laisse toujours à désirer. Les familles qui se déplacent sont souvent absorbées par les Eglises américaines ou anglaises.

Depuis cinq ou six ans que les nouvelles provinces du Manitoba, Saskachewan, Alberta, la Colombie Anglaise sont ouvertes à la colonisation, il s'est établi un courant d'émigration fort encourageant venu de la Belgique, de la Suisse et de la France. Bon nombre de nos familles canadiennes ont suivi et sont établies dans plus de six endroits différents : Red Deao Alta, Edmondton, Pinto, Vancouver, Alsic Vallée et Cold Lake au pied des Montagnes Rocheuses. Quelques familles isolées se sont mêlées à des colonies de langue anglaise; espérons que ces divers groupements deviendront des centres d'action missionnaire, ce qui nous consolera de leur éloignement. Mais cette dispersion rend le travail difficile. Nos frères, M. le pasteur Samuel Rondeau et F. Therrien de Mac Carter Sask. en savent quelque chose; les longues courses à cheval à travers les prairies pour visiter les familles dans leur « shack-hutte » provisoire en attendant une demeure plus confortable, ou dans la maison que la civilisation plus avancée a permis d'élever.

On comprend les merveilleuses perspectives offertes par ces vastes provinces dont le sol vierge et fertile attire chaque année un demi-million de colons. Déjà trois miUions sont à l'œuvre; des villages et des villes sortent de terre en quelques mois; trois grandes lignes de voies ferrées avec leurs nombreuses bifurcations; apportent les approvisionnements et exportent les produits. Que sera-ce dans un demi-siècle,

quand cinquante à soixante millions d'habitants auront cultivé ces vastes territoires, exploité les riches forêts de la Colombie et les nombreuses mines de charbon, d*or et d'argent. Que sera-ce ? Il est difficile de préciser; mais il n'est pas nécessaire d'être prophète pour entrevoir un avenir prospère. Avec la fécondité de notre race, des milliers et peut-être des millions de Canadiens français mêlés à ces millions de toutes origines, que deviendront-ils? Entre les mains d'un clergé étroit dans ses vues, exclusif dans ses aspirations, on le devine. Et voilà ce qu'il faut prévenir. Nous le préviendrons en mettant l'Evangile entre les mains de nos compatriotes, en les instruisant dans des écoles communes. Ne les séparons pas de la grande masse de la population. Tout en conservant leur langue, que les enfants s'asseyent sur les mêmes bancs avec leurs petits camarades, qu'ils apprennent à se connaître et à s'estimer, avant d'entrer dans la grande lutte de la vie. Leur intelligence développée et imprégnée des grandes vérités de l'Evangile, nous assure un bel avenir ; ils sauront se faire une place honorable dans le pays. Mais quelle responsabilité pour nous chrétiens ! Ne prendrons-nous pas notre part du travail de Tévangélisation dans ces moments importants de formation ? Nous sommes heureux d'avoir un homme comme M. Rondeau faisant les fonctions de missionnaire au miHeu d'eux, mais qu'est-ce qu'un homme dans une étendue de deux millions de milles carrés? Ne nous décourageons pas pourtant, Dieu règne, il saura diriger les événements pour sa gloire. Notre pays a un bel avenir, notre climat préparera une race forte et énergique qui mettra à profit les incalculables

ressources du sol, des mines et des forêts. Puisse-telle ne jamais oublier les trésors qui ne se rouillent paset ne se peuvent dérober ! Puisse-t-elle ne pas oublier que c'est en vain qu'on se lève matin et qu'on se couche tard si la bénédiction de Dieu ne repose pas sur le travail accompli!

Un vieux nid.

C'était l'automne dernier, dans l'exercice de mon ministère, je me rendis à Belle-Rivière. Ce nid où les Amaron et les Vernier ont fait leurs premières armes^

Eglise de Belle-Rivière.

OÙ les Doudiet et les Amis ont travaillé; j'ai revu cette maison longtemps habitée par les Snowdon qui les avaient si chaleureusement accueillis, ce ruisseau dont les eaux ont si souvent animé les meules du moulin ; j'ai retrouvé les humbles demeures qui ont abrité les courageux pionniers de la mission. En apercevant de loin le clocher de l'église la plus vieille

de la mission, j'ai

éprouvé une vive émotion, j'ai revu ce passé déjà si lointain, ces nobles figures disparues de la scène et dont quelques pierres funéraires rappellent seules le souvenir. Les arbres dépouillés de leur riche feuillage laissaient à découvert les nids abandonnés ; les oiseaux s'étaient enfuis vers des régions plus douces en attendant le retour du printemps. Où sont ces fidèles confesseurs de Jésus-Christ ? J'ai retrouvé leurs fils et leurs petits-fils, mais, eux, les pères ont quitté le nid pour un monde meilleur, ils respirent une atmosphère de paix et de bonheur. J'ai vu à côté de l'église une maison d'é.cole où quelques enfants de la paroisse

Seconde maison de Belle-Rivière.

se réunissent dans la bonne saison. Mais dans l'auditoire que de vides ! J'aurais tant voulu y retrouver les amis de la côte double ; ne désespérons pas pourtant, Belle-Rivière verra son printemps et ses oiseaux revenir au nid ; alors sa jolie église se remplira et les enfants égaieront les parterres de leurs chants joyeux.

