LIVRE IV. CHAPITHE IV
travailler à la propagation de son œuvre. Il espérait beaucoup d'un pays particulièrement consacre^ au Cœur de Jésus. Son attente ne parut pas d'abord trompée : « Partout où nous avons été, i-rrit-il, bou nombre d'esprits sont bien disposés, k
Mais les difTicultés ne tardèrent pas à naître. Pour obéir aux ordres du Souverain Pontife, qui plaçait la Société sous l'autorité de l'Ordinaire, le P. de Clorivière, qui n'avait eu jusque-là di' l'archevêque d'Aix qu'une autorisation assez indécise . voulut s'assurer de ses intentions expresses. Mi^v de Gicé profita de cette démarche pour suspend ro toutes les permissions précédentes, « jusqu'à ce qu'il eût examiné la chose plus à fond, promettant du reste que, s'il y trouvait des bases solides, il l'appuierait de tout son pouvoir. »
Une circonstance extérieure expliquera peut-être cette mesure inattendue. Le gouvernement du Dremier Consul était alors très occupé à poursuivre les associations qui commençaient à refleurir en France. Dès le mois de septembre 1802, le secrétaire d'Ktat, chargé des cultes, M. Portails, rendait compte au Premier Consul de deux associations, dont lune iStaitla Société du Cosur de Jésus, « appelée aussi, disait le rapport, Société des Pères de la Foi ou bien des Adorateurs de Jésus ou même des Pacanaristes. » Le 25 janvier de l'année suivante, le même secrétaire d'Etat adressait à tous les évèques une circulaire pour leur rappeler que, d'après les lois, toute corporation séculière et régulière était dis.soute et qu'aucune ne pouvait exister sans l'aveu du g;ouvemement, ajoutant que toutes les institutions de ce
genre étaient illicites par cela qu'elles n'étaient point autorisées, et que leur but religieux ne pouvait couvrir l'irrégularité de leur existence.
En vertu de sa nature spéciale, la Société du Cœur de Jésus semblait échapper à l'enquête provoquée par M. Portalis. N'ayant point de vie commune, et laissant chacun de ses membres dans la même position qu'il occupait avant ses engagements, elle ne pouvait être appelée, au sens communément reçu et visé par la circulaire, une corporation, une association, un rassemblement. Mais Mgr de Cicé jugea prudent de ne point se prononcer ouvertement, et il fit au P, de Clorivière la réponse dilatoire que nous avons rapportée. Celui-ci n'insista pas. Au bout de quelques mois, jugeant que la question devait être suffisamment étudiée, il sollicita une audience. L'archevêque loua son dessein ; il parla avec éloge de ses dif&érents écrits, et surtout de son Mémoire aux évêques; mais il souleva ensuite nombre d'objections, soit contre l'œuvre elle-même, soit contre son opportunité ; il produisit même la lettre de Portalis, L'entretien menaçait de devenir stérile; le prélat, sans qu'il s'en rendit compte, étant plus attentif à ses propres arguments, qu'aux réponses qui lui étaient données. Une discussion écrite pouvait être plus efiicace. Le P. de Clorivière la proposa à son contradicteur et, deux jours après, il lui fit parvenir un court mémoire où toutes ses objections étaient résolues. Mgr de Cicé s'en montra satisfait, et promit de parler en faveur de la Société du Cœur de Jésus à M. Portalis. Il tint parole et ses explications la sauvèrent du décret de proscription porté, l'année