LIVRE IV. CHAPITBE I
mariée à M. Claude- Vincent des Rassabloiis, Doi lendemain de ses noces, elle envoya à Thôpital une somme de trois mille francs, que son mari lui avait abandonnée pour ses menues dépenses. Ce Irait peint la vertu dominante de sa vie. (testée veuve de bonne heure, et n'ayant point d'enfants, elle se livra tout entière aux œuvres de charité; après avoir sacrifié sa bourse et son temps^ elle se sacrlQa ellemême. Elle entra dans la Congrégation des Dames de la Charité. A Saint-Malo, on l'appelait « la sainte. » Ceux qui la connaissaient mieux, disaient en parlant d'elle : « L'orateur ou l'écrivain qui publiera les vertus de M™ des Bassablons peut se livrer à toute son imagination ; il n'exagérera point en louant sa charité sans bornes, sou humilité profonde. »
Quand éclata la Révolution, elle sut, comme directrice de la maison de la Providi?ncc, procurer du travail et du pain à près de six cents pauvres. La détresse des ômes la touchait encore plus que les souffrances des corps. Ses secours allaient jusqu'aux femmes de mauvaise vie, et comme on lui en faisait des reproches, elle se défendit de ses largesses comme s'était autrefois défendu saint Ignace : « Oh! si j'avais le bonheur de sauver une âme, que je serais heureuse? Mais quand je n'empêcherais qu'un péché mortel, ne devrais-je pas tout souffrir pour cela?»
La Terreur éclata bientôt; M"'' des Bassablons avait une peur extrême de la mort ; on la pressa d'émigrer; l'amour de ses pauvres la retint. Mais cette crainte était toute dans la partie inférieure de l'âme, et ne l'empêchait de remplir auf un des devoirs de la plus héroïque charité. Sa maison était ouverte
à tous les prêtres; elle pénétrait jusque dans les cacliots, et portait aux prisonniers les secours quelle avait su se procurer. A la voir si ferme, si maltresse d'elle-même, personne n'aurait deviné les frayeurs intimes contre lesquelles elle avait à combattre. C'était chez elle plus qu'une appréhension; c'était une sorte de certitude qu'elle mourrait de mort violente. Elle racontait que le P. de Bricourt, ancien Jésuite, le lui avait prédit, et depuis quinze ans, elle avilit fait ses dispositions testamentaires'.
Kufin, le jour fatal arriva, a Celle qu'on appelait i\u( re-Dame-de-Bon-Secours, qui n'avait peut-être pas laissé un seul grenier dans la ville de Saint-Malo où, pendant un demi-siècle, elle n'eût porté la paix et la consolation, d fut arrêtée par les ordres du proconsul Le Carpentier, Conduite le i3 avril 1793 à la maison d'arrêt, » elle y fut reçue comme une waiiite. » Dans cette dure captivité, qui dura plus d'une année, M™ des Bassablons continua se mission de charité et de zèle apostolique. Elle disait souvent, dans l'intimité, à une de ses amies : a Oui, je serai guillotinée; ils m'ont trop fatiguée avant que je vins-:e ici, pour que ma vie ne se termine pas ainsi; s mais elle disait cela sans trouble, et bientôt elle reprL'nait son enjouement.
I^a ville de Saint-Malo était lasse des spectacles de sang que lui avait trop souvent donnés son féroce proconsul. Le Carpentier, pour contenter ses haines sans compromettre sa sécurité, prit le parti d'envoyer
l. Le P. Etienne Heurtaull de Bricourt, né à Saint-Malo le I4jui[i i724, entré dans la Compagnie le tO août 1740, et profësdet quaip.' vœux en 1758.