BOIS DE S* TRONC
La compagne que M. François Pignatd, boulanger à Saint-Loup, avait achetée de Madame Labirigoyen, vulgairement appelée Madame Labi, fut morcelée, et on y fit un boulevard, qui s'appela simplement le Boulevard , par la raison qu'on ne risquait pas alors de le confondre avec un autre.
Au mois de septembre de l'année 1838, on fonda le cercle de Saint-Martin sous le nom de Société.
Les seize membres qui le composaient à son origine élurent président M. Maurel, Jean-Honoré. Nous parlerons plus tard de son accroissement et de l'assemblée d'installation qui établit la société de secours mutuels.
En 1839, le chœur de l'église fut entouré d'une boiserie , et bientôt après pavé en marbre. Le sanctuaire avait été pavé de cette manière sous M. Abbat.
Le 4 septembre 1843, mourut à Saint-Loup un homme qui y jouait un assez grand rôle depuis environ un demi-siècle. Il s'agit de M. Jean-François-Dominique Bonnet. , Il avait d'à-
bord embrassé l'élat ecclésiastique, et était au moins tonsuré, lorsque la révolution de 1789 éclata. Cette catastrophe, ayant brisé son avenir, il vint établir à Saint-Loup une école de garçons avec un de ses compagnons d'étude appelé M. Roux; qui le quitta bientôt. M.
Bonnet se maria alors avec une personne du pays, et dirigea seul son école pendant environ 40 ans. Il fut de plus pendant très-longtemps marguillier, secrétaire de la fabrique, chantre de fait , sinon de droit , délégué de l'état-civil pour l'enregistrement des naissances et des décès, et enfin commissaire ou plutôt juge de paix du pays, non en titre mais en réalité ; car dès qu'il y avait la moindre dispute, le moindre démêlé à Saint-Loup, on en appelait à M. Bonnet, et on s'en rapportait ordinairement à sa décision. Comme ce n'était pas un homme de parti, il sut conserver sa position sous tous les gouvernements, qui se succédèrent depuis le Consulat jusqu'à la révolution de 1830.
C'est à lui que nous devons notre édaca-
tion primaire; nous sommes heureux d'avoir Foccasion de payer à sa mémoire notre tribut de reconnaissance.
Au mois de novembre 1845 , on commença à Saint-Loup une mission qui fut prêchée par les révérends pères Bernard, Viala et Rey, Oblats de Marie-Immaculée. Elle fit beaucoup de bien et convertit un grand nombre d'hommes. Cinq cents environ s'approchèrent des sacrements. Il y eut surtout pour eux une cérémonie qui fit une très- grande impression. L'église était pleine d'hommes seulement ; le père Bernard monte en chair, fait un discours véhément contre le blasphème, et descend en ordonnant aux auditeurs d'aller tout jurer la main sur le saint Évangile quils ne blasphémeront plus. Il arrive dans le sanctuaire, s'y prosterne complètement, s'offre en victime à Dieu pour l'expiation des blasphèmes, et veut que tous le traversent en allant prêter leur serment. Les sanglots des assistants se firent entendre pendant toute cette touchante cérémonie.
Elle ne fut pas sans résultat, en voici une preuve. Un cultivateur nommé Joseph, homme
irascible, qui avait l'habitude de blasphémer à propos de rien, assista cependant aux exercices de la mission et se décida à la gs^ner, comiBe on dit dans le pays . Il alla donc se confesser pour recevoir l'absolution le samedi matin, devant communier le lendemain. Pendant son absence, des voleurs s'introduisirent dans la maison qu'il habitait, et lui enlevèrent l'argent qu'ils trouvèrent. Les voisins , qui virent sortir des hommes par une fenêtre, comprirent ce ce qu'il en était; et s'approchèrent de la maison de Joseph. Connaissant la cause de son absence, ils se dirent entre eux que Joseph, en apprenant sa mésaventure, oublierait qu'il avait reçu l'absolution et laisserait échapper quelques gros mots. Ils se trompaient. Bientôt après notre converti entre dans son habitalion , constate le vol , et se tournant vers ses voisins leur dit avec calme : Il parait que ceux qui ont fait cela n'ont pas envie de gagner la mission.
La plantation de la croix eut lieu le 14 décembre. Elle fut bénite avec une très-grande solennité
dans le pré du moulin de M. Desautels (1) , et placée ensuite dans le chœur de l'église.
