‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 147 sur 315 · LIVRE IV. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE II

et tel était l'ascendant exercé par la vertu de cet homme, que les juges ae laissèrent fléchir et, dès le lendemain, il était rendu h la lihei-té et à son apostolat.

M. Vielle ne se troublait jamais, ne s'efîravait d'aucun péril, parce qu'il avait remis son sort entre les mains de Dieu : il partageait sur ce point la foi vive et l'inaltérable confiance en Dieu du P. de Clorivière. Dans les premiers temps de sou arrivée à Saint-Malo, il pouvait de la petite chambre qu'une pieuse femme avait louée pour lui, voir l'écliafaud où Le Garpentier envoyait ses victimes iV la mort. On lui demandait si cette vue ne lui causait pas quelque frayeur, et s'il dormait tranquille : u J'ai toujours pris soin, répondit-il avec un aimable enjouement, de mettre le soîr mes inquiétudes au pied de mon lit. Quand on repose entre les bras du Seigneur, on peut prendre doucement le repos do l'enfant sur le sein de sa mère. »

Encore un trait pour finir. Ce n'était pas seulement auprès des chrétiens demeurés constamment fidèles que M. Vielle était appelé, a La mort, à laquelle ils avaient donné tant d'hommes à dévorer, dit la notice à laquelle nous empruntons ce récit, dévorait A leur tour les hommes de sang; et quand tout n'était paw consommé dans l'œuvre de leur réprobation, eux aussi tremblaient en face de leur conscience, et se demandaient avec effroi quelle justice les attendait au delà du tombeau... » Oh! si je pouvais avoir un prêtre, me confesser! les eutendait-on s'écrier souvent; mais non : il n'y a plu.s de prêtres!... Oh ! l'enfer! l'enfer!... Ils y croyaient alors... Plusieurs

furent assez heureux pour avoir auprès de leur couche d'agonie quelque émissaire de notre cher apôtre; il accourait sans se demander si la maison d'hommes pareils ne lui cacherait pas un piège. Il partait, il laissait passer de son âme dans Tâme du moribond tout le feu qui Tanimait. Embrasés de ce feu, les infortunés retrouvaient la paix, la joie, parfois l'héroïsme de la plus admirable générosité. M. Vielle exhortait, un jour, un de ces grands coupables qui touchait à sa dernière heure. Il lui présentait le crucifix. Cet homme se redresse, saisit le crucifix, les yeux enflammés... Que va-t-il faire?.. « Oui, s'écrie-t-il; c'est mon Dieu, c'est mon juge; je le crois; je veux l'aimer. Il le baise, il s'endort dans la paix du Seigneur. Que d'âmes disputées ainsi, arrachées ainsi à Tenfer ! »

Parmi les personnes qui ambitionnaient l'honneur d'offrir un asile au serviteur de Dieu, se distinguaient deux sœurs, anciennes paroissiennes du P. de Clorivière, lorsque celui-ci était curé de Paramé, M""* Amable et Thérèse Chenu. Leur maison était un refuge constamment ouvert à tous les prêtres persécutés. Dans la nuit de Noël de l'année 1792, elles avaient eu la consolation d'avoir les trois messes. Cependant elles finirent par se rendre suspectes, et le tribunal révolutionnaire de Saint-Malo décréta leur arrestation. C'était le 14 octobre 1793. Elles avaient entendu la messe le matin, et fait la sainte communion ; elles étaient donc prêtes pour le combat. Des soldats se présentent à leur maison de Paramé. Rien de plus sublime que la naïve et joyeuse simplicité de ces deux chrétiennes, en face des cachots et

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Je la mort. « Amable prit son évangile, raconte un témoin du temps; le calme et la paix amompagnaient les deux sœurs; elles se conseillèrent i]c no pas rire pour ne pas irriter leurs gardes, b Comnit! Amable souffrait de la jambe, sa sœur réclanin pour elle une monture. Ou la plaça sur un âne, et deux fusiliers marchèrent à ses côtés. C'est ainsi qu-.- si; (it l'entrée à Saint-Maio : « Te voilà comme Ji'siis-Clirist, lui disaient les soldats, faisant son entrée' i'i Jérnsalem. n On les mit en prison dans la tour du t'lii\teau, oi'i elles trouvèrent trois sceurs de charité et » beaucoup de bonnes personnes. » La prison devint bientôt un cénacle. Vers la mi -novembre, elles fuient transférées à la maison d'arrêt. Leur frère, avocat au parlement de Bretagne, était à la prison de^ hommes de la même ville : il en fut tiré, quelques mois après, et envoyé à Paris pour y être jugé par le tribunal révolutionnaire. Cependant Amable tomba malade, et fut conduite à l'hospice, que desservaient encore les religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve, mais sous un autre costumequele leur. Le 1"'' juin suivant, les commissaires lui déclarèrent (juelle pouvait retourner à Paramé sous la surveillance <le l'autorité civile. Sa sœur Thérèse fut retenui' prisonnière; Amable fît des neuvaines aux saints de la Compagnie de Jésus pour obtenir sa mise en liberté, et le 12 août, la captive lui était rendue. .Mais les deux sœurs étaient incorrigibles; trois jouis après, fôte de l'Assomption de la très Sainte Vierf,--!'. elles avaient encore un prêtre caché dans leur niitison et entendaient la sainte messe.

Le P. de Clorivière était frappé dans sa famille

spirituelle; il ne Tétait pas moins douloureusement dans son autre famille, celle qui lui était unie par les liens de la chair et du sang; mais là aussi brillèrent avec éclat Théreisme et la foi chrétienne.

Un gentilhomme breton, le marquis de la Rouairie, avait dès Tannée 1792, organisé en Bretagne une vaste conspiration, à laquelle il avait rallié les familles les plus considérables du pays. Les premiers à s'enrôler avaient été M. de Limoëlan, frère du P. de Clorivière et M. Desilles, son beaufrère ; celui-ci fut chargé de la caisse de la confédération. Mais, comme on le sait, le complot fut découvert par la trahison d'un homme qui possédait la confiance de la Rouairie et qui vendait ses secrets à la Convention. Le malheureux gentilhomme, poursuivi de retraite en retraite, mourut de fatigue et de douleur, à la fin du mois de janvier 1793, quelques jours après Texécution de Louis XVL Les agents de la police conventionnelle, chargés de s'emparer mort ou vif du terrible conspirateur, et qui avaient réclamé pour Texercice de cette mission une force armée de sept mille hommes, ne rencontrèrent que son cadavre. La Rouairie avait voulu qu'on enterrât avec lui les correspondances et les papiers relatifs au complot. Ces pièces servirent aux agents à étendre le cercle de leurs proscriptions; ils arrêtèrent un grand nombre de personnes; parmi elles étaient M. de Limoëlan et Angélique Desilles, sœur du héros de Nancy et nièce du P. de Clorivière; M. Desilles était sans doute parvenu à s'échapper. Les prisonniers furent tratnés à Paris, au nombre de vingt-sept; ils y furent assez longtemps oubliés dans les cachots

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