LIVRE H. CHAPITRE II
Province d'Angleterre. La donation fut agréée successivement par les Pères Claude Aquaviva et Mutins Vitelleschi. Dans cette paisible retraite de Watten, qui les abrita pendant un siècle et demi à peu près, se formèrent à la vie religieuse, à Tapostolat et au martyre ces glorieuses légions dont Thistoire a raconté les luttes pour le maintien et la propagation de la foi catholique dans leur pays, et auxquelles la 14* Congrégation générale a rendu cet illustre témoignage « qu'elles avaient bien mérité de l'Eglise et de la Compagnie. »
Les décrets du Parlement de Paris, dans le ressort duquel se trouvait Watten, mirent un terme à cette heureuse période. Rien ne put sauver les Jésuites anglais et fléchir les inexorables rigueurs de la Cour, ni cette longue possession reposant sur les titres les plus légitimes et consacrée par tant de vénérables souvenirs, ni les égards dus à des étrangers, ni les droits de l'hospitalité ; ils durent quitter Watten et s'établirent à Gand, où se faisait déjà la troisième probation. Un même supérieur fut chargé de cette double communauté. C'est pour lui venir en aide que le P. de Clorivière avait quitté Londres au mois de juillet 1767.
Il entra dans sa charge de Socius avec un mélange de frayeur et de joie ; de frayeur parce qu' oc il avait peu d'aptitude pour cet emploi, » de joie, parce qu'il y voyait un moyen de reprendre son noviciat : « A la considérer de ce côté, écrivait-il, ma charge ne m'offre pas peu de charmes. Ce sera ma sollicitude d'imiter les vertus des novices, leur obéissance, leur modestie, leur ponctualité. Je ne puis trop bénir la
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divine Providence de me présenter une occasion si favorable de commencer enfin une vraie vio religieuse'- »
Mais les tentations ordinaires de défiance et Ac découragement ne tardent pas à l'assaillir. Il se prosterne aux pieds de son crucifix : «O mon Dieu! vous voyez combien je suis impropre à tous les ministères de ma vocation. » Puis il se relève par la pi-nsée de celte vocation elle-même : « Pourm'inspirer df la confiance, c'est assez que ma vocation vienne ilr vous... Donc je jette toutes mes sollicitudes dans votre sein paternel. Vous pouvez me rendre capable (11' remplir tous mes devoirs ; votre bonté me persuade que vous le ferez. . . » A tous les retours de la pusillaiiiriLÎté, il oppose cette généreuse confiance, et au' moment de mettre la main à l'œuvre, il résume Ulules ses résolutions en une seule : « Je me propose dt' remplir avec tout le soin possible mon emploi ;if'l iiel de Socivs, faisant toutes mes actions dans un <s|ir'il de liberté chrétienne, de joie et d'abnégation, iir prêtant pas l'oreille à mes frayeurs, et estimant non seulement possible, mais doux et aisé, tout ce rpii' pourra m'eujoindre la sainte obéissance. »
L'épreuve dura plus de trois mois, avec des altoriiiilives diverses. Quelquefois il est abattu et comme ui'iablé sous le poids de son impuissance : « J'en suis venu bien souvent, disait-il, à désirer que Dieu m'f i^t appelé à Lui dans ma dernière maladie, et eût
1 . Parmi les novices qui lui élaient conHés, on remarque les noms ilu I'. Marmaduke Slonc, premier Provincial de la Province d'Atigleterre rpslaurée, et celui du P. Léonard Neale, successeur de nigr Carroll aur le siège archiépiscopal de Baltimore.
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