‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 61 sur 315 · LIVRE II. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE I

Clorivière, parti de Londres le 15 juillet, vint le rejoindre. Leur entrevue fut courte; le P. Fleury était lui-même à la veille de passer à son tour en Angleterre.

Avant de prendre congé de lui, qu'il nous soit permis de l'accompagner un moment dans son voyage. Il s'y rattache plusieurs particularités qui jetteront du jour sur la situation où se trouvaient alors les prêtres catholiques dans le Royaume- Uni ^

Le P. Fleury arriva le samedi 3 août à Ostende, avec le P. Edouard How'ard. Le lendemain, avant de s'embarquer, les deux Jésuites voulurent dire la sainte messe. Leur hôte, excellent catholique, la leur servit lui-même; mais il les prévint qu'un ministre anglican épiaittoutes leurs démarches. Ce clergyman, sectaire passionné, avait laissé son hôtel et quitté le navire où il avait déjà pris passage, afin de pouvoir s'embarquer avec eux à Douvres. Ses dénonciations leur firent subir, de la part de la douane, une visite extrêmement sévère; heureusement le P. Fleury avait eu la précaution de diriger par une autre voie tous les effets suspects, livres, reliques, etc. Le ministre continua de s'acharner après eux; il les suivit à Cantorbéry , à Rochester, et c'est là seulement qu'il perdit leur trace. Un ami ayant fait partir en avant une chaise de poste pour les attendre sur la route, le P. Fleury se hôta d'y monter, et courut droit sur Linstead Lodge, résidence de Lord Tenyham

1. Les détails qui suivent sont empruntés à Tintércssant recueil du chanoine Georges Oliver, Collections towards illustrating the biography of the scotch, english and irûth membres S. J.

et lieu de sa destination, où il arriva sans autre mésaventure.

Il y travaillait depuis deux ou trois ans, quand une jeune dame prolestante vint s'adresser à lui et le pria de Tinstruire, car elle désirait se faire catholique. A cette nouvelle, le pasteur de la localité, un M. Fox, prend Talarme et se hâte d'en référer à Sa Grâce, Tarchevêque de Cantorbéry. L'archevêque lui ordonne d'arrêter le mal au plus tôt. En conséquence, M. Fox devra se transporter à Timproviste à Linslead Lodge, et faire entendre au Lord propriétaire combien c'est une chose inconvenante de laisser un chapelain catéchiser dans la demeure d'un gentilhomme anglais, pair du royaume. Le ministre arrive et demande M. Forester. Le P. Fleury se présente, et le dialogue suivant s'engage entre les deux interlocuteurs :

Le Pasteur. — Votre serviteur, monsieur.

Le p. Fleury. — Monsieur, votre serviteur.

Le Pasteur. — Vous êtes prêtre papiste, je crois.

Le p. Fleury. — J'ai l'honneur d'être le chapelain de Lord Tenyham.

Le Pasteur. — Vous prêchez, à ce que j'entends dire, monsieur.

Le p. Fleury. — Je fais mon possible pour donner à ceux qui s'adressent à moi toutes les satisfactions en mon pouvoir.

Le Pasteur. — Et, dites-moi, parlez-vous à ces personnes en latin ou en anglais ?

Le p. Fleury. — Comme je m'efforce de parler pour être compris, je manquerais mon but, et j'agi-

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