‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 148 sur 315 · LIVRB IV. CHAPITRE II. :I · texte numérisé non relu

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de la Révolution; mais enfin le terrible Iribuiial se souvint d'eux, et douze d'entre eux furent condamnés à mort.

M. Tronçon du CouJray, le futur défenseur de la reine Marie-Antoinette, plaida la cause d'Angélique DeBilles, mariée à M. Desclos de la Fonchais, lieutenant de vaisseau, alors retiré en Angleterre. Dans l'entretien secret qu'il eut avec elle. M"' de la Fonchais afiirma qu'une somme d'argent, remise par ses soins à M. de la Rouairie n'était point à elle, mais à une tierce personne, qui ta lui avait confiée el en avait prescrit l'emploi. « Que dites-vous là. Madame? s'écria le généreux avocat; votre cause est sûre; vous ne pouvez être condamnée; déclarez -moi seulement quelle est cette personne. » — « Non, répondit-elle; je ne serai point la dénonciatrice de mou amie; et s'il le faut, je saurai mourir. » Le défenseur, dans son plaidoyer, appuya vivement sur la certitude intime qu'il avait de l'innocence de sa cliente; mais la noble délicatesse de celle-ci ne lui ayant pas permis de faire la preuve de son ailirmation, et les jurés ayant attesté qu'ils étaient sufiisamment instruits, la sentence capitale fut prononcée. Quelqu'un voulut alors insister auprès d'elle pour qu'elle se déclarât enceinte : « Moi? reprit-elle avec indignation! Il y a trois ans que je n'ai p.is vu mon mari! s II ne restait plus qu'à mourir. Les douze condamnés marchèrent noblement au supplice ; catholiques et royalistes, ils refusèrent l'assistance des prêtres constitutionnels, et présentèrent leur tête au bourreau en criant : « Vive le Roi ! o Le lendemain, les journaux, racontant l'exécution de ces

infortunés, dirent qu'ils étaient morts <c avec la gaieté de fanatiques qui se croient des martyrs. » C'était le 18 juin 1793'. Le P. de Clorivière avait-il été informé de cette captivité des siens et de leur condamnation à mort? avait-il pu faire pénétrer des consolations jusqu'au fond du cachot où ils avaient langui? Avait-il pu du moins, comme il arrivait quelquefois, se mêler à la foule qui entourait leur échafaud, et faire descendre sur ces âmes si chères la grâce d'une suprême absolution ?

A la nouvelle de ce sinistre dénouement, un des fils de M. de Limoêlan, alors émigré, que le P. de Clorivière avait toujours entouré d'une aiïection spéciale, Joseph de Limoêlan, ancien officier au régiment d'Angoulême, où il était entré dès Tâge de quinze ans, s'empressa de revenir en France pour venger son père, et faire une guerre à mort à la Révolution. Il s'engagea d'abord dans les partisa7is royauXj puis devint chef de chouans dans les environs de Saint-Méen et de Gaêl, et enfin adjudantgénéral dans les troupes commandées par Georges Cadoudal. Joseph de Limoêlan était réservé à d'étranges destinées : nous le retrouverons plus tard.

Son plus jeune frère Victor, suivit son exemple ; outre le meurtre de son père il avait à venger ses

i. Grétineau-Joly. Histoire de la Vendée militaire^ T. III, ch. II. — Manet. Biographie des Malouins célèbres. SainMIalo, 1824, p. 299. Dans la Liste générale et très exacte des noms, âges.., de tous les conspirateurs qui ont été condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire, N^ i, Van II de la Répuhliquej on trouve le nom de « Michel-Âllain Picot Limoêlan, âgé de 59 ans, natif de Saint-Malo, ci-devant gentilhomme breton, convaincu de conspiration, exécuté le 18 juin. »

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propres injnres. M. Victor de Limoôlan était ofTicior de marine. En 1791, il avait été attaché à l'expédition envoyée à la recherche de la Pérouse, sous les ordres de Tamiral d'Entrecasteaux. A son retour on France, il trouva son nom inscrit sur la liste des émigrés et il faillit être fusillé en cette qualité. Il fallut, pour le sauver, les plus pressantes démarches do ses amis, et les clameurs universelles de la marine. Mais il fut renfermé dans la citadelle de Port-Louis, et il y resta longtemps. Aussitôt qu'il eut recouvré sa liberté, il se jeta dans la guerre civile, obtint une po<<itioii élevée dans l'état-major des chouans de Normandie, aux ordres de M. de Frotté, et périt dans une escarmouche obscure, incident ordinaire de cette sorte de guerre ' . Au milieu de cette tempère, qu'était devenue la sœur du P. de Clorivière, religieuse au couvent do la Visitation de la rue du Bac? Par son courage et sa fermeté tranquille elle fut digne de si beaux exemples. Au mois de mai 1792, elle écrivait à son frère qu'elle attendait de jour en jour l'arrivée des commissaires qui devaient venir l'arracher par la force de sa retraite, et qu'elle saluait avec joie a la perspective de la guillotine. » Le 5 septembre, à la suite sans doute des nouveaux décrets portés le 18 août précédent contre les congrégations religieuses, ordre lui fut donné, et fi toutes ses compagnes, de quitter sa clôture et de rentrer dans le monde*. Les Filles de Sainte Chantai durent céder

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