LIVRB III. CHAPITRE III
une influence dont ne devaient profiter ni l'Eglise, ni la monarchie. Les intentions les plus droites ne Muvent pas toujours des illusions les plus malheureuses. Rappelons cependant qu'îuslruit par une prompte expérience, l'archevêque do Bordeaux regretta vivement plus tard des concessions qui avaient contribué à amener la fusion {les trois Ordres en une seule assemblée délibérante, ot h mettre le pays sur la voie qui aboutit à la déclaration schîsmatique promulguée sous le nom de Constitution civile du clergé.
Un des amis du P. de Clorivièrc, le curé de Plaintel, chef des missionnaires du diocùsc de Saiiit- Brieuc et futur martyr, ne fut pas lui-même d'abord à l'abri de la séduction des mots et des promesses de la Révolution. Ame franche et loyale, il crut à son programme, et il salua sincèrement l'avènement d'un ordre de choses qui se donn;iil pour unique mission de porter remède aux abus. Il accepta même la charge de président du département (U\s Côtes-du- Nord, dans la seule vue de mieux servir les intérêts de l'Eglise. Mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'on avait d'autres idées et qu'on poursuivait un autre but autour de lui, et il s'empressa de donner sa démission. En même temps, pour effacer la mauvaise impression et peut-être le scandale cjui' sa conduite antérieure avait pu faire naître dans l'iime des lidèles, il publia un écrit dans lequel il exposait les motifs qui l'avaient fait agir, et combattait avec vigueur les principes pernicieux qu'on s'efforçait de répandre.
Le P. de Clorivière n'avait jamais partagé ces illusions. Victime lui-même de la Kévulutiou, il la
'238 HISTOIRE DU P. DE CLOftlVlERE
connaissait de longue date, et il ea suivait avec imiuiétude et une sorte d'effroi la marche ascendante. « Nous ne savons à quels temps désastreux nuus sommes réservés, » écrivait-il à M"" de Cicé au moi» d'août 1788; mais depuis les élections géaérali;s, ses inquiétudes ont grandi : « Je n'augure p:is bien du tour que prendront les affaires politiques aux Etats-Généraux; mais je crains beaucoup plus pour celles de la religion, vu la disposition de la plupart des esprits : les ecclésiastiques qui s'y trouveront auront besoin de beaucoup de force. La religion est perdue, si ce qui la regarde est remis snus distinction au vœu général de TÀsseinblée, et si le clergé, comme il convient, n'est pas juge unique Je ces matières. » Ces funestes prévisions ne devaient que trop fidèlement se réaliser. Nous n'avons pas à faire l'histoire des nombreux attentats commis alors tuEitre l'Eglise et contre Dieu; il nous suffira de rappeler ceux qui ont une liaison plus étroite avec notre sujet.
Le 13 février 1790, l'Assemblée prononça la supprodsion des vœux de religion. Elle décréta que )a loi tosserait de reconnaître les vœux solennels; qu'en conséquence, les Ordres dans lesquels on fait de pareils vœux étaient et demeuraient supprimés, sans qu'il put en être établi de semblables à l'avenir. Tous les individus qui composaient les maisons religieuses avaient la permission d'en sortir, et il devait être pourvu à leur sort par une peasion convenable. Ce décret injuste et sacrilège ne fut pas volé sans que les catholiques de l'Assemblée, et surtout les évéques, fissent entendre de solennelles