LIVRE II. CHAPITRE
sang!... Dieu sait que de nouvelles persécutions nous menacent encore, et j'attends quelque chose de plus... prions et souffrons avec patience! Qui seminant in lacrymisj in exultatione metent. »
Son zèle pour la perfection redouble; il veut justifier la parole de l'Apôtre : Diligentibus Deum, omnia coopei^antur in honum. a Bénissons la divine Providence de toutes choses, et soyons plus attentifs que jamais au grand œuvre de notre perfection. Les épreuves extraordinaires auxquelles est soumise la Compagnie font voir que Dieu a quelque grand dessein sur nous... »
Toutes les puissances humaines étaient donc déchaînées contre les enfants de saint Ignace. Les moins hostiles assistaient en silence à cette guerre à mort et laissaient faire. Seul le Vicaire de Jésus- Christ opposait une résistance indomptable à tous les efforts conjurés; et aux clameurs de malédiction et de mort contre l'Ordre persécuté, il répondait par des paroles de bénédiction et de vie. Dans cette détresse suprême, il ne restait plus qu'à lever les mains et les yeux vers le ciel et à prier.
Un siècle auparavant, de concert avec l'Ordre fondé par le bienheureux évoque de Genève et par sainte Chantai, la Compagnie de Jésus avait reçu mission de répandre dans le monde la dévotion que Notre-Seigneur réservait aux derniers âges pour y ranimer la ferveur attiédie. C'est justice de dire que les enfants de saint Ignace, — leurs œuvres le proclament, — avaient été fidèles à cette mission glorieuse, et aS aient contribué, pour une large part, à propager partout ce culte de réparation et d'amour.
II était donc naturel qu'au milieu d'une si furieuse tempête, sur le seuil d'un avenir encore plus sombre, ils se retournassent avec angoisse, comme les Apôtres près de périr, vers celui qui, après leur avoir donné sa Croix et son Nom, avait daigné leur confier encore son Cœur.
Sur l'ordre du P. Général, de solennelles supplications se firent à Rome, dans toutes les maisons de la Compagnie, en l'Honneur du sacré Cœur de Jésus. Un des correspondants du P. de Clorivière lui envoie le récit de ce qui fut pratiqué à cette occasion.
Après l'avoir entretenu de différentes nouvelles : (( J'en viens maintenant, dit-il, à l'objet de vos délices. Je ne sais si je vous ai écrit que, l'année dernière, la fête du sacré Cœur se célébra avec quelque solennité dans les quatre principales églises de vos amis de cette ville. Depuis ce temps-là, le tableau de ce Cœur adorable a été placé d'une manière fixe à une des chapelles de chacune de ces églises. Ce tableau commandé, et commencé par le plus fameux peintre de cette ville, représentera le Sauveur tenant son divin Cœur à la main et l'offrant aux hommes; la croix, la plaie, la couronne d'épines s'y verront ^ Je pensais bien qu'on aurait fait cette
1. Voici rhistoire de ce tableau, teUe qu'on la trouve dans les notes du P. de Clorivière : « Un P. Galvi, jésuite, qui a été plus de dix ans directeur de la maison de la retraite, est revenu ici, il y a deux ans, avec le dessein d'étendre cette dévotion, dont il avait vu souvent de prodigieux efTcts dans la conversion et la sanctiûcation de plusieurs. Il n'y a pas longtemps qu'il s'adressa au meilleur peintre de Rome (Pompée Batoni), le priant de retoucher un ancien tableau, qui, quoique mal dessiné et fort imparfait, avait cependant quelque chose de l'idée qui parait dans l'estampe que je vous envoie. Le bon Père