Depuis celte mission il y eut trois messes à Saint- Loup. Ce fui un prêtre habitué de Marseille qui vint dire la troisième, jusqu'à l'arrivée d'un vicaire.
Au mois de novembre 1846, la société de Saint-Marlin fut érigée en société de prévoyance ou de secours mutuels.
L'assemblée générale d'installation eut lieu le vingt-quatre janvier de l'année suivante, en présence d'un délégué de M. le Maire de Marseille, et de MM. Baudillonet Laugier, administrateurs du Grand Conseil des Sociétés de prévoyance. Après un discours de M. Baudillon , vivement applaudi, on forma le Conseil d'administration pour l'année 1847, comme il suit :
MM. Pascal Joseph, président.
Billaud André, vice-président Dorgnon Auguste, secrétaire.
ii) Co moulin est connu sous lé nom de MaiUet.
— il4 —
MM. Raymond Justin, vice-sécrétaire.
Saccoman Jean-Baptiste, trésorier.
Maurel Jean-Honoré, auditeur.
Martin André, id.
Baille Ferdinand , honoraire.
La société de Saint-Martin est aujourd'hui très-nombreuse ; elle compte dans son sein plusieurs riches propriétaires, qui voulant favoriser cette utile institution, se sont faits inscrire comme membres honoraires.
Au commencement de septembre de la même année, Mgr TÉvêque put disposer d'un second prêtre pour Saint-Loup, et M. Joseph AntoDini fut nommé vicaire ; l'augmentation considérable de la population nécessita cette mesure.
L'année suivante, 1847, Madame la comtesse de Villeneuve-Beauregard, née Thomassin, propriétaire de la Moulle, donna à l'église de Saint-Loup une relique de la vraie croix et 200 francs , pour acheter un ostensoir , où on pût la placer convenablement.
Le jour de Pâques de l'an 1848, il y eut les élections des députés à l'Assemblée Nationale.
JUl^nf ^1^ f^ ^jir^^wa^.i'*^. ""^^W^Hf vf ''^u^^B^H
l?î)SaîEMJîUdg«ara»v -^1
m^<0^ g0!ï(MSt\
■ff^i^Êi
^^^^SV^BBv '^ I^s^^Bk^^^^^I
.idW^^
,^pf "^ ^.jiffl
H^^^^Ë^Hi.
^^êâ\
ex
Les habilanls de Saint-Loup votèrent en très-grand; nombre et presque tous pour les amis de l'ordre.
Le sept juin 1849, jour de la fête-Dieu, les eaux de la Durance purent pour la première fois arroser le terroir de Saint-Loup, et ce fut un très-grand avantage pour le quartier comme pour tant d'autres. Les bords de l'Huveaune ont toujours été très-verdoyants, et les collines aussi , puisqu'elles n'ont presque que d^arbres qui conservent toujours leurs feuilles. Mais il n'en èîait pas ainsi de l'espace qui séparait les prairies des bords de la colline. Ce terrain ne pouvait être arrosé que par le ciel , et on sait qu'il est souvent très-avare d'eau en été, dans le terroir de Marseille. Or, lorsqu'il restait cinq à six mois sans en tomber une goutte, cette partie du quartier était triste à voir.
Ce fut donc un beau jour que celui où l'on put arroser à peu près toutes les campagnes ; aussi le pays commença bientôt à changea d'aspect, et il devint si verdoyant qu'un rimeur provençal du pays a pu dire avec raison :
Oou quartier de San Lou la terro Pareissé plu, car lou canaou A fa doou tarraïré uno serro , S'y vi que verduro émé oustaou.
Au mois d'août de la même année, le choléra éclata à Marseille, et dura jusqu'au '■ mois de novembre ; quelques habitants de Saint- j Loup moururent de la contagion.
A la fin de janvier de Tannée 1855, M.
Antonini fut remplacé par M. Barbaroux, qui est aujourd'hui recteur de Gréasque.
Le 23 juillet de l'année suivante, vers les dix heures du soir, une troupe de jeunes gens allèrent faire du bruit, et pousser des cris sous la fenêtre de M. Palle. Cette démonstration malveillante engagea Mgr l'Évêque à le remplacer, et le vingt-un septembre de la même année, M. Rigaud fut installé, ayant M. MouUet pour vicaire.