Toutes les conversions se ressemblent, parce qu'elles aboutissent aux mêmes résultats, mais toutes ne se produisent pas de la même manière.

Celle de Basile Piché est spécialement intéressante. Père d'une belle et nombreuse famille de dix-sept enfants, de cent huit petits-enfants et soixante-dix arrière petits-enfants, soit un total de cent quatre-vingt-onze descendants dont quarante-trois sont morts avant Taïeul.

Doué d'une inteUigence peu commune, et d'un jugement sain, Basile Basile Piché. Piché n'était pas homme à reculer devant le devoir. Mis en éveil, il étudia les questions controversées, puis une fois au clair, il abandonna la religion catholique pour accepter comme seule règle de foi la Parole de Dieu.

Ce changement ne s'opéra pas sans luttes. Ce fut Louis Marie, qui, le premier, s'arrêta chez Basile Piché de la Côte Saint-Jean, près de Sainte-Scholastique. ]y[me Marguerite Piché, née Riopel, le reçut fort mal. Elle alla même jusqu'à le frapper de son balai et ne lui épargna pas les injures.

Quelques mois plus tard, le même missionnaire,, Louis Marie passait devant la maison; M'""" Piché l'aperçut et courut au devant de lui, elle Tinvita à entrer, le rassurant et lui demandant pardon avec larmes des insultes dont elle Tavait abreuvé. Voici ce qui s'était passé. Dans l'intervalle, Daniel Amaron de Berthier s'était arrêté chez M. Piché, lui avait expliqué la Parole avec tant de douceur que Basile Piché se sentit obligé de l'écouter.

La comparaison des passages de l'Evangile contenus dans son livre de prières avec la bible que lui

A. Dorion. O. Labelle.

offrait M. Amaron, fut comme un trait de lumière- Madame écoutait et le jour se fit dans ces deux âmes droites. Leur conscience ne put résister à l'appel de Dieu. Dieu seul Connaît ce qui se passe dans l'âme de ceux qu'il appelle ainsi : les souffrances et les angoisses, les prières et les heures passées devantcette bible ouverte.

Pendant de longues années, Piché fut par sa parole,, sa conduite, son exemple, un évangéliste pour tout le comté. L'auteur l'a visité dans les dernières semaines de sa vie. Il a été frappé par l'air de distinction de ce noble vieillard, par la profondeur de ses convictions, la lucidité avec laquelle il exposait les bases de sa

foi et de ses espérances, qui donnaient à l'expression de son visage quelque chose de si paisible et de si parfaitement heureux. Et que dirai-je de ses contemporains des Carrières, des Dorion, des Touchette, des

Temple de Roxton Pond.

Tudieu, des Labelle, des Laurin, des Fortier ?... Eux aussi ont rendu leur témoignage.

Que dirai-je encore des Filliatreault, des Dujardin^ des Fillion, des Forte de Sainte-Thérèse, qui après avoir séjourné à Roxton quelques années^ sont allés planter leur tente sur les bords du lac Huron — où ils ont élevé leurs enfants et dont l'un prêche aujourd'hui l'Evangile.

C'est ainsi que Dieu, en permettant la dispersion de ses enfants, répand la semence de vérité, ou, en la mettant à l'abri des tempêtes, lui permet de se mûrir. Il préparait un jeune garçon de Belle- Rivière^ M. Carrières pour aller fortifier cette colonie dans sa foi.

s. Carrières.

Le journalisme protestant français.

Nous abordons ici un sujet fort intéressant sur lequel il nous aurait été fort difficile de donner de nombreux détails si nous n'avions pas eu à notre disposition la très consciencieuse conférence de M. le pasteur Provost auquel nous adressons nos remerciements les plus cordiaux.

L'école a fait beaucoup pour faire pénétrer Tesprit protestant dans les masses populaires, on ne le dira jamais assez ; mais si la presse n'était venu à notre aide pour faire une sorte d'œuvre post scolaire, il est bien évident qu'il y aurait eu une grande partie de la bonne semence qui n'aurait pas donné de fruits. Grâce au ministère de la presse l'œuvre se poursuit et la bonne nouvelle pénètre dans les maisons en dépit de l'opposition la plus acharnée. « L'éducation chrétienne, dit M. Viénot, le sympathique directeur de la Revue Chrétienne appelle les hommes à la repentance, les égoïstes à l'amour, les pécheurs à la sainteté, toutes les âmes à la vie, mais l'œuvre du journal sérieux chrétien brise bien des liens traditionnels. Par lui, les âmes palpitent, elles se dilatent et ressuscitent. Il fait, en un mot, passer la vie en elles en leur faisant sentir Dieu.

» C'est cette religion que le protestantisme veut faire connaître et en vue de laquelle il emploie le journal sérieux et chrétien. Cette religion-là s'emparera du monde à mesure que le monde parviendra à la maturité spirituelle. Regardez-y de près et vous verrez que l'histoire du monde c'est l'histoire de la formation de l'individu Hbre.

