‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 113 sur 315 · LIVRE m. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAPITRE III

les fonctions de Supérieursde séminaires, de Régents dans les collèges, ni autres relatives à l'éducation publique, » était sans doute tombée en désuétude ; en tout cas, aucune opposition ne fut faite à son entrée en charge.

Le collège de Dinan était un ancien monastère qui, sous le nom de Notre-Dame-de-Ia- Victoire, avait été longtemps occupé par des Bénédictines réformées. Kn 1746, un violent incendie av^it détruit une grande partie des bâtiments, et plusieurs religieuses avaient péri dans les flammes. Celles qui restaient se voy.iiit réduites à un petit nombre et privées de toutes ressources, s'adressèrent en 1770 à Mgr l'évéque de Saint-Malo, et lui demandèrent d'être dispersées en différentes communautés. Le prélat accueillit favorablement leur demande, et au mois de juillet j772, elles quittèrent leur couvent pour n'y plus revenir. Mgr des Laurents conçut le projet de le transformer en collège diocésain; après bien des négociations qui tramèrent plusieurs années, il devint maître du local, et le fit réparer et agrandir à ses frais'.

Le P. de Clorïvière succédait à M. l'abbé de Rouillac qui avait compté parmi ses écoliers le jeune de Chateaubriand. Peu de détails nous sont restés sur cette période de sa vie. On se contente de dire en général qu'il fit a prospérer le collège par sa bonne administration, » que la « discipline pleine de sagesse qu'il introduisit, les soins assidus qu'il donna aux études, les sentiments de piété qu'il inspira aux

1. Luic.i Odorici. Becherches sur Binan et ses environs, p. 3tiU. — La Yie du R. P. Pierre-Joseph Picot de Cloriviére, 1" p;iiliL', p. 13.

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élèves contribuèrent en peu de temps à le mettre en grande réputation. »

A une petite distance de Dinan, est une source d'eaux minérales, où beaucoup de malades venaient tous le» ans à la belle saison demander des forces ou la siuité. Comme il n'y avait point d'hôtellerie auprès de la source, ils prenaient leur logement à la ville : plusieurs étaient reçus dans les communautés religieusea. Parmi ceux-ci se trouvait une noble chrétienne, déjà bien connue par les oeuvres de sa charité envers les pauvres et les infirmes, et dont le nom reviendra souvent dans ces pages.

M"* Adélaïde-Marie de Cicé était le douzième enfant de Mcssire Jérôme -Vincent Champion de Cicé, capitaine des dragons au régiment de Bretagne, et de Dame Marie-Rose-Françoise de Varennes. Elle naquit le 5 novembre 1749, sur la paroisse de Saint-Aubin de llcnnes. Sa première enfance s'écoula dans les larmes; son père mourut quand elle n'avait encore ipu' deux ans, et sa mère ne sembla pas d'abord avoir pour elle la même affection que pour ses frères et sœurs. Ces précoces tristesses et- ce douloureux sevrage des caresses maternelles augmentèrent encore sa sensibilité naturelle, et remplirent son cœur d'une immense compassion pour les malheureux.

Le monde parut un instant lui sourire : la noblesse de sa naissance, les qualités aimables de sa personne promettaient à sa vanité des triomphes faciles, et comme autrefois la Bienheureuse Marguerite-Marie et sainte Thérèse elle-même, elle laissa refroidir sa ferveur et rechercha les moyens de plaire et d'être louée. Un jour qu'une de ses amies lui reprochait

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avec douceur ce fflcheux changement ; a Je remplis les préceptes, » lui répondit-elle avec humeur. Malgré cette brusque réplique, elle avait été frappée au vif; et la grâce reprenant le dessua, elle dit résolument adieu à toutes les frivolités.

Notre-Seigneur la voulait à lui; il ne tarda pas à l'appeler par de secrets désirs de vie religieuse. M"' de Cicé, prompte à obéir, entra au monastère de la Visitation, à Rennes; mais on reconnut bientôt qu'elle n'était pas faite pour le silence et la solitude du cloître. En attendant que la volonti? du oiel se déclarât, elle se remit avec un zèle nouveau à ses œuvres de miséricorde. Telle était sa délicatesse et son joyeux empressement à se porter au soulagement detoutes les souffrances, qu'on disaitirelle : a Bientôt M"* de Cicé blessera les pauvres, alin de se procurer le bonheur de les guérir. »

Elle avait trente ans lorsqu'elle perdit sa mère. Pendant les six premiers mois de son deuil, elle s'enferma dans le monastère des Carmélites de Rennes; elle demanda ensuite un asile aux Dames de la Retraite, dites Dames Budes, du nom de M"* Anne-Marie de Budes, leur fondatrice, et consacra tout son temps au soin des malades et des nécessiteux. Puis, obéissant aux impulsions d'un cœur qui avait besoin d'immolation, elle quitta 1rs Dames de la Retraite et entra â l'hospice des l[i< niables, où elle passa plusieurs mots dans l'exercicG de la plus héroïque charité. Ses forces fléchiront bientôt sous le poids du travail. Un de ses frères, qui fut ensuite évêque d'Auxerre, l'obligea à retourner chez les Dames de la Retraite ; et à la belle saison , il l'envoya

prendre les eaux de Dînan. C'est là qu'elle rencontra pour la première fois le P. de Clorivière. a Elle eut le bonheur, dit son biographe, dy être sous la conduite d'un grand serviteur de Dieu, d'un digne

enfant d'Ignace de Loyola Nommer ici le P. Picot

Clos-Rivière, ajoute-t-il, c'est nommer un Evangile vivant, un directeur accompli, de mœurs angéliques, et d'une piété, d'une bonté vraiment enchanteresses. . . Il n'est pas possible d'exprimer ici tout le bien qu'il a fait à sa fidèle pénitente. Nouveau Boursoul à son égard, il a continué pour elle, et pendant un grand nombre d'années, les actes d'un fort heureux ministère ^ » Avec cette sûreté de regard que possèdent les saints, le supérieur du collège de Dinan découvrit bientôt les riches qualités de la pensionnaire de Rennes, et les grandes choses qu'on pouvait en attendre pour la gloire de Dieu ; celle-ci de son côté, par un secret mouvement du Saint-Esprit, reconnut dans ce prêtre le guide qu'elle cherchait depuis tant d'années, et elle lui demanda de la prendre sous sa direction.

Le 24 janvier 1789 paraissait le décret de convocation des Etats-Généraux. Les élections envoyèrent aux Etats deux des frères de M"* de <]icé, l'évoque d'Auxerre et l'archevêque de Bordeaux. Ce dernier, par défaut de lumière ou d'énergie, allait bientôt, comme on sait, d'abord au sein des Etats, et quelque temps après, dans les conseils du gouvernement, en qualité de garde des sceaux, jouer un rôle et exercer

1. L*abbé Carron, Nouveaux justes dans les conditions ordinaires de la Société Abrégé de la vie de M"« Âdélaîde-Marie

de Ci ce.

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