‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 150 sur 315 · LIVRE IV, CHAPITRE II. ;H · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II. ;H

qui sévit alors sur tout le pays, a elles eurent à endurer les horreurs de la plus affreuse disette, n Elles vivaient en recluses et n'osaient se montrer au grand jour.

Elles furent grandement aidées par le dévouement infatigable d'une bonne sœur converse, qui les avait suivies en Belgique et qui fut à'Neuilly leur providence visible. Cette bonne sœur « se mettait A la file avec la loule affamée qui, par avance, encombrait le lieu où se faisaient les distributions de pain. » De longues heures se passaient quelquefois avant « d'obtenir ce chétif morceau de pain noir si désiré, et en vérité pour elle le pain de la douleur, b Puis, quand elle l'avait entre les mains, il lui restait à tromper la vigilance des douaniers de la barrière, et à surmonter mille autres difficultés, avant d'arriver aux pauvres captives. Plus d'une fois, luiimit était passé quand elle terminait cette mission d'héroïque charité.

Quelle que fût la prudence des religieuses de Neuilly , leur retour en France ne put demeurer longtemps ignoré, a: Des mesures de rigueur lurent prises à leur égard; une surveillance sévère, des perquisitions minutieuses les inquiétèrent fréquemment; enfin un décret d'arrestation fut lancé contre elles, et on les incarcéra au collège du Plessis, transformé en prison. Cette prison, voisine du collège Louis-le-Grand, passait pour la plus rigoureuse de toutes celles qui couvraient la capitale.

a Notre respectable sœur Thérèse de Gonzague, disent les Annales auxquelles nous empruntons ces détails, dut comparaître devant le tribunal révolu-

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tionnaire. Elle ne pouvait se faire aucune illusion sur le sort qui l'attendait. Ne savait-elle pas que, stms le règne de la Terreur, tout interrogatoire n'était qu'une feinte de justice, et que la sentence des victimes était décrétée en même temps que se faisait Ilup arrestation? Cette certitude, loin d'ébranler sa force d'âme, lui donna une noble fermeté, que soul''nait encore l'espérance d'aller bientôt se réunir à ^on Dieu. Heureuse donc de confesser hautement ses luiivictions et sa foi, aspirante l'honneur de signer iie son sang sa protestation de fidélité, elle étonna jusqu'à ses juges eux-mêmes par l'énergie de ses n'-{>onses et la force de son courage. Pourtant leur aiUniration n'alla pas jusqu'à leur inspirer un acte <[<> clémence; elle fut condamnée à la déportation. I,a sentence parut-elle ensuite trop douce aux bourifaux? On peut le croire, notre vertueuse sœur ayant appris, bientôt après, qu'elle aussi devait monter li's marches ensanglantées de l'échafaud. Son âme

l'iait préparée Elle se voit donc au moment

ajipelé par ses vœux. Déjà, elle croit étreindre la |);tlmeglorieusequ'elle convoitait depuis sa réclusion. l'.lle et ses compagnes ont quitté leur cachot; les voilà descendues et attendant la fatale charrette qui \':^ doitconduire au supplice. Desseins impénétrables il 11 Seigneur! Le conducteur, chargé de recruter les victimes désignées, se trompe de prison et donne â d'autres la place si ardemment ambitionnée par intLre généreuse sœur Thérèse de GonzagueL. Elle ■ rnt d'abord n'avoir qu'à se résigner à un retard de son bonheur; mais le jour môme la maîn divine fiappait Robespierre. La mort du tyran rendait la

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