» L'enfant doit longtemps vivre sous l'autorité de la

famille et de la société, — les religions d'autorité ont été les langes religieux de Thumanité dans son enfance. — La religion de l'Esprit est la religion des peuples majeurs, c'est la religion des peuples protestants, — c'est la religion du Christ, c'est la religioa que nous ont rendue les réformateurs — et que s'efforcent de faire revivre au milieu de nous nos sociétés de missions — par l'évangélisation et le journalisme chrétien. »

Il y a aujourd'hui, autour de nous des âmes lasses et fatiguées, mais Dieu n'est pas fatigue, il continue à tourner les pages du Livre de la vie.

Partout où le protestantisme pénètre, qu'il soit représenté par le nombre ou par une infime minorité^ il est ouvrier avec Dieu ; il prend part à cette œuvre de rénovation. »

Notre premier organe protestant français prit naissance à Philadelphie en 1816; il eut pour directeur Simon Chaudon qui trouva de bien dévoués collaborateurs dans ses amis Bloquiest et Henri Malignot qui étaient comme lui de descendance huguenote.

Fidèle à l'esprit qui l'avait fait naître, Y Abeille Américaine butinait un peu partout et chaque numéro portait à ses lecteurs le nectar qu'elle avait soigneusement récolté. Elle eût pu faire siens les beaux vers de Rostan s'ils eussent été déjà composés :

Moi, c'est moralement que j'ai mes élégances.

Je ne m'attife pas ainsi qu^un freluquet,

Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet.

Elle était sans pitié pour toutes les tyrannies et s'intéressait fortement aux intérêts du pays. Comme

les hommes, les journaux ne vivent pas aussi longtemps qu'ils sont utiles, V Abeille Américaine mourut alors qu'elle n'avait que cinq ans.

Le Semeur voulut combler le vide que la disparition ■de r Abeille avait laissé; il naquit au Canada à Napierville et fut fondé par Narcisse Cyr en 185 1. Cyr était un courageux, sa feuille ne pouvait que lui être semblable ; sa devise fut: « Mon champ c'est le monde », il se mit à y répandre la bonne semence. Au courage, •Cyr joignait une grande indépendance d'esprit et du premier coup il se mit au-dessus et en dehors de tous les partis. Vivant au milieu d'une population qui ignorait la tolérance et dont le fanatisme était le moindre défaut, il se posa en sentinelle, veillant avec soin et n'hésitant jamais à signaler le danger, à dénoncer les erreurs. Son programme^ il l'avait emprunté à saint Paul ; et il faisait place dans son journal à toutes les choses qui sont vraies, à toutes les choses qui sont justes, à toutes les choses qui sont aimables et de bonne réputation. On le voit, c'était un programme digne d'un protestant qui savait rester fidèle aux traditions d'un glorieux passé.

Le Semeur Canadien^ plus heureux que X Abeille Américaine^ vécut " dix ans ; il coûta à son fondateur jusqu'à ses dernières ressources, mais il avait remonté le courant des malveillances accumulées, il avait rempli une mission. Il a paru à une époque oii Blan- •chet publiait Y Avenir^ où paraissait les plus audacieux -des journaux, Y Echo des Campagnes^ le Pays, dans lequel Dorion mettait toute son âme, le Réveil et la Lanterne de l'inimitable Buies, tout autant de feuilles <jui ont fait connaître à leurs gérants de douloureuses

amertumes et de poignants découragements. Cest un temps favorable aux aspirations libérales, elles firent naître le Semeur; alors, on était rempli d'espérances, Tavenir était plein de promesses. Le format du Semeur s'agrandit: c'était une indication heureuse. Hélas! c'était aussi une illusion. Fatigué par dix années de lutte, le •cœur gros de déceptions qu'il avait longtemps cachées^ le brave Cyr se laissa aller au découragement, il laissa tomber sa vaillante plume et le Semeur descendit là où les plus vaillants n'élèvent plus la voix ; ce fut une perte, un deuil pour toute notre élite protestante.

En 1865, M. le pasteur J.-N. Williams commence la publication du Moniteur; dix-huit mois après, il en remet la direction à Wilfred Cote, fils du docteur Cote "dont nous avons parlé précédemment; il transporta les bureaux de la rédaction à Greenbay. Son existence de quatre ans seulement fut agitée et fiévreuse. A cause de ses tendances ecclésiastiques profondément marquées, le Moniteur eut une circulation forcément réduite ; il n'était pas le journal de tous, ce qui explique qu'il n'ait pas .pu continuer longtemps son œuvre de semeur. Comme il fallait un organe qui put représenter la cause du protestantisme, on songea à créer un autre journal.

Une année après la naissance du Moniteur , V Aurore parut; elle avait vu le jour sous le toit hospitalier de la Pointe-aux-Trembles et son fondateur était L. E. Rivard, auquel notre protestantisme canadien doit tant de choses. Thomas G. A. Côté, A. Dorion et Michel Fortin, alors élèves de l'Institut de la Pointe-aux- Trembles, furent chargés du travail matériel; ils com-

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