Ici s'ouvre encore une ère nouvelle pour la paroisse. L'éloquence de M. Rigaud attire les habitants en foule à l'église, et le zélé pasteur ne se contente pas de prêcher, il va*
non seulement dans le village, mais même dans les campagnes les plus reculées, chercher les brebis égarées pour les ramener au bercail. [1 les exhorte, il los presse et les force presjue (l) de faire leur devoir religieux. Aussi, ;on zèle ne fut point slérile. L'année suivante, [852, la grande majorité des hommes, parmi esquels se trouvaient les mieux posés dans e pays, se pressèrent autour de la S:iinte-Table e dimanche de Quasimodo. L'église élait pleine l'hommes, car les femmes furent exclues de elle cérémonie; et l'impression de cette fête les hommes, comme on lappelle depuis, fût elle que le respect humain passa du côté des ndifférents. Un homme qui vit encore, et dont lous pourrions indiquer le nom, voyant sortir ;ette foule de l'église dit à ceux qui étaient à les côtés : « J'ai regret de ne pas y être allé, lous ressemblons à des criminels. » Un autre, lui tient un des premiers rangs dans le pays, iit en sortant de cette cérémonie : « Je ne sais
(1) Compelle intrare, Luc xiv, 23.
pas si le Paradis sera plus beau que ce que nous venons de voir. » Il y avail sur ce nombre des hommes qui ne s'étaient pas confessé depuis quarante ans , et d'autres qui n'a^ vaient pas mis le pied dans l'église depuis un grand nombre d'années.
Le zèle de M. Rigaud fut admirablement secondé par celui de M. MouUel. Il fit servir aux biens de la religion ses connaissances musicales, et établit un chœur d'hommes qu'il dirigea avec beaucoup d'assiduité et de talent, tout le temps qu'il demeura à Saint-Loup.
L'éclat des fêles religieuses, que M. Rigaud savait si bien organiser, était relevé par la voix de ces hommes, qui de leur côlé y metlaienl du zèle , et remplissaient tous sans exception leurs devoirs religieux.
Après avoir pourvu aux besoins les plus pressants de la paroisse, M. Rigaud pensa aux moyens de rendre le bien permanent. Une école des sœurs de Charité pour l'éducation des jeunes filles fut fondée l'année 1852 ; et nous ne savons ce qne nous devons plus admirer
dans cet établissement, si c'est le zèle du pasteur ou la générosité des paroissiens. La liste de souscription, pour l'entretien de ces saintes filles fut remplie dans peu de temps ; et nous ne pouvons résister au désir de citer ceux qui donnèrent l'exemple aux autres. Les noms de MM. Edmond Canaple, Wulfran Pujet, Albert Pascal, Reynaud de Trels, Verdillon, Rizaucourt, Besson, etc. , seront toujours prononcés avec reconnaissance par les habitants de Saint-Loup. Ajoutons que c'est vers cette époque que la famille Edmond Canaple fit présent à l'église du bel ostensoir en vermeil qu'elle possède.
Cette année 1852, si heureuse pour Saint- Loup au point de vue religieux, fut marquée par deux événements fâcheux : le 28 mai, la veuve Arnaud fut massacrée dans sa maison, à coup de marteau, par un malheureux étranger au pays.
Un peu plus tard , la maladie de la vigne commença à exercer ses ravages, et progressa tellement que le vin se vendit bientôt jusqu'à 60 fr. l'hectolitre.
Les années 1854 et 1855 furent aussi malheu-
reuses pour Saiiil-Loup. Le choléra, qm sévissait à Marseille, y fit plusieurs viclimes. Mais il y eut quelque chose qui altrista encore plus les habitants de Saint-Loup. Au mois de février 1855, M. Rigaud, fut insulté grossièrement dans Fexercice de ses fonctions auprès d'un malade , par uii homme qui habitait le pays, mais qu'il n'en était pas. Le 12 février, cet homme fut mis en prison. Relâché bientôt après, il fit à M. Rigaud des excuses sincères en apparence ; mais ce qui valut encore mieux , c'est qu'il quitta le pays peu de temps après.
