‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 62 sur 315 · LIVRE II. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE I

rais comme un fou, sî je parlais latin à des personnes illettrées et de la basse classe.

Le Pasteur. — Oh ! parfaitement, monsieur ; libre à vous de parler comme il vous plaira à ceux qui pensent comme vous; mais j'apprends que vous vous occupez aussi de N. N. Je vous préviens que, si vous essayez de faire des prosélytes, je poursuivrai contre vous l'application des lois pénales. J'ai pleine autorité, et même des ordres, pour agir ainsi.

Le p. Fleury, se levant et tendant la main avec cordialité à son visiteur. — En ce cas, mon cher monsieur, permettez-moi d'ajouter à mon respect pour vous les plus vives assurances de ma gratitude, et de vous tenir en toute sincérité pour mon bienfaiteur.

Le Pasteur. — Que voulez-vous dire, monsieur?

Le P. Fleury. — Exactement ce ce que je dis, monsieur; car, si vous exécutez vos menaces, j'aurai part, grâces à vous, aux bénédictions promises par Noire-Seigneur à ceux qui souffrent persécution pour la justice.

Le Pasteur, étonné et un peu confus. — Je ne vous comprends pas; que voulez-vous dire? Je n'ai jamais entendu parler de la sorte; parlez-vous sérieusement ?

Le p. Fleury. — Très sérieusement. Je vous assure, monsieur, que ce sont bien là mes sentiments.

Le champion de l'intolérance se calma peu à peu, mit la conversation sur un autre siijet, et prit congé (lu Père d'une façon très civile ; quelques semaines plus tard, il envoyait la plus gracieuse invitation à Lord et à Lady Tenyham, les priant d'honorer de

leur présence une fête qu'il avait préparée ; il demandait surtout avec instances que le Révérend Forester fût de la partie. Enfin, pour conclusion, il envoya quelques mois plus tard ses deux enfants au collège de Saint-Omer.

Le P. Fleury resta huit ans à Linstead Lodge; il échangea alors cette mission contre celle deWardour. confiée depuis plus d'un siècle aux Pères de la Compagnie de Jésus et abritée sous le noble manoir des Lords Arundell. C'était le foyer du catholicisme dans toute la contrée : aucune autre n'était plus fervente et mieux constituée. Plusieurs années même avant l'adoucissement des lois pénales, Lord Arundell avait fait bâtir une magnifique église pour remplacer Tancien oratoire devenu trop insuilisant. La bénédiction solennelle en fut faite, le 31 octobre 1776, par Mgr Walmesley, et le jour suivant, fête de tous les Saints, elle fut ouverte avec une pompe et un éclat que Ton n'avait point vus depuis le rétablissement du culte catholique en Angleterre, sous le règne de Marie Tudor^

Le P. Fleury fut chargé de cette nombreuse et florissante communauté catholique. Il n'interrompit ses travaux que pour accompagner sur le continent Lord Arundell et sa famille, dans un voyage qui dura deux ans ; il les reprit à son retour, mais pour peu de temps, et il resta simple chapelain du château.

En 1810, il quitta Wardour pour suivre la douai-

1. OuvER, Collections illustrating ihe history of the catholic Religion in the counties of ComwalL London, 1857, ch. ix, p. 72 et passim.

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