MADAME DE SOYECOURT - L*ABBÉ JOSEPH DE CLORIVIÈRE
Les vieilles tours du Temple étaient condamnées à disparaître. Pour le plus grand nombre des prisonniers, cette démolition ne devait amener qu'une aggravation de souffrances; on leur réservait le château de Vincennes. Le P. de Clorivière ne sait s'il partagera le même sort; des bruits contradictoires circulent chaque jour à ce sujet; il les rapporte volontiers pour satisfaire la légitime anxiété de ceux qui s'intéressent à lui; mais il ne perd rien de sa parfaite résignation, a Ne vous inquiétez pas, répètet-il sans cesse; la Providence voit tout, et tout se fait pour le bien de ceux qui Taiment. Voici une petite prière que je fais tous les jours depuis quelque temps, et que vous ferez bien de dire à cette intention : Faites, ô divin Jésus, que je reçoive de vos mains, avec une égale reconnaissance, les biens et les maux, comme vous-même avez reçu des mains de votre
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Père le calice amer de votre passion; vous qui, comme Dieu, vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit dans tous les sii'cles des siècles. Ainsi soit-il. »
Des groupes de prisonniers sortaient fréquemment du Temple et étaient dirigés vers les différentes maisonadedétentiondelacapilale.l-eP.de Clorivièro garde sa sérénité. Il prie et travaille comme si tout était silencieux et tranquille autour de lui. C'est alors qu'il termine son Commentaire sur l'Apocali/pse, et à la fin de la Table des matières, on lit cette date : « Ce 5 mai 1808, dans la Tour du Temple qu'on démolit. » II fut d'abord transfén'; à Vineennes. Il obtint ensuite d'être transféré dans une maison de santé tenue par une famille liuisso/l, et située près de la Barrière du Trône. 11 s'y rendit vers le milieu du mois de mai t808. Ce ne fut pas sans émotion peut-être et sans un certain serrement de cœur qu'il dit adieu à la prison où, pendant quatre années déjà révolues, il avait prié et souffert, et où il lui avait été donné d'être l'instrument des miséricordes de la Providence auprès de plus d'une ûme malheureuse ou égarée.
Il trouva une chapelle dans sa nouvelle résideuce. Sa première pensée fut pour la messe du lendemain ; ses hôtes répondirent d'abord qu'avant d'autoriser sa demande, ils avaient besoin de prendre les ordres de la police. C'était aller au-devant d'un refus. Il réclama vivement : a Vous ne seriez pas assez cruels, leur dit-il, pour prolonger une privation qui dure déjà depuis si longtemps. » Ils se laissèrent toucher. et il eut enfin le bonheur d'offrir l'adorable Sacrifice.
A partir de cette époque, ses lettres nous font presque entièrement défaut; il était moins étroitement gardé* qu'au Temple ; ses amis pouvaient venir librement le voir. Un petite note où Ton a recueilli quelques souvenirs de ce temps-là, dit que les propriétaires de la maison étaient jansénistes, mais que le Père gagna bientôt leur confiance et les ramena à de plus saines idées; elle ajoute que, sous Faction de son zèle, on vit en peu de temps la maison tout entière changer de face, et que les aliénés euxmêmes, dans leurs moments lucides, se montraient empressés à Técouter et à suivre ses conseils.
Plusieurs de ses anciens compagnons de captivité à la Tour du Temple l'avaient suivi à la maison de santé. Ils ne furent pas Tobjet d'une moindre sollicitude, ce On ne saurait, dit en parlant de cette époque Tauteur de sa biographie, raconter ici toutes les pieuses inventions, tous les saints détours, tous les utiles à-propos dont il se servait pour instruire et toucher les personnes qui l'entouraient,... on reconnaissait partout en lui la parole du sage : Un homme peut-il cacher du fext dans son sein, sans embrase?' ce qui VenvironneF Prov. vi, 27. Le Seigneur se plut à répandre les bénédictions les plus abondantes sur ses travaux, et les efforts de sa charité furent couronnés d'un succès qui surpassa toutes les espérances qu'il avait pu concevoir. En peu de mois, ce séjour changea entièrement de face, et prit l'aspect d'une maison religieuse. Dieu y fut connu, la religion y fut respectée, et on ne vit pas sans étonnement l'ordre, la décence, la paix et les autres biens qui accompagnent la pratique des