LIVRE I. CHAPITRE VI
(les voies tortueuses : je marcherai devant vous avec droiture et simplicité de cœur, comme un enfant. Vous vous plaisez dans la paix: je m'appliquerai, par la mortification intérieure? et extérieure, à dompter toutes mes passions... Vous êtes le Dieu de la charité; voici mon cœur; allumez en lui le feu divin; il n'a d'autre désir que de vous aimer, de brûler d amour et d'être consumé pour vous et par vous. »
Le P. de Clorivière voyait ainsi se renouveler en lui-même les merveilles des Exercices. Car quel autre nom donner à cet amour passionné de la croix, à ce mépris du monde et de l'estime, à cette horreur de tout ce qui flatte les sens et la nature, à ces désirs véhéments d'établir dans son âme le règne de la divine charité?
Restait à compléter le travail des résolutions qui n'avait été qu'ébauché pendant la grande retraite. Le P. de Clorivière consacra à cette œuvre capitale tout le temps qui s'écoula entre sa grande retraite et la rénovation des vœux. Il médita, il pria, il fit pénitence, et le 28 juin, veille de la rénovation et de la fête de saint Pierre, son patron, il mit par écrit CCS règles pratiques qui devaient ordonner sa vie.
11 passe en revue ses vœux, ses règles et tout le détail de sa vie. Pour la pauvreté, il aura « en horreur toute superfluité. » Il laissera le supérieur disposer pleinement de la pension qu'il reçoit de sa famille, sans regarder « s'il y a plus de titres qu'un autre. » Pour la chasteté, il s'efforcera d'imiter la pureté des anges; il se tiendra en garde contre les dangers même les plus éloignés, jusqu'à fuir une « lecture simplement distrayante. » L'obéissance
aura ses prédilections, s parce qu'elle est la plus grande des vertus, la plus agréable à Dieu et le vrai caractère des enfants de la Compagnie. »
Après les vœux c'est la* prière et la mortification qui « demandent ses principaux soins. » Il s'y arrête avec complaisance, a Je donnerai tous les jours plusieurs heures à l'oraison, au moins trots, quand j'en trouverai le loisir; et je le trouverai souvent, si je suis attentif à éloigner tontes les vaines distractions. » Sa mortification sera rigoureuse : n La nature ne doit trouver son compte à rien. A table, je garderai une sévère abstinence; si je puis l'obtenir, je ne boirai jamais de vin. Je jeûnerai tous les samedis. Je prendrai la discipline tous les jours et porterai quelque instrument de pénitence; je demanderai la permission de garder continuellement le cilice. »
Il lixe ensuite divers points de détail : la garde de sa langue, car « il n'est point de vertu possible sans la retraite et le silence; » l'emploi de son temps dont « il sera avare, n et qu'il donnera a tout entier à la prière, à l'étude et au bien du prochain. » Enfin il règle ses dévotions : a. Après les trois adorables personnes de la très sainte Trinité, il aura une dévotion particulière à la sainte Humanité de Notre- Seigneur et à sa sainte Mère... Jésus et Marie seront toujours présents à sa pensée... Il veut prier, souiïrir, travailler en union avec Jésus et Marie... leurs Cœurs sacrés seront son lieu de repos, son oratoire, son école, son refuge, son centre... » Vieiment ensuite les dévotions secondaires, a Les saints Anges, particulièrement celui qui veille à sa