Le 9 avril de la même année , la comp^nie Lyonnaise établit un omnibus pour faire le service de Saint-Tronc. Les habitations s'étant multipliées dans le bois dont nous avons parlé et aux environs, cette mesure devint nécessaire. L'omnibus dut s'arrêter à l'endroit où la traverse, qui va de Sainte-Marguerite à Saint-Tronc, coupe celle qui monte du Pont de Vivaux au vallon de Toulouse ; et qui peu de temps après prit le nom de traverse de Saint-Tronc. Ce nom cependant conviendrait bien mieux à celle qui va du grand chemin àTan^*
lique chapelle érigée sous ce vocable. Le chemin qui va de celle chapelle à Sainle-Marguerile a été agrandi et rendu carrossable en 1865 , grâce aux , propriétaires voisins elsurlout à M. Labatut.
Au mois d'octobre 1856, M. Moullet fut remplacé par M. Glise, et au mois de septembre de Tannée suivante M. Rigaud fut remplacé par M. Pichou et M. Glise par M. Borelli.
M. Pichou prit tous les moyens propres à conserver, et à augmenter même, s'il était possible, le bien qu'avait fait M. Rigaud, et le succès a couronné son zèle. Il a été très bien secondé par ses vicaires, et surtout par M. Blanc André, aujourd'hui aumônier du pensionnat des Frères. M. Blanc, qui remplaça M. Borelli au mois de mars 1858, établit sur un nouveau pied TOEuvre de la Jeunesse, ébauchée du temps de M. Rigaud ; et grâce à son zèle elle produisit beaucoup de bien. On fit bâtir pour cette œuvre une maison avec une jolie chapelle sous le vocable de Saint- Loais de Gonzague, et une vaste cour ou les jeunes gens pouvaient prendre leurs ébats.
Cette maison fut bâtie sur un nouveau boule-
vard, qu'on avait ouvert au Sud-Est du vîlls^, et qu'on appela depuis boulevard de Saint-Louis.
Le 19 octobre 1858, une pluie torrentielle, tombée surtout dans la commune d'AurioUfit déborder rHuveaune jusqu'à une assez grande distance, et dérangea beaucoup les apprêts du pont dont nous parlerons bientôt.
En 1859 , M. Pichou fit réparer l'extérieur de l'église, et bâtir le local destiné à recevoir les chaises qui Tencombraient.
Le 2 septembre 1860, on érigea dans l'église le chemin de la croix , qui existe encore aujourd'hui.
La même année il y eut pour le ipajs )iine amélioration , après laquelle ou soupirait depuis longtemps. Pour aller du village au petit cb^nÂn de Marseille, il n'y avait qu'un (^emîn pour [ûétonset bêtesà bât, devant le moulin deBlaaearâ ; mais les voitures et les morts devaient tmYefatf l'Huveaune à l'endroit appelé Blmquo VieiUo,^m bien aller faire quatre kilomètres de plus^eaf^ sani par la Capelelte. Les convois funèbres ^traversaient assez facilamwt Mttveauoe::au goosde
l'été ; maïs dans les autres saisons , ils avaient assez souvent pas mal de besogne ; el on prenait involontairement des bains de pieds, qui parfois monlaûent un peu haut. Plusieurs, par un excès de prévoyance, qui n'était point de tout égoïste, laissaient dans leurs tostamenls l'ordre d'aller faire le grand tour de la Gapelette. Les propriétaires de Saint-Loup voulurent faire cesser cet état de choses. Aidés de la commune , ils firent construire un beau pont sur l'Huveaune, et agrandirent le chemin, depuis le village de Saint-Loup jusqu'à la petite route d'Aubagne à Marseille.
Le 9 avril 1861, la traverse de la Blanco Viello, devenue boulevard , fut la limite de l'octroi.
Une autre amélioration avait été faite peu de temps auparavant. Le grand chemin de la Gapelette à Saint-'Loup avait été transformé aussi en botfleivard ; et bientôt les platanes et les ormeaux tempérèrent un peu les ardeurs du soleil sur cette route poudreuse.
Puisque nous en sommes ^ux améliorations, nows devons mentionner encore le boulevard Rougier, qui est dans la même direction que celui de
Saint-Louis, mais un peu plus rapproché des collines, et ombragé par de jolis platanes. Un autre, sous le nom de boulevard de Saint-Loup vient de s'ouvrir à l'Est du village, mais il n'est encore qu'ébauché.
