LIVRE IV. CHAPITRE V
Dès cette môme année, ces paroles commencèrent à se réaliser. Parmi les prêtres de la ville, on distinguait un vertueux ecclésiastique qui avait appartenu autrefois à la Compagnie de Jésus, M. Tabbci Bacoffe, curé de la paroisse Notre-Dame- Lo violenot' seule avait pu briser les liens qu'il avait formés dans se jeunesse; il en avait emporté Ti m périssable amour dans son cœur, et il aspirait sans cesse nu bonheur de les renouer. Quand parurent les Pères de la Foi, il essaya de se joindre à eux. Ses qualités émïnentcs. ses rares vertus, les besoins du peuple plus nombreux et plus pressants, la disette des ouvjiers plus grande, ne permirent pas aux supérieur? ccclésiasliques d'accéder à ses désirs. Il se tourna donc vers la Société du Cœur de Jésus où. sans sortir du poste où le maintenait l'obéissance, il trouvait la facilité de satisfaire, au moins en partie, ses désirs de perfection évangélique et de vie religieutie. Son exemple en entraîna plusieurs autres. Signalons deux jeunes ecclésiastiques, MM. Vieille et d'Aubonne, premières recrues de l'Eglise de Besançon qui, depuis dix ans, avait pleuré la perte de cinq cenis de ses prêtres morts dans l'exil ou sur l'échafaud.
M. d'Aubonne avait émigré à l'A^e de dix-buit ans, et s'était distingué dans l'armée do Condé, non moins par sa foi et ses vertus chrétienne» que par un courage tout chevaleresque. Eu partant, il avait dit à sa mère qui craignait pour hii les dangers des camps et les séductions de l'âge : « Vous avez appris à votre fils ce qu'il doit à son Dieu rt :\ son Hoi; il vous reviendra un jour tel que vous l'embrassez aujourd'hui. » A la fin de la campagne, il laissa la
carrière militaire pour entrer dans Fétat ecclésiastique. Il trouva au séminaire, moitié public, moitié clandestin, que des prêtres dévoués s'étaient empressés d'ouvrir au lendemain de la persécution, M. l'abbé Vieille, jeune homme d'une vingtaine d'années, secrétaire du commandant de place de Besançon, et qui assistait aux leçons de théologie en uniforme de soldat et Tépée au côté. Ils avaient parmi leurs condisciples M. Tabbé Gaume, le futur restaurateur de la communauté des missionnaires diocésains, qui les suivit peu de temps après dans la Société du Cœur de Jésus. Le jour de leur ordination à la prêtrise fut fixé au 18 octobre 1802.
Mgr Lecoz, ancien évêque constitutionnel de Rennes, avait été nommé à l'archevêché de Besançon, à la suite du concordat. Ce choix avait vivement déplu dans le diocèse; on craignait que le prélat, malgré ses déclarations de soumission au Saint- Siège, ne conservât pour le schisme des sympathies secrètes ; il répugnait extrêmement à MM. Vieille et d'Aubonne de recevoir l'onction sacerdotale des mains d'un homme qui avait été un faux pasteur, et d'engager leur obéissance à celui qui s'était révolté contre le Pape et l'Eglise. Leurs répugnances se changèrent bientôt en inquiétudes. Pour écarter, dans une action si importante, tout péril de connivence et de communion avec une autorité peut-être irrégulière et schismatique, ils résolurent, d'un mutuel accord, de soumettre leur doute au cardinal Caprara, légat du Saint Père à Paris, et d'attendre sa réponse. Pendant la retraite qui précéda l'ordination, on essaya vainement de dissiper leurs craintes.