‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 257 sur 315 · LIVRE YK CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE YK CHAPITRE V

dans les collèges ou aux fonctions du saint ministère, et parmi lesquels il serait difficile de détacher un corps même restreint de professeurs et d'étudiants. Toutes ces raisons avaient leur vérité, mais en Russie on ne les trouva pas sans réponse. Il n'était pas question d'établir, dès le premier jour, une maison d'études complète, il importait seulement de commencer; les développements viendraient peu à peu. Les ressources ne feraient pas défaut. On pourrait appliquer à cette œuvre les honoraires de messes, que le Souverain Pontife avait permis de recevoir pour subvenir à la gêne de ces premiers commencements. Jusque-là, le P. de Clorivière n'avait pas voulu profiter de cette dispense : a J'ai loué votre refus, disait le P. Général, fondé sur la confiance en la divine Providence et sur le désir de vous conformer plus parfaitement à l'Institut. Mais si le défaut de fonds empêche que nos jeunes gens puissent faire des études qui sont indispensables, je ne doute pas qu'il ne soit beaucoup plus agréable à Dieu que vous usiez d'une dispense légitime pour une cause si nécessaire ^ »

La difficulté provenant du manque de professeurs n'était pas non plus insurmontable; le P. Thomas était docteur de la Sorbonne; le P. Gloriot avait enseigné la théologie au grand séminaire de Soissons; au jugement de ses examinateurs, le P. Druilhet était très capable d'occuper une chaire ; les professeurs de philosophie pouvaient aussi se trouver. Enfin une raison majeure semblait imposer

1. Lettre du P. Général au P. de Clorivière, 7 septembre 1817.

silence à toutes les objections : c'était une nécessité; rintérét de la Compagnie, surtout le bien des âmes, l'honneur de la religion exigeaient impérieusement une maison d'études : «c Je vous exhorte donc, disait en terminant le P. Brzozowski, par l'amour que vous avez pour la Compagnie, à prendre cette affaire à cœur... Croyez que cela est absolument indispensable,... et que le bien présent, que vous serez obligé de sacrifier, sera compensé au centuple par celui qui en résulterai » Le P. de Clorivière se trouvait dans un cruel embarras. D'un côté, le désir de se conformer à des intentions si clairement marquées ; de l'autre, l'espèce d'impossibilité qu'il voyait à leur accomplissement, difficultés trop réelles, puisque malgré toute la bonne volonté possible, elles ne furent levées qu'en 1821, sous son deuxième successeur^; plus que tout le reste peut-être, la vue de cette malheureuse jeunesse livrée à un enseignement antichrétien et qu'il fallait arracher, le plus tôt et le plus largement possible, à cette funeste contagion, se présentaient tour à tour à son esprit et l'agitaient en sens contraire. Un ordre aurait eu raison de ses tergiversations a et levé toute difficulté; car, lorsqu'il voit clairement votre volonté, écrivait le P. de Grivel au P. Général, il a l'obéissance d'un petit enfant*. »

1 . Lettre du P, Général au P. de Clorivière, 7 septembre 1817.

2. La première maison d'études régulièrement constituée fut ouverte, à Saint-Âcheul, sous le provincialat du P. Richardot ; elle comptait dix-neuf scolastiques, dont plusieurs étaient des étrangers exilés de Russie par le czar Alexandre. Le P. Martin était professeur de théologie dogmatique ; le P. Renault occupait la chaire de morale.

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