LIVRE I. CHAPITRE IV
si invétéré par Thabitude qu'il y avait lieu de se demander s'il pourrait remplir avec la décence convenable les fonctions du sacerdoce. Le pieux scolastique ne se découragea point; il résolut de triompher de cette double difficulté, en intéressant la sainte Vierge à sa cause. Cette bienheureuse Mère avait déjà sauvé sa vocation ; il lui confia le soin de son sacerdoce. Il commença par composer en son honneur une pieuse neuvaine pour servir de préparation à la fête de l'Assomption.
C'était au sanctuaire de Notre-Dame de Liesse qu'il avait obtenu de rester religieux ; c'est là qu'il voulut solliciter la faveur de devenir prêtre. Il se mit en route avec deux compagnons. A la frontière, un commandant de place voulut faire du zèle, et sous prétexte que les Jésuites étaient supprimés en France, il menaça de les faire arrêter; mais les sentences d'exil n'avaient pas encore été prononcées, et les pèlerins, après quelques mots d'explication, purent continuer en paix leur voyage sous la protection de leurs bons anges. Le F. de Clorivière fut pleinement exaucé; la Reine de toute joie dissipa ses alarmes; et de retour à Liège, il trouva les dispositions de ses supérieurs entièrement changées à son égard. Il se prépara donc à la prêtrise. Il avait reçu les ordres mineurs à Liège le 17 septembre de l'année précédente ; les trois ordres sacrés lui furent conférés coup sur coup, à Cologne, à la fin des vacances de cette année 1763 : il fut ordonné sousdiacre le 24 septembre, fête de Notre-Dame de la Merci, diacre le 29, fête de saint-Michel et prêtre le 2 octobre, fête de Notre-Dame du Rosaire et des
Saints Anges Gardiens. Il note avec reconnaissance ces dates bénies, et il se plaît à y voir une attention pleine de délicatesse de la Reine du ciel et des bons anges envers leur dévoué serviteur. Mais le sacrifice se mêle à toutes les joies. La même infirmité qui avait failli le priver à jamais de l'onction sainte enchaîna aussi pour quelque temps les élans de sa piété. Dans cette pénible épreuve, il se souvint de son recours ordinaire, et grâce à Marie, il ne tarda pas à trouver un peu plus de liberté, et il put donner l'essor aux mouvements de son amour. Nous en retrouvons la trace toute brûlante dans la dernière page d'une lettre au P. Fleury; sans y penser, il découvre les merveilles que l'immolation journalière de la sainte victime opère dans son cœur.
« Il est temps d'être tout à fait à Dieu. Notre divin Sauveur offert tous les jours par nos mains en sacrifice, nous rappelle celui que nous devons faire de nous-mêmes. En union avec cette adorable victime, offrons-nous aussi tout entiers; pensées, affections, désirs, actions, que tout soit pour Dieu qui se donne tout à nous. Ne nous affligeons et ne nous réjouissons qu'en Lui. Qu'en Lui soient tous nos plaisirs, toutes nos richesses, tout notre repos, toute notre consolation, toute notre joie. Sa plus grande gloire doit être notre devise et notre cri de guerre; travailler à notre salut et à celui du prochain, notre nourriture ; souffrir pour cela, nos mets les plus délicieux ; avancer à grands pas dans la perfection, notre occupation de tous les moments ; mourir à tout être créé, mourir à nous-mêmes, vivre à Dieu seul, tout ce que nous devons ambitionner sur la terre. Quand pour-