Dauban. La Démagogie en 1793 à Paris, p
LIVRB IV. CHAPITRE I
il était caché, fut invitée à passer ce jnur-là dans les exercices de la pénitence, et dans une oraison plus prolongée devant le saint Sacrement. La journée s'ouvrit par une amende honorable. La prière, le silence, le jeûne et d'autres mortifications îa remplirent tout entière. Vers le soir, il y eut une seconde amende honorable; elle ne dura pas moins de trois quarts d'heure. Tous les assistants fondaient en larmes. M. Cormaux, la corde au cou et s'abandonnant à toute l'ardeur de son amour blessé, fit éclater de la manière la plus touchante les sentiments dont son cœur était pénétré. Il pria ^on adorable Sauveur de ne pas le laisser survivre à tant d'abominations, et de le recevoir comme une victime d'expiation; il protesta qu'il était prêt à endurer les plus affreux tourments et la mort la plus cruelle, pour obtenir aux coupables grâce et miséricorde. En terminant, il exhorta ceux qui étaient présents, h faire à Dieu le sacrifice de ce qui leur coiltait le plus, et après les avoir abandonnés un instant à leurs réflexions, il donna au milieu de Témotion de tous, la bénédiction du saint Sacrement.
Les généreux désirs du saint prêtre allaient être exaucés. M . Cormaux avait traversé les sept premiers mois de l'année 1793 sans avoir été arrêté une seule fois. La Providence veillait sur lui d'une manière spéciale. Il ne craignait pas de Faire quehiue ministère; une fois même il avait donné aux religieuses qui l'abritaient sous leur toit une retraite, et plusieurs personnes du voisinage l'avaient suivie. Mais au commencement du mois d'août, peu après la cérémonie de réparation dont nous venons d'être
tiMiioias, il apprend qu'une religieuse de Pontoise, comme de lui, était dangereusement malade et n'avait personne pour l'assister. II n'hésite pas à se mettre aussitôt en route, console la malade, lui administre ios sacrements de l'Eglise, et du même coup a le honliour d'entendre les confessions d'un certain iiotLibre de personnes demeurées fidèles, et de leur J(Hiiior la sainte communion. Le 9, il reprend le rlii'inin de Saint-Denis; mais il est arrêté presqne aussitôt, et ramené à la ville. Comment dire sa joie? Il donne libre carrière à son zèle, il prêche à ses coiiLpagnons de captivité et il en confesse plusieurs.
I.o 15 août, fête de l'Assomption, avait été le jour iï\''- pour l'émission de ses vœiix. Quelle plus belle occasion d'ajouter ces précieuses chaînes à celles duni les hommes venaient de charger ses mains? Lr prisonnier pour Jésus-Christ^ comme il s'appclnit, ne la laissa pas échapper, et bientôt après, il (it savoir au P. de Clorivière « qu'il était à lui plus qui' jamais. »
i>c Pontoise, M. Cormauxfut transférée Versailles. Il V arriva un dimanche, et vit une grande foule se presser devant l'église qui était ouverte. Il se signe avei^ respect, puis s'adressant au peuple : « Je suis ]ir^lrc, dit-il, on me conduit en prison, parce que je n'ai pas fait le serment qu'on exige; j'en bénis le Soigneur; on ne doit jamais agir contre sa conscience. M'Hirir plutôt que de pécher; oui, mourir plutôt que dUlVeaser un Dieu notre Créateur qui mérite, par tant de titres, tout notre amour. » Traduit devant SCS juges, il les jeta dans l'étonnement, et leur im|>09a une sorte de respect par la liberté tout apos-
LIVBB IV. CHAPITRE I, :m
tolique avec laquelle il leur répondii. On s'aperçut qu'il cachait quelque chose sur sa puiliine. a C'est mon crucifix, dit-il; c'est l'ima^'e de mon cher Sauveur. Ahl si nous avions une rai plus vive!.. Comment des chrétiens peuvent-ils iil> pas répondre à son amour? Comment peuvent-ils l'outrager dans sa majesté, dans ses bienfaits? Comment peuvent-ils blasphémer son saint nom? »
Le prêtre qui a écrit sa vie, M. Lassausse, prêtre de Saint-Sulpice, était alors à Versailles; il fut arrêté et jeté dans la même prison que !<; missionnaire; c'était celle dite des Récollets. Les rapports les plus intimes ne tardèrent pas à s'établir entre les deux captifs. Le nouveau venu, sur l'invitation de M. Cormaux, trouva moyen de faire pénétrer jusqu'à eux le Dieu qui console toute douleur, « Les dnux cellules furent alors deux chapelles, et notre précieux trésor fut si bien caché, que malgré les visites fréquentes et rigoureuses que l'on faisait pour découvrir certaines lettres et d'autres papiers, on ne
soupçonna jamais rien Nous nous enfermions
pour faire la sainte communion avec autant de précautions qu'enprennent les méchants pour commettre un grand crime. Mais, ô mon Dieu, vous seul savez les douceurs ineffables dont notre cœur était inondé dans ces moments de bénédiction, où une créature peut dire, en parlant de son Sauveur : u Je tiens, je possède le Sauveur de mon ôme. Jésus-Christ est avec moi et en moi I Qu'ai-je à craindre en possédant celui qui peut tout? »
L'ancien directeur des missions du diocèse de Saiut-Brieuc ne sut pas résister à sa passion de
parler de Dieu et de prêcher. Son séjour de plusieurs mois dans sa prison fut comme une mission perpétuelle; il dirigeait les prêtres renfermés avec lui, et en ramena plusieurs qui avaient eu la faiblesse de prêter le serment schismatique de la Constitution civile du clergé; il confessait tous les jours à des heures réglées; ce il donna même deux retraites auxquelles assistèrent quinze personnes; et ce qu'il y a encore de très surprenant, dit son historien, c'est que les observateurs de la maison, qui étaient en assez grand nombre, ne s'en aperçurent point. »
Quand il fut tiré des Récollets vers le commencement du mois de mai 1794, il fut accompagné par les regrets et par les larmes d'un grand nombre de détenus. La consommation de son sacrifice approchait. Il fut successivement renfermé à la maison d'arrêt de Versailles, puis à l'avenue de Saint-Cloud, à Chaillot, à la Conciergerie, à la prison du Plessis; partout fidèle à lui-même, parlant de Dieu et de l'éternité, le corps abattu par tant de secousses et de souffrances, mais Tâme toujours forte et intrépide. Enfin le grand jour arriva. M. Cormaux fut traduit devant le tribunal révolutionnaire. Les crimes dont il était coupable étaient de ceux qui ne trouvaient point grâce devant ces hommes de sang; il fut condamné à mort, le 9 juin 1794, et exécuté le même jour sur la place de la Bastille.
Quelque temps après, partageait le même sort et montrait le même courage, une généreuse chrétienne, compatriote et fille spirituelle du P. de Clorivière.
M°" Thérèse des Bassablons était née à Saint-Malo, le 3 décembre 1728. A l'âge de vingt ans, elle fut