LIVRE V. CHAPITRE I
rapports avec le doux et saint Pontife, et s'iUudiait à paraître généreux et prévenant. M"* de Cicé se flatta qu'un mot prononcé par cette bouche auguste serait eflicace.
Elle rédigea donc un projet de supplique destiné à être mis sous les yeux du ^aint Père et à l'intéresser en faveur du prispnnier. Cette supplique commençait ainsi : « Pierre Picot de Clorivière, prêtre de la Compagnie de Jésus, âgé de soixanteneuf ans, humblement prosterné en esprit aux pieds de Sa Sainteté, implore sa protection pour avoir le bonheur de s'y prosterner en effet, et de n'«>tre pas le seul privé de ce précieux avantage accordé à tous les Français. Comme il est le seul ecclésiastique retenu maintenant à la prison du Temple, la présence du Souverain Pontife à Paris a rendu plus pesantes les cbaines de ce vénérable prêtre. Il a supporté depuis sept mois sa captivité avec une paix et une résignation tout à fait édifiantes. Le sacri6ce qu'il offre au Seigneur dans cette circonstance est sûrement d'un nouveau prix, puisqu'il lui coûte plus que tous les autres; mais ses amis sont profondément aiïligés de le voir condamné à une si rude privation... »
Avant de faire parvenir cette supplique, M"° de Cicé crut devoir la soumettre au P. de Clorivière. Dans les sentiments qu'elle lui attribuait, il n'y avait rien que de vraisemblable et même d'exact : mais telle était la droiture du Père et son respect délicat pour la vérité, qu'il répugnait à toute exagération. Après avoir remercié sa correspondante de sa sollicitude, il relève vivement tous ces superlatifs : a II est faux que mes chaînes soient plus pesantes depuis
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l'arrivée du Saint Père; il est faux que j'aie un si grand désir d'être admis à son audience; il est faux aussi que je sois le seul prôtre détenu au Temple; enfin il est faux que le sacrifice que je fais soit, en cette circonstance, plus coûteux qu'auparavant'! » Le P. de Clorivière avait une autre raison plus déte^ minante : sachant la défaveur qui pesait sur lui. il voulait épargner un ennui et probablement un refus au Saint Père. La requête ne fut donc pas présentée. Instruit d'une autre manière. Pie VII ne laissa pas d'essayer une démarche; mais toutes les instances furent sans effet, a Cela me fait voir, disait lA-desSD3 le P. de Clorivière, que Dieu me veut où je suis ; il m'en tirera quand il lui plaira... n
A partir de cette éqoque, nous assistons à des alternatives continuelles d'espérances et de déceptions. Il sera utile et édifiant de suivre le prisonnier dans ces phases multiples, non seulement parce qu'elles occupent une large place dans sa vie, mais encore et surtout parce qu'elles nous permettent de pénétrer plus avant dans son ûme. N'est-ce pas l'adversité qui découvre les secrètes pensées du cœur? Chose admirable, et qui suffirait, ce nous semble, à faire le plus beau des panégi|-riques! Pendant les cinq années entières que dura sa captivité, captivité injuste et arbitraire, dont il avait dix fois réduit ù néant les prétendus motifs, captivité qui mettait en souffrance et menaçait d'une ruine totale une œuvre déjA bénie de Dieu, et dont chaque jour lui démontrait plus clairement l'opportunité providentielle, il
i. Lettre du 7 décembre 1804.