‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 129 sur 315 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MODIFICATION DU PREUIER PROJET MMENCEMENT DE L'œUVRE DANS LA CHiU>ELLE DE MONTMARTRE

Les oppositions qu'il avait rencontrées avaient tout d'abord surpris et jeté dans l'irrésolution le P. de Clorivière, N'avait-il pas compris la volonté de Dieu? Avait-il élé le jouet d'une illusion? 11 pria, il médita; et bientôt, dit-il, il lui vint on pensée « que Dieu avait permis ce qui venait d'arriver afin qu'il prit une autre voie; que l'établissement de la noiivelle Société et le rétablissement de l'ancienne Société n'étaient point deux choses incompatibles; et que ces deux Sociétés pourraient même se servir mutuellement, n tout en restant séparées, et en agissant chacune dans sa sphère et selon son esprit propre,

L'œuvre ainsi restreinte et mieux définie, il s'occupa de lui chercher des adhérents. Deux prêtres seulement avaient jusqu'alors donné leur nom , MM. Gautier etEngerran, du diocèse de Saint-Malo. La persécution en amena bientôt un troisième, M. Cormaux, le directeur des Missions bretonnes.

En effet, le décret de l'Assemblée nationale du 27 novembre 1790, portant qu'il serait pourvu au remplacement de tous les ecclésiastiques en fonction qui refuseraient de prêter serment à la Constitution générale du royaume et, par suite, à la Constitution civile du clergé^ précédemment votée et promulguée, avait été sanctionné parle Roi le 26 décembre, et d'un moment à Tautre, le curé de Plaintel devait s'attendre à être expulsé de son église et remplacé par un prêtre assermenté. En présence de cette situation, il jugea que le moment était venu de faire ce qu'il s'était contenté d'abord d'approuver, et d'entrer dans une Société principalement établie pour les jours de trouble ^

1 . Le serment n'était exigé que des ecclésiastiques appelés fonC" tionnaire» puhliia par le décret. Pour ne pas effaroucher ropinion, et peut-être pour offrir aux âmes moins fermes un moyen de le prêter sans paraître trahir leur conscience, TÂssemblée avait évité de faire une mention expresse de la Constitution civile du clergé dans la formule proposée. Voici cette formule : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles du diocèse (ou de la paroisse) qui m'est confié, d'être fidèle à la nation, à la loi et au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi. » La mauvaise foi et la lâcheté ou la faiblesse purent s'emparer de cette réticence : pour les âmes généreuses, elle ne fut qu'une inutile hypocrisie. On sait avec quel courage et quelle fermeté dignes de leur cause et de leur caractère, les évêques et l'immense majorité du clergé repoussèrent le serment imposé par l'Assemblée nationale, et préférèrent au parjure la privation de leurs biens et de leurs dignités, l'exil, les mauvais traitements et même la mort. Il y eut presque unanimité dans les rangs de Tépiscopat. Les deux frères de M"* de Gicé, l'archevêque de Bordeaux et l'évêque d'Auxerre, firent noblement leur devoir. L'archevêque de Bordeaux répara les fautes qu*il avait commises comme député et garde des sceaux; il refusa le serment, et le iO janvier 1791, il adhéra à VExposition des principes.

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