‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 239 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE III

moins assiégés au confessionnal; des hommes passaient la nuit aux portes de Téglise, pour être assurés d'avoir une place et de se confesser au moins le lendemain dans la journée. C'était un entraînement extraordinaire et qui se soutint sans faiblir jusqu'à la fin. La mission se termina le 5 mai par la plantation de la croix. L'instrument du salùt fut érigé au milieu d'un concours immense, en présence de toutes les autorités, jalouses de s'associer à cet acte de foi religieuse et de réparation, sur la place du Palais, au lieu même où la Révolution avait dressé son échafaud et fait couler tant de sang. Le P. Caillât, supérieur de la mission, prononça un discours qui fit répandre bien des larmes de douleur et d'émotion.

L'installation des missionnaires eut lieu le lendemain, 6 mai; ils étaient au nombre de quatre : les PP. Caillât, Chanon, Chapelle et Rouby . La résidence dans laquelle ils entraient était une ancienne collégiale du nom de Saint-Michel. Elle se composait d'une église et d'un certain nombre de maisons qui avaient servi d'habitation aux chanoines. L'église remontait à la fin du XI P siècle, ou au commencement du XIIP. Elle avait été fondée par un seigneur de Poligny, Jehan Ouvroin, en faveur des habitants de Sainte-Mélaine, sur un terrain cédé par lui à r hôpital Saint- Julien pour la sépulture des pauvres, et avait reçu le nom de Saint-Michel du Cimetière- Dieu. Son érection en église collégiale datait du XV* siècle. Huit chanoines prébendes composaient son chapitre.

La Révolution la ferma au mois d'août 1791 ; Tannée suivante, les chanoines furent presque tous

proscrits. Elle fut alors successivement transformée en caserne et en écurie. En 1800, les catholiques la louèrent à Tadministration départementale, et s'y réunirent pour la célébration du culte divin, en attendant que Téglise de Saint- Vénérand fût mise dans un état convenable. Cette restauration faite, l'église de Saint-Michel fut de nouveau abandonnée, et pendant TEmpire elle servit à loger les prisonniers de guerre. Enfin, au retour des Bourbons, elle fut achetée avec les maisons des anciens chanoines, par un digne ecclésiastique, M. l'abbé Morin, qui avait passé à Laval les plus mauvais jours de la Terreur, et mise, comme nous venons de le voir, à la disposition du P. de Clorivière.

La ville de Laval est demeurée fidèle à ses sympathies du premier jour, sympathies que n'oublieront jamais les nombreuses générations qui, depuis 1816, ont trouvé un abri à Saint-Michel, sympathies des grands et des petits, des riches et des pauvres, sympathies généreuses qui ont surtout éclaté aux jours de l'épreuve et qui vaudront, nous l'attendons de Dieu, au peuple qui nous les a montrées, les bénédictions promises aux miséricordieux.

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