‹ Histoire du quartier de Saint-Loup: banlieue de MarseilleChapitre 10 sur 13 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

•JSOéNÉRATION RELIGIEUSE DE LA PAROISSE DE SAINT-LOUP. EMBELLISSEMENT DU QUARTIER.

Au mois de septembre de 1825 , Mgr Charles- Fortuné de Mazenod , qui avait pris possession du s^ége épiscopal de Marseille en 1823, jugea à Propos de remplacer M. Peytral, et envoya à Saint- Loup deux missionnaires Lazaristes, qui se trouvaient à Marseille, et se disposaient à {)artir pour les missions étrangères. L'un remplit provisoirement les fonctions de recteur , et s'appelait Solinhac; et laulre qui remplissait la fonclion de vicaire, s'appelait Marre. Ils arrivèrent à Saint-Loup vers la fin de septembre 1825, et y restèrent jusqu'à fin de novembre. Ils firent une espèce de mission qui produisit du bien, mais ils ne restèrent pas assez longtemps pour régénérer la paroisse. La gloire

de celte l-égcnérarion était réservée à M. Abbat (l), Il arriva à SainULoup , vers la fin de novembre

1825, et bientôt tout changea de face dans h paroisse. Son éloquence rendil trop pelite Téglisc qui était presque toujours vide sous M. Peytral, La congrégation des filles fut réformée; les femmeî qu'on y admettait auparavant en furent exclues. Une école de sœurs du Saint-Nom de 'Jésus fu établie pour l'éducation des jeunes filles. L'égli» fut appropriée et pourvue de plusieurs ornements tout en un mot fui amélioré. Après les réparalioni les plus pressantes, M. Abbat, entrepris des tra vaux plus importants : le clocher actuel fut bâti ; 1î grande cloche fut achclée; et le 17 septembri

1826, Mgr Charles-Fortuné do Mazenod, vintlî bénir, et administrer le sacrement de la confîr mation aux enfants de la paroisse. Ce fut une (èb d'autant plus belle que personne ne se souvenai d'avoir vu un évêque à Saint-Loup.

Le 17 février 1827, on ouvrit dans la paroissi

(1) Actudllement recteur de Saiat-Joseph (intrcHnurQ$)i

les exercices du Jubilé de Pannôc Sainte. Il fat prêché par M. Abbal et par M. Isnard, qui éîâit recteur de la Pomme , et l'est encore aujourd'hiri. Ce Jubilé augmenta beaucoup le bien qui s'était déjà fait dans la parois.^e. Plusieurs personnes, qui n'avaient pas remplir leurs devoirs depuis bien des années, s'approchèrent des sacrements et participèrent à la grâce du Jubilé. Cependant nous devons dire, pour cire exact, que le nombre des hommes ne fat pas en rapport avec le zèle et l éloquence du Pasteur. Unecenlaine seulement partii cipèrent à la grâce du Jubilé, et assistèrent aux processions ou stations qu on fit dans les paroisses voisines. Quant aux femmes et filles il y avait à peu prés toutes celles qui pouvaient y être. Les exercices du Jubilé durèrent quatre semaines.

La même année M. Reyijf(o^nd de Trets, établit à Saint-Loup, une fondation de quatre services funèbres par an; et MM. Achard et Léques, héritiers de M. Georges Audibert, acquéreur dé la campagne sur laquelle était hypothéqué la fondation de Saint-Tronc , ayant été sommés de payer les arrérages , le firent et proposèrent de ptuâ de

fl eu l\:U

payer le fond. L'offre fut acceptée et les quinze cents francs furent placés sur l'État, où ils sont encore aujourd'hui.

C'est dans le courant de cette même année qu'un charretier de Saint-Loup, nommé Balthasar, eut la pensée d'acheter une espèce de cariole pour transporter les voyageurs de Saint- Loup à Marseille et vice-versa.

Son idée fut heureuse, son véhicule qui n'avait rien de bien commode, étant suspendu immédiatement sur les essieux, devint bientôt insufiSsant. Balthasar acheta une voilure plus jolie et plus commode, et puis une autre ; et il aurait bientôt fait une pjtite fortune, s'il n'avait pas eu de concurrents. Mais M. Paul, qui possédait plusieurs chevaux à cause de sa fabrique do noir d'ivoire, et qui même, avant l'entreprise de Balthasar, mettait souvent ses voitures à la disposition des habitants, organisa alors un service régulier de Saint-Loup à Marseille. Les autres villages imitèrent l'exemple de notre pays, et l'on vit bientôt les omnibus sillonner en tous sens la banlieue de Marseille.

En 1828, on commença à construire le chœur actuel, dont les murs, comme nous l'avons dit, appartenaient encore à l'ancienne église. L'arceau qui était derrière l'aalel , prit la longueur de la nef; et le mur septentrional de l'ancien chœur fut reculé de plusieurs mètres. On plaça, au fond du nouveau chœur, le tableau qui représente la sépulture de Nolrc-Seigneur, et qui se trouve aujourd'hui dans la chapelle de Saintloseph. Les arlisles Irouvent ce tableau trèsbeau, mais on en connaît pas précisément l'auteur, quelques-uns, dont le jugement nous paraît fondé l'allribuent à Van-Mol, l'un des élèves les plus distingués de Rubens.

Il existe au musée de Marseille un tableau du même auteur qui, par son coloris, sa composition et la physionomie de ses personnages a des rapports frappants avec le chefd'œuvre de notre église.