Celte année , grâce à la pastorale , qui pendant les années précédentes (1859-1860) avait été brillamment représentée par Télite de la jeunesse , il se forma une société musicale sous la direction d'un jeune et habile artiste : M. Long. Ces jeunes gens se mirent avec ardeur à l'étude des principes , et le succès répondit à leur zélé. Depuis leur nombre s'est considérablement accru , et ils se font un plaisir de rehausser par leur présence l'éclat de nos fêles villageoises.
Le 23 juin 1861 , la cloche, qui devait remplacer celle qu'on avait cassée le 20 avril 1858 , fut bénite solennellement et bientôt mise à sa place. A la fin du même mois, M. Guigou remplaça M. Blanc en qualité de vicaire.
La grande horloge du clocher , désirée depuis si longtemps , allait être achetée vers cette époqae , lorsque Madame Barrai, née Reboul de Saint-
Loup, voulut épargner à M. le curé la peine de se procurer le reste de l'argent nécessaire, en payant elle-même toutes les dépenses. Cette horloge commença à sonner le 21 octobre 1861. La veille, Mgr Cruice avait fait sa première visite à la paroisse.
Ce fut la même année qu'on acheva une œuvre bien plus importante pour le pays, je veux parler de la maison actuelle des Sœurs, qui est si jolie et si commode. Elle est due en entier à la générosité de la famille Edmond Canaple , alors député au Corps Législatif. La salle d'asile , qui fut le complément de cette maison , fut construite l'année suivante.
Nous avons oublié de dire que c'est aussi au zèle de M. Canaple que nous devons le tableau qui est au fond du chœur , et qui représente Saint- Loup allant au devant d'Attila.
On sait que l'an 451 Attila fondit sur les Gaules à la tête d'une armée de 500,000 barbares, et ravagea toutes les villes qui se trouvaient sur son passage. Lorsqu'il approchait de Troyes , Saint- Loup, qui en était évêque , alla au devant de lui
avec son clergé, t Ignores-tu qei je suisv lui dit lé terrible roi des Huns. > — c Et moi, lui rèpondii le saint , je suis un Loup , mais dépouillé de est férocité, et commis à la garde du troupeau de Die«. Épargne les brebis ; frappe le pasteur (l). » Lé féroce Attila passa outre à ces paroles.
Tel est le sujet de ce tableau, dû au pinceadide M. Emile Loubon, alors directeur du Misdée de Marseille. Il fut placé en 1857.
Au commencement du mai 1862, M. Guîgo»
fut remplacé par M. Bossy, lequel, au mois de novembre 1865 , fut remplacé par M. Mourdeille, et au mois de février 1866], M. Mourdeille a èié remplacé par M. Brives.
Le 6 juin 1863, M. Louis-François GaiUol, aujourd'hui recteur de Cadolive , chanta solennellement sa première grand'messe à Saint-Loup , qui se glorifie de le compter au nombre de ses enfants.
La même année, la Société de Saiiït-Looisfat établie d'une manière définitive. Elle n'^it à son
■■ ,. ,i II I ■ iii.i ■' i<i I
(1) Grégoire de Toiu*s.
(ffigine, c'est-à-dire le 23 novembre 1861, qu'un ceDcle formé par quelques amis. Cette réunion s-^accrut rapidemenl, et le 28 mars de l'année suiiDante, elle s'érigea en Société de Secours mutuels^ sous le patronage de Saint-Louis roi de France. Le 14 décembre 1863, un arrêté de la Préfecture approuva cette Société, et en régla Torganisalion. Enfin, un décret impérial, daté du 28 mai 1864, en nomma président M. Arnaud Alexandre, déjà éluidans les années précédentes parles membres de la Société.
A la fin du mois de mai 1864 , les collines de Saint-Cyr furent dévastées par un violent incendie, qui en brûla plusieurs kilomètres. Un grand nombre de personnes des environs, et de Marseille même, se rendirent au lieu du sinistre, quoique ce fui pendant la nuit. Les sapeurs pompiers firent très-bien leur devoir, comme toujours, et on parvint à isoler la flamme. La cause de ce désastre ôst restée inconnue.
L'année 1865, le choléra fit à Saint-Loup six on sept victimes.
ïja même année , Téglise a été pour ainsi dère
mise à neuf. On a réparé soigneusement toutes lès dégradations, el on l'a décorée avec beaucoup de goùl. Les colonnes ont élé marbrées, les principales lignes architecturales, les chapiteaux et denticules ont été entièrement dorés.
La voûte a élé peinte d'un azur tendre, parsemé d'étoiles d'or.
