‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 171 sur 315 · LIVRE V. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE I

est impossible, dans la vaste correspondance entretenue alors avec ses associés et les personnes dont il dirigeait la conscience, de relever une ligne, un mot, une syllabe qui marque, je ne dis pas la colère, le ressentiment, l'aigreur ou l'ennui, maii^ même le simple désir de changer de situation, si telle n'est pas absolument la volonté de Dieu; il ignore jusqu'à ces impatiences généreuses et dignes d'éloges aux yeux des moins parfaits, parce qu'elles paraissent inspirées par le zèle des âmes et de la gloire de Dieu. C'est la résignation totale et sans réserve entre les mains de la ProvidencCi l'oubli complet de soi-même, et souvent la sainte allégresse au milieu de sa longne épreuve ; il ne voit plus les hommes, ni l'action des hommes ; Dieu domine tout, ordonne tout à ses fins également sages et miséricordieuses. Nous l'avons vu autrorois luttant péniblement contre lui-même, s' accusant d'avoir plus d'une fois succombé aux caprices de Thunieur, aux retours de l'amour-propre ; il semblerait aujourd'hui qu'il esttoutàfait le maitre et que l'ennemi est abattu. La lettre dans laquelle il refusait d'autoriser la supplique de M"* de Cicé laissait entrevoir la possibilité d'une mise en liberté prochaine; il devrait seulement quitter Paris pour se retirer en province. « Il n'est pas encore temps, dit-il, de prendre aucune détermination. J'espère que le Seigneur me fera voir ce qui sera le plus selon son bon plaisir. Pleine, parfaite et amoureuse résignation à tout. Tout à voua dans les saints Cœurs de Jésus et de Marie. Où pouvons-nous être mieux qu'avec eux sur la croix' ? »

t. 7 décembre 1804.

Au commencement de janvier, plusieurs détenus furent remis en liberté, a D'autres s'attendent à sortir prochainement. Pour moi, je fais aujourd'hui ma provision de bois, comme si j'étais assuré de passer ici une partie de la mauvaise saison. Quelque part que nous soyons, vivons uniquement pour celui qui est mort pour nous. Enfonçons-nous toujours plus, dans son divin Cœur et dans celui de sa sainte Mère : c'est là le centre du divin amour. Il vaut mieux être là que sur le Thabor^.. »

Plusieurs des prélats venus à Paris pour les fêtes du couronnement s'intéressèrent à sa situation, entr'autres Mgr d'Aviau, archevêque de Bordeaux, Tévêque de Namur, Mgr Pisani de la Gaude, un de ceux dont il parle toujours dans ses lettres avec le plus de reconnaissance et d'affection^. On put

Page 1