Pendant que M. Abbat faisait à Saint-Loup tout le bien dont nous venons de parler, et se. faisait admirer de ceux]' mêmes qui ne lui donnaient ni perte ni profil, le Messager de

Marseille, joarnal prêtrophobe de i^'épôque, écrivait que le rccleur de Sainl-Loup mettait le désordre dans la paroisse , et donnait lïeti de regretter son prédécesseur. Après cela fiez vous à la presse et surtout à la presse antireligieuse.

Vers la fin du mois de décembre 1829, M.

Abbat fut nommé recleur de Cassis et remplacé par M. Palle, qui était recleur de cette paroisse. Ce changement d'autant plus mal accueilli à Saint-Loup que M. Palle, saint prêtre, dont nous avons pu longlemps apprécier les vertus, avait été calomnié auprès des habitants sous le rapport du caractère. De faux bruits répandus sur son compte firent naître des préventions qui paralysèrent une partie de ses efforts pour le bien, et nous sommes obligés de dire, pour être fidèle à la vérité, que pendant les vingt-deux ans qu'il est resté Saint-Loup, le succès n'a répondu à son zèle. Son zèle était grand cependant, nous en avons nous même éprouvé les effets. C'est lui qui nous initia aux études ecclésiastiques, c'est lui qui nous a ouvert

les portes da sanctuaire. C'est lui qui le 2 février 1833 nous a revêtu solennellement de notre saint habit, devant un grand nombre de nos concitoyens, qui voyaient cette cérémonie pour la première fois dans la paroisse.

Le 28 mars 1832 mourut à Saint-Loup M. Eustache Richaud (1), qui avait été pendant 1res longtemps marguillier de la paroisse. C'était un saint homme qui édifiait le pays par sa piété, dans un temps où elle y était rare. Il s'approchait de la sainte table tous les jours de dimanches et fêtes ; chose presque inouïe à Saint-Loup, avant l'année 1825, ainsi que nous l'avons fait observer. Ses obsèques se firent avec une solennité extraordinaire pour le pays. On y remarquait surtout un certain nombre de pauvres dont il avait été le bienfaiteur.

Le 11 juin 1832, le duc d'Orléans, devant passer devant Saint-Loup , pour aller de Marseille à Toulon, le garde-champêtre du quartier, qui était très-dévoué à la dynastie, fil élever à l'entrée du

(1) C'était Taïeul maternel de Mademoiselle Gouiran.

village une espèce d'arc de triomphe , sur lequel on lisait d'un côté : Vive la Garde Nationale y et de l'aulre : Vive la Ligne. Au milieu était le quatrain suivant :

Ces soldats citoyens, ce peuple qui t'entoure, Ne sont point tels qu'on peint les esclaves des rois. Prince, au jour du danger, accourant à ta voix, Tu verras s'ils sauront répondre à ta bravoure.

ATarrivée du prince, le garde-champêtre, premier et dernier fonctionnaire de Saint-Loup, prit entre les bras son fils, âgé de douze ans au moins, et l'élevant au milieu de la foule, il lui cria d'une voix de stentor : Mon fils , voilà ton prince.

Pour tout dire, en un mot, le garde-champêtre résuma en lui seul l'enthousiasme de tout le village, manifesté seulement par le bruit d'un grand nombre de tambourins.

Le 25 août de la même année , à cinq heures du matin , la femme du sieur Pierre Pignatel , fermier de M. Verdillon, allant à Marseille sur une bête de somme porter des fruits au marche, fut écrasée 'avec sa monture au pont de Vivaux, entre les deux diligences de Toulon (Avon et Lan-

gier) , qui à Tépoque de leur élablissemenl, rivalisaient de vitesse.

Le 22 juillet 1834 , Saint-Loup fut le ihéalre d'une grande manifestation politique. Les légitimistes de Marseille s'étaient unis avec les démocrates, afin de pouvoir faire passer aux élections les députés réformistes , c'est-à dire, qui s'engageaient à demander des réformes politiques. Leurs efforts réussirent. M. Berryer fut nommé député avec M. Laboulie. Un magnifique banquet de quaire cents couverts, présidé par M. Démostliène Ollivier, leur fut donné dans l'allée qui va du château de la Moutte à THaveaune. Les brillantes décorations de ce repas étaient blanches et rouges, pour indiquer l'union des deux partis. M. Berryer fit entendre son éloquente parole du haut du balcon. Elle fut accueillie comme toujours par des applaudissements et des vivais. Saint-Loup n'avait peut-être jamais va de fêtes aussi brillantes. M. de Pontevès, député de Brignoles, assistait aussi à ce banquet.

Le 21 septembre de la même année, l'église de Saint-Loup fut consacrée solennellement par Mgr

Charles-Joseph Eugène de Mazenod, évêque dlcosie et vicaire général du diocèse.

Vers le même temps, la chaire aciuelle fut placée, et Tautel de Saint-Loup qui était en bois fut remplacé par un autel en marbre (l).

L'année 1835, Marseille fut affligée par l'apparition du choléra, qui sévit surtout à la fin de juillet. Les Marseillais se réfugièrent en foule à Saint-Loup ; toutes les habitations étaient encombrées, et on avait même élevé des tentes dans le magnifique bois de Saint-Tronc , qui était transformé en village. Une pluie battante força une nuit ces malheureux réfugiés a demander l'hospitalité aux maisons voisines. Quelques émigrés furent emportés par la contagion , mais pas un seul habitant du pays ; aussi , dès qu'elle eut cessé, on alla en procession à Notre-Dame de la Garde, pour rendre des actions de grâces à l^êu.

C'est vers cette époque que le village de Saint- Loup commença à s'embellir. La rue principale, qui n'est autre que la route impériale, fut pavée.

(lî) C'est aujourd'hui l'autel de l'enfant Jésus.

Page 1