Au dessus de chaque pilier, s'élève une bande d'ornementation, qui traverse la grande nef; cette bande s'élargit sons le dôme au milieu de l'édifice, formant ainsi, avec une architecture plus riche, un point principal, où se porte la vue, et comme un arc de triomphe devant le maître-autel.
Au plafond de ce dôme, brille une gloire au milieu des nuages, qui se détachent sur une galerie circulaire formée de balustres en perspective très-bien réussis.
Au dessous, dans les angles, on remarque en médaillon les quatre Ëvangélistes, peints d'après Raphaël et Overbeck par M. Cabasson.
Les travaux décoratifs ont été exécutés sous l'habile direction de M. Sabatier, par
MM. Apy et Charlois, jeunes artistes marseillais, adroits et intelligents. Ces messieurs ont tiré un très-bon parti de notre église, qui, du reste , par son architecture ionique , se prêtait admirablement au genre décoratif. Non seulement ils ont su éviter la profusion et le défaut d'unité, si fréquent en ce genre, mais encore ils ont fait preuve de bon goût, dans le choix des couleurs et dans l'harmonie de leur juxta-position , ainsi que dans l'élégance et l'à-propos des ornements.
Tout cela s'est fait, grâce au zèle du curé et à la générosité des paroissiens, sans aucune allocation de la commune.
Des lustres élégants sont venus compléter cette décoration; deux sont dûs à une famille d'artisans, que nous ne voulons pas nommer, crainte de blesser sa modestie, et deux autres à un de nos amis, qui n'en est pas à son coup d'essai en fait de générosité.
L'année même où s'achevaient ces embellissements, nous déplorions la perte d'un peintre distingué, enfant de notre village, parvenu au
poste éminent de directeur du Musée. Noq9 crayons faire plaisir à nos concitoyens en trao»cri vaut sa biographie, qui vient de nous ê^e communiquée par un jeune artiste.
François Raymond , qu'on appelait dans le quartier Raymond de la Médaille, du nom de la propriété que sa famille habitait (1), naquit à Saint-Loup le vingt-deux avril 1804.
Comme tous ceux qu'elle a prédeslinès à cet art difficile, la nature avait doué Raymond de cette habileté des mains, et de cçttfe facilité d'imitation, que serait impuissante à communiquer l'enseignement des plus grauds maîtres.
(1) Son frère Bruno l'occupe encore aujourd'hui; eUe est située aux bords de l'Huveaune, à côté de la Moutte, dont la traverse de la Pomme le sépare. Une aïeule de RaymonA avait déjà donné un certain lustre au nom de cette propriété. Tante Raymond de la Médaille avait, dit-on, teUement d'esprit que, dans les environs, plusieurs prenaient pour des oracles les décisions de son jugement droit et de son gros bon sens. Je me souviens d'avoir entendu dire à des personnes, qui voulaient donner plus de force à leur assertion : « Tante Médaille Ta dit. »
A peine sorti de Tëcole du village, on le destina à seconder son père dans les travaui des charaps. Mais chaque jour sa vocation se révélait par des marques certaines.
Un jour entr'autres qu'il avait reçu l'ordre de préparer un carré de terre, notre jeune fermier en applanit soigneusement la surfe^ce, et bientôt sous ses doigts agiles naquit une foule de personnages de toute sorte, détachant leurs silhouettes grotesques sur le sol comme sur un immense tableau.
On dit que ce premier chef-d'œuvre était à peine achevé que le père, occupé non loin, arriva, et peu sympathique au talent de son fils, aurait sans doute fort mal payé le tableau sans l'intervenlion de M. de Rians (1).
Cet homme estimable avait déjà vu avec intérêt les dispositions de cet enfant; il promit de s'occuper de lui, et bientôt par ses soins Raymond fut admis au Musée de la ville, alors dirigé par M. Augustin Aubert.
(1) Ancien propriétaire de la MédalUe. Elle appartiont aujourd'hui à M. Albert Pascal.
Comment peindre la joie de notre jeune homme, le jour où, pour la première fois, il se vît un crayon à la main, assis au milieu d'une foule de jeunes gens studieux, dans* une salle immense, où s'étalaient partout des tableaux brillants, des statues dans toutes les poses et de superbes dessins.
