I LIVRE I. CHAPITRE I
études au collège Louis-ie-Grand, dirigé par les Pères de la Compagnie de Jésus. Il y rencontra Voltaire qui fréquentait alors les mêmes classes. Le futur porte-drapeau de l'irréligion et de l'incrédulité ne s'y faisait déjà que trop deviner, et il n'était pas sans exercer quelque influence malsaine dans son entourage. Ses maîtres suivaient d'un œil inquiet les enfants que les jeux, le hasard et peut-être de dangereuses sympathies mettaient en rapport avec le jeune Arouet; mais ils étaient tranquilles quand ils le voyaient en compagnie de Picot de Clorivière : les jours de sortie, ils les plaçaient toujours ensemble'. La solidité d'esprit du jeune breton, la ténacité naturelle à ceux de sa race ne laissaient pas craindre qu'il fût entamé par les subtilités ou les railleries du sophiste.
C'est tout ce que nous connaissons d'une existence qui s'ouvre d'une manière si ferme; nous en savons moins encore sur celle de M™* de Clorivière ; le temps et la Révolution, plus meurtrière que le temps, ont emporté ou détruit tous les souvenirs. Cinq enfants furent le fruit de cette union bénie : Michel-Alain qui resta dans le monde et prit à l'époque de son mariage, le nom de Limoêlan; Pierre-Joseph dont nous commençons l'histoire; Jeanne-Rose-Michelle qui épousa M. Desillesde Cambernon, et fut la mère de ce jeune homme que la France salua du nom de héros de Nancy ; Thérèse qui suivit l'exemple de Pierre-Joseph et se fit religieuse au troisième monastère de la Visitation, à Paris, et enfin Marie, fleur
i. Exeunti in urbem impio juveni perennem assigndbani socium... Notice ms. sur le P. de Clorivière.
G IIISTOIR?: DU p. DE CLORIVIÈRE
délicate et pure, qui n'eut pas le temps de s'épanouir, et que les anges se hâtèrent de cueillir et d'emporter au ciel dans sa deuxième année.
Pierre-Joseph naquit le 29 juin 1735, fête de Tapôtre saint Pierre, un peu moins d'un an après son frère Michel-Alain. Il fut baptisé le même jour, ainsi que le remarque expressément l'acte de baptême, conser\'é à l'état civil de Saint-Malo^: touchante sollicitude de parents chrétiens qui avaient hâte de faire entrer le nouveau-né dans la famille de Jésus- Christ et de procurer à son âme la riche parure de la grâce sanctifiante.
Dès qu'il put parler, on s'aperçut que malheureusement il était bègue : cette infirmité eut un contre-coup fâcheux sur son caractère et gêna l'épanouissement des riches qualités dont il était doué; il parut timide, embarrassé, défiant de lui-même, La grâce corrigera peu â peu la nature; mais il lui faudra donner bien des combats.
Les parents de Pierre-Joseph ne furent pas témoins de cette transformation. Suivant une petite notice qui parut quelque temps après la mort du P, de Clorivière, ils moururent l'un et l'autre pendant que leurs enfants étaient encore en bas âge. C'est un
i. « Pierre-Joseph Picot, fils d'Ecuyer Michel-Julien, sieur de Clos-Rivière et de dame Thérèse Trublét, son épouse, né en ce jour vingt-neuvième de juin 1735, a été baptisé le môme jour par moi soussigné subcuré; a été parein le sieur Louis Girodroux, et mareine D^^i» Hélenne Guillaume qui ont signé et le -père.
Signé : Louis Girodroux Ilélenne Guillaume
Picot de Clorivière
F. Pain baptisavi. »