LIVRE I. CHAPITRE IV
rons-nous dire avec le grand Apôtre que Jésus-Christ vit en nous? Hélas! Quel chemin y a-t-il encore à faire pour arriver là? Ne désespérons pas cependant, puisque tous les jours nous recevons le pain de force et de vie^ »
Pendant que le P. de Clorivière savourait les premières joies de son sacerdoce, les hostilités s'étaient ranimées en France contre la Compagnie de Jésus.
Dans cette reprise d'armes contre un ennemi abattu, mais encore redoutable, paraît-il, c'est la Cour de Normandie qui voulut avoir l'honneur de porter les premiers coups. Furieuse de voir que les Jésuites n'avaient pas tenu compte de ses ordonnances et qu'ils continuaient, malgré leur dispersion, à se tenir pour religieux et à prendre la direction et les ordres de leurs supérieurs, elle arrêta par un acte, en date du 3 mars 1763, qu'ils seraient tenus de faire en personne, toute équivoque et subterfuge cessant, le serment tant de fois exigé et toujours refusé; sinon les contrevenants devaient... a être pris et emmenés ès-prisons de la Conciergerie du Palais. . . pour être par la Cour ordonné de leur entière évacuation du royaume. » Mais l'heure de l'exil n'était pas encore venue. Louis XV défendit à la Cour de mettre son arrêt à exécution. Elle obéit à contre-cœur et attendit une occasion plus favorable. Le Parlement de Paris la lui donna bientôt.
La trêve ne lui pesait pas moins qu'au Parlement de Normandie. Le 21 janvier 1764, il recommence ouvertement les hostilités en faisant lacérer et jeter
i. Lettre du 18 novembre 1762.
au feu par la main du bourreau rinstruction pastorale de Mgr Christophe de Beaumont, publiée le 28 octobre de Tannée précédente en faveur de la Compagnie de Jésus. Un mois après, le 22 février, il condamnait encore aux flammes différentes apologies de la Compagnie, et il renouvelait Tordre à tous les Jésuites qui habitaient dans le ressort de la Cour, de prêter le serment plusieurs fois exigé, de ne point vivre désormais en commun ou séparément sous Tempire de TInstitut et des Constitutions de la ci-devant Société se disant de Jésus. Aucune peine n'était édictée contre ceux qui refuseraient de jurer ; Tarrét se contentait de dire que le délai passé, « il serait par la Cour, toutes les Chambres assemblées, statué ce qu^il appartiendrait, d Mais les desseins de la Cour n'étaient obscurs pour personne.
A part trois religieux qui manquèrent de courag^e ou de conscience, tous les autres repoussèrent avec indignation le serment exigée Ils subirent dans toute
1. La liste publiée par les soins du Parlement est plus longue* elle comprend vingt-cinq noms. Le Parlement affecta de considérer la démarche des signataires comme une preuve qu'ils abdiquent un Institut pernicieux et comme un acte par lequel ils renoncent à une obéissance inconciliable avec celle que les Français doivent au Roi et aux lois du royaume. Ce n*était pas seulement donner au serment prêté par les transfuges une signification qui allait bien au delà du sens de la formule proposée par la Cour, c'était encore étrangement forcer les chiffres pour tromper le public.
En effet, sur les vingt-cinq Jésuites cités par le Parlement, il y en avait vingt, douze scolastiques et huit frères coadjuteurs, qui avaient obtenu du P. Cénéral la dispense régulière de leurs vœux, et ne faisaient plus partie de la Compagnie. Des cinq autres, deux étaient notoirement tombés en enfance, et incapables de tout acte de justice; il en reste trois qui cédèrent à la peur, et ce fut là toute la victoire da Parlement.