LIVRE VI. CHAPITRE III
Le P. de Clorivière ne pouvait suffire indéfiniment à cette tâche, bien qu'il s'y livrât avec un dévouement presque au-dessus des forces humaines. Son désir eût été de mettre un ancien Jésuite à la tête de chacune des maisons, noviciats ou collèges. Il lui semblait justement que c'était une question de vie ou de mort pour l'avenir de la nouvelle Compagnie en France. Son premier appel au P. Fleury n'ayant pas été entendu, il crut devoir le renouveler ; il s'adressa en même temps aux PP. Fontaine et Simpson, et les conjura de venir lui prêter main-forte. Le P. Général Tappuya de tout son pouvoir.
« Je vous prie de nouveau, écrivait le P. Brzozowski au P. Provincial d'Angleterre, et je vous demande en grftce d'envoyer le P. Charles Forester (Fleury) à Paris, au secours du P. de Clorivière qui succombe sous le poids; car si ce bon Père vient à mourir, c'en est fait des espérances de la Compagnie en France ^ »
Toutes ces sollicitations demeurèrent encore pour un temps inutiles. Le P. Fleury, trop accablé d'infirmités, ne put quitter sa résidence de New-Hall, où il mourut en 1825 ; le P. Fontaine ne vint qu'au mois de septembre 1816, et le P. Simpson à la fin de Tannée suivante. Le P. de Clorivière essaya de se tourner alors du côté de la Russie. Il s'y heurta à une autre sorte de difficultés. Le gouvernement russe commençait à ne plus montrer la même bienveillance aux Jésuites, et il leur refusait les passeports nécessaires pour sortir de l'empire; c'est seulement
i. FoLEY, Records... T. VII, p. 142.
au mois de mai de Tannée suivante, 1816, que deux Pères, les PP. FoUoppe et Grivel purent venir eu France apporter leur concours.
Le P. de Clorivière demeura donc seul encore une fois avec son courage et sa confiance en Dieu. Vaillamment secondé par la petite troupie qui se presse autour de lui et qu'il a déjà en partie façonnée et disciplinée, il met résolument la main à Tœuvre. 11 était besoin do courage; le champ de travail va s'agrandir.
Kn face de l'Université, qui méconnait sa t&che ou ne peut la remplir, c'est dans TEglise et dans les congrégations religieuses que les familles cherchent des maîtres pour leurs enfants. Impuissant à répondre ù toutes les demandes, le P. de Clorivière est obligé do faire un choix ; il admet les unes, écarte ou ajourne les autn^s.
Ia^s habitants de Belley, refusés Tannée précédente, rt^vinnnit i\ la charge après les Cent -Jours, et parurent un moment avoir gagné leur cause. L'ouverture du collège fut décidée et Tavis en fut donné au P. Général. Puis, des causes que nous ignorons reuùrenl de nouveau toutes choses en question et liront oufin abandonner le projet. Une autre tentative ne fui guère plus heureuse à Avignon. Le supérieur qui dirigeait le petit séminaire de cette ville, étant entré dans la Compagnie, avait obtenu d'entraîner avec lui son petit séminaire. .Mais, après un essai de courte durée, il fallut se retirer devant les oppositions obstinées et puissantes de quelques particuliers, H au grand rt^gret des habitants, écrivait le P. de Clorivière au P. Général, qui ont constamment donné