LIVRE VI. CHAPITRE V. 54i
le bon vieillard avait jugé devoir lui exposer les raisons de la conduite qu'il avait suivie jusqu'alors : a Ne croyez pas, lui répondit le P. Brzozowski, avoir besoin d'aucune justification. La Compagnie vuus doit au contraire de la reconnaissance pour le zèle, la prudence, l'activité que vous avez montrés dans un temps où votre âge eût pu paraître une excuse bien légitime pour vous soustraire à tant de soins et de fatigues. Si tout, dès le commencement, n'a pas été entièrement conforme à notre Institut, c'est uniquement aux circonstances qu'il faut l'imputer, et il ne dépendait pas des hommes de changer \vs circonstances. L'empressement que vous me témoignez à entrer dans mes vues, dès que la chose est possible, et malgré les difllcultés très réelles qui existent encore, me confirme de plus en plus dnn^ l'opinion que j'ai toujours eue, que c'est une disposition particulière de la divine Providence qui vous a conservé pour le rétablissement de la Compagnie en France'. »
Un autre point sollicitait vivement l'attention dca premiers supérieurs, c'était celui des études. « Après une maison de noviciat, disait le P. Brzozowski, il n'y a rien de plus nécessaire pour la Compagnie qu'une maison d'études'. » C'était la pensée même de saint Ignace, inscrite en tète de la quatrième partie de ses Constitutions. Le Souverain Pontife Pie Vil le rappelait à son tour, afin qu'on ne se laissât pas aller au danger de l'oublier. Il faisait écrire en
i. Lettre du P. Général au P. de Clorivière, 30 mars 1817- 2. Lettre du P, Général, 20 juin 18t7.
Russie au P. Général, pour lui «c recommander instamment d'avoir soin que les jeunes gens fussent élevés solidement dans la piété et dans les sciences, afm qu'ils fussent de vrais Jésuites^ ]» . Cette recommandation auguste était un ordre pour le P. Brzozowski. Aussi ne cesse-t-il point de stimuler le zèle et la diligence des supérieurs. « Nous ne devons pas perdre de vue, écrit-il au P. de Clorivière, que nous voulons former des Jésuites, et que, dans un Jésuite, la science est absolument nécessaire,' presque aussi nécessaire que la piété... Notre saint Père a jugé devoir rétablir la Compagnie* et ce n'a pas été sans une direction particulière du Saint-Esprit. C'est dqnc à nous de coopérer à ses desseins, en faisant tous nos efforts pour rétablir effectivement la Compagnie de Jésus, c'est-à-dire une Compagnie de saints et savants ouvriers évangéliques*. »
Le moyen indiqué était l'établissement d'une maison d'études, où les jeunes religieux viendraient après leur noviciat, se former aux sciences propres du prêtre : la philosophie et la théologie. Dans l'état actuel, ce moyen était-il praticable? Le P. de Clorivière ne le pensa pas. 11 représenta au P. Général les charges écrasantes qui pesaient sur la Compagnie et auxquelles elle suffisait à peine, la modicité de ses ressources financières qui ne lui permettaient guère d'entretenir une maison d'études, le petit nombre de ses membres presque tous occupés
1. Lettre du P. Général au P.. de Clorivière, 6 juillet i847.