‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 58 sur 315 · LIVRE II. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE I

paraissait se précipiter vers un dénouement fatal et prochain; les limites dans lesquelles la Compagnie de Jésus pouvait encore se mouvoir avec liberté se resserraient de plus en plus. La Lorraine qui, sous le gouvernement du pieux roi Stanislas, avait vu avec joie les proscrits des Parlements de France accourir en foule chercher un asile dans les florissants collèges de Nancy et de Pont-à-Moussoti, était à la veille de les perdre. On sait que cette province constituait alors un gouvernement, et comme Un état à part, sous la souveraineté de Stanislas Leczinski, qui Tavait reçue en échange de son royaume de Pologne. Grâce à cette indépendance, les Jésuites avaient pu continuer à vivre et à faire le bien, lorsque tout s'écroulait autour d'eux^ Mais une triste catastrophe mit fin aux jours de Stanislas, le 23 février 1766^. Dès lors, la Lorraine fit retour à la France, et l'expulsion de la Compagnie ne fut plus qu'une question de temps. Choiseul eut soin de ne rien précipiter ; il avait à compter avec la Cour de Lorraine, héritière des sympathies du roi défunt pour les Jésuites et chargée par lui de tout mettre en œuvre auprès de Louis XV, auprès de la reine Marie

1. Les collèges de Nancy et de Pont-à-Mousson comptaient toute une pléiade d'hommes illustres par la vertu autant que par le savoir : les Pères Beauregard, Lenfant, Grou, Couturier, Grosier, Bourgeois, de Menoux, etc.

2. Le 5 février, le prince s'était levé comme à l'ordinaire de grand matin; il se tenait debout devant sa cheminée pour se réchauffer, lorsque le feu prit à ses vêtements. En essayant de l'éteindre, il tomba dans le feu ; on accourut à ses cris et on le retira couvert d'horribles brûlures. Après de cruelles souffrances, héroïquement et chrétiennement supportées, Stanislas Leczinski mourut le 23 février.

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l.cczinska. sa fillc, et auprès du dauphin pour siiuvegardor leur existence et leurs droits. Rien ne [lijrut donc cliangé d'abord; mais après deux ans de res hypocrites ménagements, un déiTct de dissolulion fut signifié aux Pères, et la Compagnie de Jésus tessa d'exister en Lorraine.

Une tempête bien autrement effroyable s'était îiliiittue sur les Jésuites en ISspagne, et avait, en uu seul jour, entassé plus dé ruines peut-être que toutes les persécutions do la France et du Portugal. 11 n'entre |)as dans notre sujet d'exposer les misérables causes <jiii firent changer subitement les dispositions d'un [iiiiice, renommé jusque-là pour sa droiture, sa .sagesse, sa piété, son amour ^le l'Eglise et de la Compagnie, et lui imposèrent la signature de cette l'ragmatique par laquelle Charles 111, d'un trait de l>lmne, sans instruction préliminaire, sans aucune r.irme de procès et sans jugement, enlevait brusquement à leurs œuvres plus de six mille religieux, les ;irrachait par la force de leurs demeures et de leur [iiitrie elle-même, et les jetait, contre toute foi et liiute justice, sur le territoire d'un prince étranger.

Il est facile de s'imaginer quel écho devaient rveiller dans l'âme de tous les enfants de la Compa- Li'iiie ces lamentables nouvelles, a Vous voyez combien la rage des puissances infernales est enflammée rontre nous, écrivait le P. de Clorivière à sou ami; elles ont résoin noire mine, et pour atteindre ce but, il n'est mouvement qu'elles ne se donnent... Ma r(isolulion est prise, ajoutait-il; je suivrai Jésus jusqu'au dernier soujiir de ma vie; puissé-je répandre pour sa cause jusqu'à la dernière goutte de mon

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