LIVRE III. CHAPITRE V. 2tifl
A Paris, les adhésions furent plus nombreuses. Le P. de Clorivière demeurait au sùniinaire des Missions étrangères, qui avait alors pour supérieur M. Martin Hody. a un saint vieillard qui iip respirait 4}ue la gloire de Dieu et le salut des âmes. » Il s'ouvrit à lui de ses projeta. M. Hoily demanda du temps pour réfléchir; puis, après avoir prié, il n'hésita pas à déclarer de la manière la plus positive qu'ils lui paraissaient venir de Dieu; il ajouta que lui-même embrasserait ce nouveau genre de vii', s'il n'en était empêché par son grand âge; mais i|u'il le seconderait de tout son pouvoir. Il tint parole. Il amena au P. de Clorivière un pieux ecclésiastique, grand vicaire du diocèse de Nevers, et bientôt après de celui de Paris, M. Gabriel Després, qu'une fin glorieuse attendait aux Carmes, aux funestes journées de septembre; et il lui ménagea encore d'autres relations, en sorte qu'en peu de temps six associés, parmi lesquels il y avait un jeune olerc qui n'était que minoré, et un laïc, se trouvèrent groupés auprès <lu fondateur.
C'étaient des débuts bien humbles. Le P. do Clorivière jugea pourtant que le moment était venu de donner, comme il dit, a quelque commenenment » à la Société. 11 avait montré son plan à M. l'iibbé de Floirac, vicaire -général et administrateur du diocèse fie Paris en l'absence de l'archevêque, et en avait obtenu une approbation très louangeuse ; il avait également, par son entremise, reçu du prélat retiré à Ghambérj' <t une réponse très favorable et Irés encourageante, »
Tout lui paraissait donc prêt. "Comme saint Ignace,
il comptait sous son étendard neuf compagnons, dont trois étaient encore retenus en Bretagne. Il donna rendez-vous aux six autres pour le jour de la Purification de la sainte Vierge, 2 février 1791, au même lieu où, deux siècles et demi auparavant, sous les auspices de Marie, le fondateur de la Compagnie de Jésus avait voulu placer le berceau de son Ordre, sur cette colline de Montmartre, sanctifiée par le sang des martyrs, et destinée de Dieu, ce semble, à faire descendre sur la grande cité qui se déroule à ses pieds les grâces de la miséricorde et du salut.
Dans cette première réunion, les membres de la nouvelle Société ne devaient encore s'engager par aucun vœu exprès, mais seulement, en témoignage de la disposition de leur cœur prononcer l'acte de consécration que saint Ignace met sur les lèvres de celui qui fait les Exercices, après la méditation du Règne de Notre-Seigneur. En^ 6 Rex suprême,... Me voici j ô Roi suprême... Un acte d'association spirituelle, destiné à être lu après l'acte de consécration, fut signé par tous. Les trois jours qui précédèrent la fête furent employés à la prière et au recueillement. Le P. de Clorivière développa, dans une suite de conférences, la nature et l'étendue de l'acte qu'on allait accomplir. Il était convenu que, après cette consécration, chacun s'efforcerait d'agir en toutes choses comme s'il était réellement lié par les vœux de religion.
Le matin du 2 février 1791, le P. de Clorivière et cinq de ses compagnons (le sixième n'avait pu venir), se dirigèrent donc vers le sanctuaire de Montmartre. Leur troupe était petite par le nombre, mais grande