LIVRE IV. CHAPITRE II
vie à ses victimes, mais enlevait à notre chère sœur Thérèse de Gonzagueet à ses compagnes, la couronne du martyre qu'elles étaient si près de saisir. »
Les prisons s'ouvrirent et les captives, rendues ft la liberté, allèrent se renfermer de nouveau dans leur retraite de Neuilly, en attendant que des jours plu9 calmes leur permissent de reprendre la vie en commun.
Certes toutes ces douleurs étaient grandes, mais elles étaient transfigurées par la foi et par l'espérance. La palme des martyrs et la couronne des confesseurs brillaient au-dessus des prisons et des échafauds. Ce qui arrache des larmes et de longs rris de tristesse au P. de Clorivière, c'est la perte des âmeâ, ce sont les outrages faits à Notre-Seigneur. Du fond de sa cellule, il assiste avec épouvante i\ cetto ruine effroyable d'une nation qui, reniant tout un passé de gloire et de foi, se jette tête baissée et avec fureur, dans tous les excès de la honte et de l'impiété, renverse le trône autour duquel elle avait grandi, immole le meilleur des rois, chaasi^ des temples el les prêtres et Dieu lui-même, porte partout le ravage et la terreur, et se baigne dans le sang. Il se demande quelles causes ont pu donner naissance à une si étrange révolution et, dans l'espace d'un petit nombre d'années, la porter à des excès que personne n'aurait pu croire possibles, et qu'on ne retrouve dans les annales d'aucun peuplechrétîen; ilrecherefaf quels remèdes apporter à des calamités si profondes.
Ce qui l'effraie de plus, dans le caractère de la Révolution française, c'est qu'elle est avant tout impie et satanique; que du royaume très chrétien.
elle a voulu faire et elle a fait un royaume antichrétien, a Encore, dit-il, ce n'est pas ici un mal passager. La France, tant qu'elle ne renoncera pas à son apostasie, doit s'attendre à des maux encore plu^ grands, d La Révolution était préparée depuis longtemps par le libertinage d'esprit et de mœurs. Ce sont les impies et les brigands décidés qui l'ont fait éclater; mais ils n'auraient jamais réussi dans leurs desseins, s'ils n'avaient eu pour alliés les égoïstes et les peureux, et surtout les partisans à outrance des demi-mesures et de la conciliation. On croirait qu'il parle après nos expériences répétées, ou qu'il a entendu les solennelles déclarations des pontifes romains contre nos modernes conciliateurs.
Après avoir signalé quelques-unes des causes plus prochaines qui ont amené tant de désastres, dans un Commentaire sur l'Apocalypse (ouvrage auquel il occupe les loisirs de sa réclusion, et dont nous aurons occasion de parler plus tard), il expose les remèdes qui lui paraissent propres à les faire disparaître, ou du moins à en prévenir le retour. Car il garde au fond de son cœur l'espérance que Dieu prendra quelque jour en pitié un peuple si longtemps fidèle, et qu'il apaisera une tempête soulevée surtout par l'enfer contre la fille aînée de l'Eglise et la nation très chrétienne.
Avec une grande justesse de vues, il a dès lors indiqué tout ce qui s'est réalisé depuis, et ce que les catholiques continuent à demander, pour le durable et complet relèvement de notre pays. Il trace d'abord le devoir du gouvernement civil; car l'œuvre de