Les anciens du pays, se souviennent d'avoir vu à cette époque (c'était en 1814) un tout jeune homme, vêtu d'une petite veste de drap clair, toujours d'une propreté rigoureuse, se diriger tous les matins vers la ville, un carton sous le bras (l).
Sous ces dehors simples et modestes, Raymond devint bientôt l'élève le plus brillant de l'École des Beaux- Arts ; et chacune des classes qu'il parcourut successivement fut toujours marquée par un premier prix.
(1) Ce qui n'arrivait que pendant Tété. M. de Rians offrait au jeune Raymond, durant tout l'hiver, un appartement dans sa maison de viUe.
Nous devons une partie de ces détails biographiques à M. Justin Raymond, frère du peintre.
Certes les illustrations ne manquaient pas à cette époque : Papely, Ricard, Beaume, le sculpteur Gaillol , Engalière, Blanc, Philippe Tanneur, Barry et Lagier, étaient comme lui, élevés sous la direction de M. Augustin x\ubert.
Après bien des années d'un éclatant succès, Raymond passa de l'école dans l'atelier de cet habile maître (l). Il commença dés lors à faire des portraits nombreux, notamment ceux de ses protecteurs.
Monsieur et Madame Audran, néeRians, conservent précieusement les portraits de leur famille qu'il fit à cette époque.
Les familles de Compou et Gardanne eurent aussi les premiers ouvrages de notre peintre.
L'année 1826, Raymond alla à Paris, et peu après il fut admis dans l'atelier du baron Gros.
C'est dans cette illustre école qu'il perfectionna
(1) M. Aubert était très conciencieux dans son enseignement qu'il savait prendre à cœur. Nous avons vu, au Musée de Marseille, un grand nombre de statues antiques, qu'il avait lui-même sillonnée en tous sens de petits clous pour les savantes explications de ses cours de dessins.
son rare talent, et se fit apprécier de cet homme de génie.
En 1830 , il fut promu à la direction du Musée de Nevers.
Une fois arrivé à ce poste éminent, Raymond se mit au travail avec ardeur, et son talent lui acquit bientôt une assez jolie fortune (1).
Il se maria en 1848, et une fille naquit de cette union.
Contrairement à l'opinion générale qu'on a de^ artistes, Raymond trouva le bonheur dans son art, et dans le sein de sa famille.
Tout entier aux soins de son intérieur, on le
(1) Ses portraits, toujours parfaitement réusais,. étaient exécutés avec une facilité prodigieuse. M. Cornillac , professeur de dessin et habile musicien , avait connu le peintre dans Tatelier Aubert, et leur liaison s'était depuis toujours maintenue. Ce Monsieur nous a souvent raconté qu'il prêtait sa boîte de couleur à Raymond dans ses voyages à -Marseille, et celui-ci la lui rendait peu de jours après, «yaôt achevé de superbes portraits.
M. Cornillac possède une belle galerie de taMeaitt à Saint-Loup, dont il est un des notables. Il a de plus son portrait, exécuté par notre artiste.
vit constamment éloigné de ces expositions bruyantes, où de nos jours tant de peintres empressés briguent les faveurs du public.
Je dois dire pourtant qu'il y parut quelquefois, et obtint la récompense du mérite.
J'ai dit que Raymond s'adonnait entièrement .aux portraits. Bien qu'une réputation, acquise en ce genre, n'égale jamais la gloire due au génie de de la composition, il n'en demeure pas moins, que le portrait dignement traité est une œuvre très sérieuse.
Charles Blanc , l'illustre auteur de la Vie des Peintres, dit que le portrait est la pierre de touche des artistes supérieurs.
Nousdevons à M. Pierre Bronzât, ancien professeur au Collège Catholique, des appréciations très flatteuses sur le talent de Raymond et sur son caractère (1).
{!) M. Pierre Bronzeb est rauteur dxjiPoêsédé^ quetous les ^]:ands artistes de passages a MarseiUe ne manquant pi^ d'aUer admirer dans l'église de Saint-Lazare. M. JeanBronzet son frère, habile portraitiste, estanssi l'auteur denomlïreuiL taèlaaux qui ornent plusieurs églises deiMarseiUa.
Mais celle vie si heureuse et si bien remplie touche à son dénouement. •
Raymond n'avait pas manqué de venir lous les ans revoir son village el ses vieux amis.
