LIVRE H. CHAPITRE II
mis un terme à une vie si peu utile; car, en vérité, dans de telles conditions, la mort me semblait bien préférable à la vie. » Mais la volonté domine ces impressions, et enfin la victoire lui reste. lia même retrouvé le goût de son emploi, et il déclare qu'il lui « plaît extrêmement. »
Les notes qu'il a laissées sur cette période de sa vie se rapportent à quatre points principaux : les grands Exercices ou la retraite d'un mois, les conférences spirituelles, les catéchismes et la manière de passer le temps des récréations.
Les Exercices sont la première épreuve à laquelle rinstitut soumet ses candidats. C'est là qu'on leur imprime les traits de la famille, et cette direction particulière qui est celle de leur vocation. Le P. de Clorivière eut une part considérable dans cet important travail. Le Père-Maître se réserva la direction intérieure; mais il laissa à son Socius le soin de proposer les sujets de méditations et d'expliquer les prescriptions qui, dans les Exercices, accompagnent et complètent les méditations proprement dites.
Avec cette promptitude et cette générosité qu^il apportait à toutes choses, celui-ci se mit à l'œuvre sur-le-champ. 11 s'imposa l'obligation d'écrire en entier tout ce qu'il avait à dire. Cette méthode avait l'inconvénient de nuire à l'animation et à la spontanéité de la parole; mais elle avait l'avantage de lui inspirer une confiance absolument nécessaire ; bientôt même, il fut obligé de renoncer à cette simple lecture, et d'emprunter l'organe moins hésitant d'un novice. L'humble religieux raconte lui-même la petite mésaventure qui le détermina à se taire
tout à fait, et à passer la parole à son auditoire.
« On vous aura mis, dit-il à son supérieur, au courant de mon incapacité;... je vous dirai, en manière de confirmation, que quand il fut question de donner les Exercices aux novices de première année, je voulus essayer de le faire moi-même de vive voix; et je continuai ainsi cinq ou six jours; mais mon bégaiement et ma prononciation étant pour eux une source perpétuelle d'hilarité, je jugeai plus profitable de faire lire à ma place, et c'est le parti que j'ai suivi tout le reste de la retraite. »
Malgré ces petits accès de gaîté, les novices n'en goûtaient pas moins la spiritualité vigoureuse de leur instructeur. Tout y respire la force, l'esprit de sacrifice, l'amour et l'imitation de Jésus-Christ crucifié, et se rapporte à cette victoire sur soi-même que saint Ignace propose au retraitant dès le premier mot de son livre. Le P. de Clorivière se fait leur guide dans cette route difficile. Il les conduit de méditation en méditation, de semaine en semaine, leur rendant compte chaque jour de l'espace parcouru, leur donnant raison de chaque pas nouveau, et leur découvrant la merveilleuse et puissante chaîne qui relie les unes aux autres toutes les parties des Exercices. De temps à autre, pour reposer leur esprit et compléter son enseignement, il se jette à la suite de saint Ignace, sur des points de doctrine spirituelle, l'examen, la confession, les différentes méthodes d'oraison, les règles du discernement des esprits, la sainte communion, la dévotion à la sainte Vierge.
Dans la Province d'Angleterre, un usage particu-