Les dernières années ses visites furent plus rares, soit à cause de la mort de sa femme, soit à cause des soins plus actifs que demandait l'éducation de sa fille. Pendant les vacances de 1864 nous l'avons vunous-même à Saint-Loup.
Ce fut un dimanche , a la sortie de la grand'messe, moment qui réunit toujours beaucoup de monde sur notre place.
Raymond avait avec lui sa fille, jeune et belle enfant, portant encore le deuil de sa mère.
Il s'arrêtait de temps à autre pour serrer la main aux amis qui se trouvaient sur son passage.
C'était hélas I la dernière visite que le peintre faisait à sa famille et à son pays.
Je laisse parler ici un de ses anciens camarades du Musée (l), avec lequel Raymond con-
(1) M. Berrin François qui avait suivi les cours du Musée
versait en ce moment, t fai remis, me dit-il, depuis quelques années ma chaire de directeur ; plus rien désormais ne m'attache à Nevers. L'éducation de ma fille doit bientôt s'achever; dès lors nous retournerons à Saînt-Loup, pour nous fixer entièrement , là , aux pieds de ces vertes collines, où je pense faire l'acquisition d'une agréable maison de campagne.
Raymond, venant finir ses jours dans son pays natal, entouré des soins d'une fille affectionnée, au milieu de ses parents et de ses concitoyens, fiers de le posséder, n'était-ce pas un rêve bien légitime?
Mais la providence, maîtresse de nos destinées, brise quelquefois les affections les plus pures et les rêves les plus doux , au moment où il semblerait qu'elle dût les combler de faveurs.
Elle nous montre ainsi qu'au dessus des jouissances matérielles est un bonheur plus grand, un bonheur si pur, que la vertu lùêttie
avec notre peintre, ainsi que M. François Besson, décédé le 5 décembre 1865.
ne saurait y atteindre , qu'en traversant les plus cruelles épreuves.
Le vingt-sept mai 1865, Raymond, qui avait contracté le germe d'un catarrhe chronique dans les brumes dû Nord, s'éteignit au milieu des suprêmes consolations de la Foi.
Il avait alors 61 ans. François Raymond, instruit par un habile directeur, et perfectionné par un peintre de génie, avait conservé les grands principes transmis par David aux écoles du premier Empire.
Il avait hérité de cette force de dessin, et de cette noble indépendance de caractère, signes distinclifs de cette grande époque.
On l'avait vu plusieurs fois soutenir, dans une exposition, et devant un jury partial ou peu éclairé, l'œuvre méconnue d'un artiste supérieur.
J'ose le dire avec la plus grande certitude, si, aux dispositions brillantes que la nature lui avait donné, avait pu s'unir une instruction profonde, Raymond eut abordé avec gloire la haute et sévère peinture, et, comme le baron Gros, son maître, il eut acquis un nom immortel dans l'hitoire de notre siècle.
Nous n'ajouterons pas à cette biographie celles des artistes qui vivent encore, parce qu'elles seraient trop incomplètes. Nous avons dit un mot de notre collaborateur, dans la préface ; il nous reste à nommer M. Salomon Laugier de Saint- Tronc, bien connu par l'habileté et la hardiesse de son ciseau, et dont une œuvre remarquable (1) a figuré dans le salon de 1866 à Paris.
Ces noms suffisent pour prouver que Saint- Loup est en progrès sous le rapport artistique aussi bien que sous les autres. Il l'est aussi par sa population; car elle n'était que de 1,200 âmes en 1824; elle s'élève aujourd'hui à 2,616, et à 4,000 environ, quand le beau monde de la ville vient respirer notre bon air. Saint-Loup à l'avenir pour lui, il sera bientôt un joli faubourg de Marseille ; et quand les boulevards de la grande cité du Midi arriveront jusqu'au pied de Sainte- Croix, on sera bien aise de lire dans notre toute petite histoire, les vicissitudes de ce quartier depuis le neiiVième siècle de notre ère.
(1) C'est son buste exécuté par lui-même.
Quant aux temps qui ont précédé cette époque, nous avons dit qu'on sait seulement que la forêt de la Garde s'étendait jusqu'à Saint- Cyr, et couvrait la plus grande partie du quartier. Nous aurions dû ajouter qu'entre l'Huveaune et le sommet des montagnes, il y avait de grands mausolées de figure carrée, bâtis avant le Christianisme, et dont quelques uns ont existé jusqu'au commencement du onzième siècle (1).